ALGÉRIE
12/12/2015 13h:10 CET | Actualisé 12/12/2015 16h:32 CET

Décollage en terra "Metaphora" en plein Sahara avec le photographe Bruno Hadjih (PHOTOS)

Le photographe franco-algérien Bruno Hadjih poursuit son exploration des espaces sahariens en Algérie avec une nouvelle exposition intitulée "Metaphora", exposée jusqu’à fin décembre à Paris à la galerie "Mamia Bretesche". "Metaphora est ma conception de l’Homme avec la Nature et de la Nature avec l’Homme", explique-t-il au Huffington Post Algérie qui l’a interrogé sur son récent travail où dialoguent l’organique et le minéral.

Huffington Post Algérie: Comment est née l’exposition Metaphora?

Bruno Hadjih: Dans son livre ”Le chaos et l’harmonie”, Trinh Xuan Thuan, professeur d’astronomie à l’université de Virginie (Etats-Unis) explique comment est né notre univers, comment notre “réel” a été fabriqué. A un moment, à propos de l’univers et du vide sidéral, il écrit: “Comment le fini peut-il contenir l’infini”. Cette phrase d’un cartésien a raisonné en moi. Cette définition mathématique carré fait écho à un sens métaphysique. Tout le soufisme tourne autour de ça. Le Dhikr et par là le Hal permettent au soufi d’atteindre cet absolu. Metaphora est l’expression de cette lecture.

Les photographies parlent de nous, de notre place dans l’univers. Qui sommes-nous sinon de la poussière d’étoiles soumise aux lois déterministes et au Chaos.

metaphora 1 bis

Homme et Nature se confondent donc dans Metaphora?

Je sonde les êtres pour mieux sonder les terres, je sonde les terres pour mieux sonder les êtres. C’est ce dialogue de l’organique et du minéral qui permet d’esquisser un point de vue. Le secret de tout cela réside dans l’art de polariser l’étincelle d’un regard, le grain d’un épiderme, l’érosion d’une pierre, les méandres profonds de l’écorce d’un arbre pour les confondre dans le tracé d’un chemin accompli, les sinuosités d’une perspective à suivre.

En d’autres termes, et précisément à l’occasion de l’exposition Metaphora, les cristaux noirs, gris et blancs des photographies semblent s’ordonner en des champs magnétiques qui disent un certain passé et présage d’un certain avenir, tous deux intimement liés.

metaphora 3

Les regards des femmes et des hommes, sereins mais peut-être fatigués, bienveillants mais taisant peut-être des vérités intimes, les mains ridées, qui semblent assagies mais peut-être aussi lassées par un labeur qu’on ne soupçonne pas, racontent le passé et conditionnent la suite.

L’incidence de l’être humain sur son milieu de vie ambiant ainsi que les conditions d’existence qu’impose le milieu ambiant justifient la confusion de l’homme et de la nature tel qu’il m’intéresse de la susciter dans mon travail photographique.

Les catastrophes annoncées dorment dans les mains des hommes. Le travail d’un homme n’est peut-être pas capable de contrebalancer l’intention générale de groupes humains qui précipitent le séisme. Je pose la question.

Votre travail photographique s'attache depuis plusieurs années à l’espace saharien, pourquoi?

Le Sahara est plus grand qu’une ”géographie”, il est aussi une “idée”. Son intemporalité lui confère ce sentiment de flottement, d’éther, qui le place de fait hors temps. Il est aussi un lieu où les éléments et les humains se côtoient.

metaphora 2

Contrairement à vos précédents travaux sur le Sahara qui sont en couleur, Metaphora est en noir et blanc, pourquoi ce choix?

Le noir et blanc s’est imposé justement par cette intemporalité.

"Le photographe est un magnétiseur pour autant qu'il fait oeuvre de sismologue" écrit Saad Chakali dans la préface de l'exposition. Vous retrouvez-vous dans cette définition?

Sismologue voudrait dire être sensible aux tremblements qui parcourent la Terre, attentif aux secousses qui la traversent. Saad insiste bien, ici, sur le fait que si la profondeur qui sidère l’œil renvoie à la nuit immémorielle du désastre fondateur, à la persistance fossile depuis sa séparation d’avec l’étoile originelle, elle est également liée aux bases d’une nouvelle cosmologie qui passe par la notion de désertification. Désertification des territoires, désertifications des âmes, des êtres, désertifications des vies…

En ce sens, un artiste se doit d’avoir sa propre écriture sismographique des événements qu’il formulera à travers un magnétisme chaque fois singulier.

metaphora 4

L’exposition Metaphora viendra-t-elle en Algérie?

J’aimerais la montrer en Algérie, plus pertinemment dans une ville saharienne: Tamanrasset, Timimoun ou pourquoi pas un village du Hoggar. Après tout c’est en partie grâce à ces endroits que ce travail existe.

LIRE AUSSI: Petit manuel de lecture des tatouages berbères dans les Aurès et le Sud algérien (PHOTOS)

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.