MAGHREB
17/12/2015 06h:09 CET | Actualisé 17/12/2015 10h:02 CET

Ahmed, jeune tunisien mis à la porte par sa famille parce qu'il est homosexuel (TÉMOIGNAGE)

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TÉMOIGNAGE - "Vivre en étant homosexuel en Tunisie est une vie qu'on arrache... un parcours du combattant", confie Ahmed Ben Amor.

À 19 ans, il est devenu personne non grata au sein de sa famille, renié, mis à la porte par ses parents... sa "faute": Être homosexuel.

"Je suis devenu une honte pour ma famille alors que j'étais il y n'a pas si longtemps j'étais leur fierté", dit-il avec amertume. Ahmed fut un brillant élève. Son assiduité lui a permis d'intégrer le lycée pilote.

"J'étais l'enfant 'idéal', discipliné, toujours là pour aider. Dans la famille, on parlait de moi comme un exemple à suivre".

Ahmed a vécu une enfance"normale": "Je n'ai pas été violé, ni spécialement proche de ma mère ou du monde féminin contrairement aux clichés. J'ai senti dès l'adolescence une attirance pour les hommes. Personne ne l'a découvert, c'était mon jardin secret. J'ai essayé avec les filles mais c'était le blocage total, aucune envie, aucun plaisir. C'était contre ma nature profonde".

Une réalité parfaitement cachée des autres jusqu'au jour où tout bascule quand son cousin découvre par hasard des vidéos pornographiques entre homosexuels dans son ordinateur.

"C'était alors le déluge, la descente en enfer". Ahmed n'a pas nié son penchant pour les hommes. Une franchise qu'il a payée cher.

Harcelé par toute sa famille, on peste contre lui, on le désigne comme le "miboun" (insulte tunisienne proférée à l'encontre des homosexuels)... "J'ai assumé pourtant jusqu'au jour où la violence a pris un autre tournant, nettement plus dangereux." C'est le jour où son père armé d'une lame a failli le tuer. Une violence qui a entraîné son hospitalisation pendant des jours au service de réanimation.

"J'ai tout encaissé, j'ai essayé de les comprendre, de justifier, de m'attacher à ce repère familial mais à partir de ce jour-là, je me suis senti en danger... un danger de mort".

Ahmed a contacté un ami à lui qui a connu sur les réseaux sociaux: "C'est là que j'ai approfondi mes connaissances sur le sujet, j'ai su que je n'étais pas le seul à souffrir, on se réconfortait sans jamais se voir parfois. Il y avait des hommes de tout âge, appartenant à toutes classes sociales, des médecins, des avocats,etc. L'un d'eux est venu à mon secours et m'a hébergé".

Ahmed est revenu après quelques temps chez ses parents: "Mon père, dénué de toute compassion, continuait à me violenter, ma mère et ma sœur 'plus clémentes certes' m’ignoraient, personne ne se souciait de moi, on me parlait à peine", raconte Ahmed, ému.

Ahmed a décidé de fuir "cette prison". "J'ai travaillé l'été pour assurer mes dépenses au cours de l'année car mon père ne me donnait plus de l'argent".

Il fait dès lors des allers-retour entre Tunis, où il est hébergé chez un ami, et Monastir pour ses études.

"Je m'attachais à mes études parce que je savais que c'était mon salut, ma délivrance, que grâce à elles je ne dépendrais plus de personne".

Sauf qu'à la violence familiale s'ajoute la violence de la société. Ahmed, actif dans une association pour la défense des droits des homosexuels, a reçu des menaces de mort dans son lycée. Issu lui même de la région du Sahel, on le cherchait dans sa ville pour "punir ce renégat qui sème le vice, cet ennemi de l'Islam", comme l'accusait l'un de ses professeurs, selon lui.

Ahmed s'est sauvé. "J'ai tout perdu, ma famille, mes études. J'ai plus rien à perdre désormais, je crains plus rien, c'est au moins ça", ironise-t-il.

La famille de Ahmed ne prend pas de ses nouvelles depuis des mois: "Aucun coup de téléphone, on ne sait même pas comment je vis, si je suis mort. J'aurais même pu tomber dans la prostitution sans l'aide de mes amis".

Le calvaire d'Ahmed continue. Pour avoir pris la défense de deux jeunes filles harcelées par des inconnus où tout a dégénéré, il a été conduit au poste de la police, violenté par les policiers, il fut insulté tout au long de l'interrogatoire. Ses mésaventures se poursuivent même à l’hôpital où il est allé consulter suite à cet incident, "la psychologue ne me prenait pas au sérieux, aucune compassion. J'ai senti de sa part beaucoup de mépris".

"Nos droits de vivre en paix sont bafoués dans l'impunité, on vous tape dessus à la première occasion, sans pitié. Nous sommes traités comme des criminels. Vivre en étant homosexuel en Tunisie est un vie qu'on arrache, un combat de tous les jours, un parcours de combattant".

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