ALGÉRIE
14/12/2015 11h:39 CET | Actualisé 14/12/2015 11h:50 CET

Violence envers les femmes: la loi adoptée ne suffit pas, les médias doivent combattre "le machisme"

DR

Malgré l'adoption jeudi dernier au Sénat de l'amendement du projet de loi sur les violences faites aux femmes, "le machisme" de certains médias et son impact sur la société algérienne continuent d'être un défi pour la protection des femmes.

Le réseau Wassila et l'association Femmes en communication (FEC) se sont penchés sur cette question samedi 12 décembre lors d'une journée de réflexion sur les violences à l'égard des femmes. Sociologues, journalistes et militants féministes ont décortiqué des séquences de reportages, feuilletons et talkshows pour analyser leurs messages.

Rencontre aujourd'hui avec des journalistes et des réalisatrices et réalisateurs, pour décrypter à partir d'extraits de films, l'image des femmes et de la violence dans les séries, talk shows, reportages

Posté par Reseau Wassila/Avife sur dimanche 13 décembre 2015


Dans le traitement des sujets liés à la femme, beaucoup de médias choisissent un vocabulaire qui "renforce davantage le statut d'une société de machos, imputant toute responsabilité de toute dérive ou de tout échec à la femme seule", a estimé Nafissa Lahrèche, présidente de l'association FEC dans les colonnes du journal Reporters.

Un reportage sur les résidentes des cités universitaires a été diffusé par la chaine de télévision Ennahar en décembre 2013. Largement critiqué et accusé d'avoir porté atteinte à la dignité des étudiantes, il constitue un exemple de ce discours, loin d'être marginal, et de son rôle dans le maintien d'un "ordre social patriarcal".

Appuyant ce constat du milieu associatif féministe, une étude publiée en août 2015 a conclu que des médias algériens "continuent de véhiculer une image très négative des femmes". Tous les stéréotypes misogynes "classiques" ont été rencontrés dans ce suivi de radios publiques et de chaines de télévision.

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La sociologue Fatma Oussedik a relevé que la femme qui subit des violences est stigmatisée, notamment dans ces médias, car elle a "osé faire condamner son agresseur". La victime est ainsi appelée à ne pas remettre en cause "l'ordre social patriarcal". Pour elle, la société veut cacher la violence subie pour maintenir un "désordre social".

Une charte d'ethique contre "l'ordre des machos"

Les médias, selon Mme Oussedik, doivent traiter les actes de violence comme des méfaits sociaux. Le discours médiatique est dans l'obligation de convaincre toute personne justifiant la violence envers les femmes qu'il s'agit d'une "violation de ses propres droits".

La responsabilité sociale des journalistes doit les pousser à adopter une charte d'éthique pour les unir dans ce sens, a estimé la sociologue.

"[Les journalistes] peuvent soit conforter un ordre social existant, qui pour le moment marginalise le statut de la femme et des enfants, ou remettre en cause cet ordre de machos", a déclaré Mme Oussedik à Reporters.

Appuyer la loi

La loi validée au Sénat, malgré la "clause du pardon" qui permet l'abandon des poursuites judiciaires si la victime "pardonne" son agresseur, est un outil "précieux" entre les mains des femmes pour se défendre, a expliqué Mme Soumia Salhi, l’Association pour l’émancipation de la femme.

"[Cette loi] aura un effet dissuasif !", a-t-elle déclaré lors d'un entretien au même journal.

S'il y a une solidarité envers le milieu associatif féministe, notamment de la part de beaucoup de journalistes femmes, l'aspect commercial "fructueux" de la violence envers les femmes a donné naissance à un "voyeurisme racoleur" dans les médias, a estimé Mme. Salhi.

Pour renverser la donne, les organes de presse doivent appuyer cette loi en rappelant "qu’il est passible d’amende ou de pénalité tout individu touchant à l’intégrité physique d’un autre qu’il soit homme ou femme", selon Mme. Lahrèche.

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