ALGÉRIE
14/12/2015 12h:23 CET | Actualisé 14/12/2015 12h:24 CET

L'UE relance la procédure d'adhésion de la Turquie

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, lors d'une rencontre à Bruxelles, le 29 novembre 2015
AFP
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, lors d'une rencontre à Bruxelles, le 29 novembre 2015

Comme promis, l'UE devait redynamiser lundi les négociations d'adhésion avec la Turquie, dont elle attend une meilleure coopération sur la crise migratoire et une lutte accrue contre l'organisation Etat islamique (EI) en asséchant notamment le commerce lucratif de pétrole des jihadistes.

Les négociations d'adhésion de la Turquie au bloc européen, entamées en 2005, piétinent depuis des années. Mais elles ont reçu une nouvelle impulsion en octobre lorsque les Européens ont proposé à la Turquie un "plan d'action" pour endiguer le flux sans précédent de migrants vers l'Union européenne.

Même la chancelière Angela Merkel, jusqu'alors notoirement opposée à la perspective d'une adhésion, a changé d'avis cet automne, en rendant personnellement visite au président turc Recep Tayyip Erdogan au plus haut de la crise migratoire.

L'Union a promis d'aider à hauteur de trois milliards d'euros le gouvernement turc afin d'améliorer l'accueil des réfugiés syriens et irakiens sur le sol turc, renforcer les patrouilles en mer Egée et rapatrier les migrants économiques illégaux.

Lundi soir, les Européens doivent ouvrir un quinzième chapitre de négociation avec Ankara, sur la politique économique et monétaire (le "chapitre 17").

"C'est le moment propice", a estimé le commissaire européen à l'Elargissement Johannes Hahn, pour qui "le pragmatisme n'est pas un mauvais conseiller en matière de relations avec les voisins".

A ce stade, 14 chapitres sur 35 ont été ouverts, mais les pourparlers ont stagné pendant des années. Et dans son dernier rapport d'étape, Bruxelles n'a pas mâché ses critiques sur les atteintes à la liberté d'expression ou à l'indépendance de la justice en Turquie.

M. Hahn prépare pour le printemps prochain une évaluation d'autres domaines dans lesquels les négociations d'adhésion pourraient démarrer, notamment l'Etat de droit, l'Energie, l'Education ou les Affaires étrangères, même si la Commission a exclu tout nouvel élargissement avant 2020.

Frontière poreuse

Mais le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, s'est montré très sceptique face à une telle perspective, reconnaissant "honnêtement" qu'en fait la relance des négociations, "c'est pour que la Turquie nous aide afin que les réfugiés ne viennent pas en Europe".

Les Occidentaux attendent également que la Turquie contrôle mieux sa frontière avec la Syrie, encore poreuse sur une centaine de kilomètres, pour empêcher le transit des jihadistes de l'EI et assécher le commerce de pétrole qui est une manne financière pour la puissante organisation extrémiste.

Ces sujets étaient abordés lundi au cours d'un déjeuner de travail avec le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, en marge de la réunion mensuelle des 28 ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles.

"Il faut être très ferme avec l'ensemble des partenaires sur le financement du terrorisme" qui "se fait sur place avec le racket des populations locales, mais aussi par l'exportation de produits pétroliers", a prévenu le chef de la diplomatie belge Didier Reynders.

"Il faut des mesures pour empêcher les produits pétroliers de partir vers l'extérieur. On en parlera avec notre collègue turc comme on en parle avec d'autres pays de la région", a-t-il assuré.

Cette question - au coeur d'une vive querelle entre Moscou et Ankara après un grave incident frontalier aérien en novembre - est très sensible pour le gouvernement turc.

La famille du numéro un turc Recep Tayyip Erdogan a été accusée par le président russe Vladimir Poutine d'être impliquée dans la contrebande de pétrole de l'EI, notamment via son gendre, Berat Albayrak, qui a longtemps dirigé une holding spécialisée dans l'énergie, et l'un de ses fils, Bilal, à la tête d'un groupe de travaux publics et de transport maritime.

Le ministre luxembourgeois Jean Asselborn a appelé lundi matin à "tout faire pour stopper les flux financiers et d'armes qui vont vers Daech (l'acronyme arabe de l'EI)".

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Harlem Désir, a pour sa part exhorté Ankara à "contrôler la frontière entre la Syrie et la Turquie pour éviter que l'EI puisse faire venir des combattants étrangers, les former, les entraîner et ensuite les renvoyer dans d'autres pays".

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