MAGHREB
14/12/2015 13h:36 CET

Tunisie: Les réactions se succèdent après la condamnation de six étudiants emprisonnés et bannis de Kairouan pour homosexualité

Mawjoudin/page Facebook

"Ce n'est pas parce que nous sommes en train de combattre le terrorisme qu'on va laisser faire ou permettre des calamités dans notre société", a affirmé Walid Louguini, le porte parole du ministère de l'Intérieur sur les ondes de Shems Fm,.

Ces propos font suite à l'arrestation et à la condamnation à Kairouan de six étudiants à trois ans de prison ferme et cinq ans d'interdiction de séjour dans cette ville pour pratiques homosexuelles sur la base de l'article 230 du code pénal criminalisant l'homosexualité et l'article 5 et 22 du code pénal pour l'interdiction de séjour.

Walid Louguini assure que la lutte contre le terrorisme ne va pas empêcher les policiers d’arrêter "les tueurs, les voleurs, les fumeurs de cannabis ou encore ceux qui ont des relations hors mariage".

"Les policiers font partie du pouvoir exécutif, notre tâche est d’appliquer la loi. Si la loi est contestée, c'est au législateur de la changer, en attendant nous sommes tenus de l'appliquer", a-t-il renchéri.

Halte aux discours moralisateurs

Comme Marwen dont l'affaire a fait grand bruit, les six étudiants condamnés ont été sommés de subir un test anal, censé prouver leur culpabilité, selon leur avocate Boutheina Karkani dans une déclaration accordée au HuffPost Tunisie.

"Il est vrai que les policiers appliquent une loi qui existe mais en le faisant, ils doivent s'abstenir de tenir des discours moralisateurs comme celui de Walid Louguini. Ce n'est pas son rôle de dire si l'homosexualité est une calamité ou pas", a déclaré au HuffPost Tunisie Yamina Thabet, présidente de l'Association Tunisienne de Soutien des Minorités (ATSM).

Yamina Thabet relève qu' "on applique certaines lois et qu'on délaisse d'autres! ".

"Dans l'affaire des étudiants de Kairouan, on a fouillé dans l'ordinateur de l'un d'eux alors que l'article 24 de la Constitution stipule que "l’État protège la vie privée, l’inviolabilité du domicile et le secret des correspondances, des communications et des données personnelles", la Constitution ne fait pas partie du corpus juridique du pays? Va-t-elle rester lettre morte?", s'est interrogée la présidente de l'ATSM.

De l'inconstitutionnalité et du non respect des droits humains

"Comment le premier ministre peut-il dire lundi que la Tunisie s'engage à respecter les droits humains, alors qu'on porte tous les jours atteintes aux libertés individuelles des tunisiens en fouillant dans leurs chambres à coucher, en s'immisçant dans leur intimité, en réprimant ceux qui ne mettent en aucun cas l'ordre public en danger", déplore Senda Ben Jebara, de l'association de défense des droits humains "Chouf" au HuffPost Tunisie.

"On a remporté le prix Nobel de la paix, or l'Etat tunisien mène une guerre contre ses citoyens au nom de valeurs communes alors que concrètement le débat autour de l'homosexualité ou tout autre question de société, ne s'est jamais posé", a renchéri la présidente de l'ATSM.

Amna Guellali, de Human Rights Watch (HRW), a également dénoncé le jugement de Kairouan qui est "rarissime", évoquant "un cas très grave d'atteinte à la vie privée des personnes et à leur intégrité physique", dans une déclaration à l'AFP.

"Le bannissement est un vrai scandale", a déploré Belkis Mechri, membre du bureau exécutif de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme à l'AFP, appelant à une forte mobilisation de la société civile dans cette affaire.

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