MAGHREB
11/12/2015 14h:32 CET

Tunisie: Le journaliste Walid Mejri convoqué en tant que "suspect" par la brigade anti-criminelle pour un article d'investigation

Facebook/ Walid Mejri

Walid Mejri, le rédacteur en chef arabophone du média en ligne Inkyfada, s'est présenté ce vendredi devant la brigade anti-criminelle de la Garde Nationale à Ben Arous à la suite d'une convocation en qualité de suspect qu'il a reçue jeudi 10 décembre. Il a été relâché après l'interrogatoire.

La rédaction d'Inkyfada a affirmé via sa page Facebook que cette convocation fait suite à l’article que Walid Mejri avait écrit le 26 mars 2013 et titré "Aéroport de Tunis-Carthage… la caserne de la police parallèle".

Cette convocation a été décidée dans le cadre d'une plainte déposée par Abdelkarim Laâbidi, accusé dans l'article d’être le nouveau maître de ces unités parallèles coupables de nombreux abus à l'aéroport de Tunis-Carthage.

"C'est une plainte qui date d'un an et je suis poursuivi au pénal pour diffamation alors qu'en tant que journaliste, c'est le décret-loi 115 qui devrait être appliqué", a déploré Walid Mejri dans une déclaration au HuffPost Tunisie.

Selon M. Mejri, cette convocation n'a été décidée que pour l'intimider, après ses récentes apparitions médiatiques où il critiquait les abus policiers et les limitations des libertés sous couvert de lutte contre le terrorisme. "L'accusation ne tient pas la route", a-t-il ajouté, affirmant que lors de l'interrogatoire, aucune preuve d'une quelconque diffamation n'a été apportée.

La justice tunisienne avait émis un mandat de dépôt en janvier dernier à l'encontre de Abdelkarim Laâbidi, ancien responsable sécuritaire accusé d'être impliqué dans l'assassinat en 2013 de Mohamed Brahmi.

Le juge avait pris cette décision "après des interrogatoires avec le suspect, un ancien directeur de l'équipe de protection des avions à l'aéroport de Tunis-Carthage", avait indiqué l'ancien porte-parole du Parquet.

Contacté par le HuffPost Tunisie, Mahdi Jelassi, chargé de communication au Syndicat national des journalistes tunisiens ( SNJT) s'interroge quant à la date de cette convocation, deux ans après la publication de l'article concerné.

"Il est scandaleux qu'on convoque encore des journalistes devant une brigade de lutte contre la criminalité comme des vulgaires criminels alors qu'il y a un décret-loi qui régit le secteur depuis 2011 en l'occurrence le décret-loi n° 2011-115 du 2 novembre 2011, relatif à la liberté de la presse, de l’impression et de l’édition".

M. Jelassi met en garde contre le harcèlement des autorités envers les journalistes à travers "ce type de pression indirecte et intimidante afin d'influencer le contenu journalistique de certains médias critiques envers eux".

Les chargés de communication au sein des ministères de la Justice et de l'Intérieur n'étaient pas joignables vendredi.

Reporters sans frontières (RSF), le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme, l'association Vigilance pour la Démocratie et l’État Civique et le Centre de Tunis pour la Liberté de la Presse ont également dénoncé dans un communiqué publié vendredi cette convocation.

"Si des poursuites sont entamées contre un journaliste, elles ne devraient l’être qu’en vertu du DL115-2011 et non selon le code pénal. La brigade anti-criminelle ne doit pas faire pression de la sorte sur les journalistes et la situation sécuritaire actuelle ne peut servir de prétexte pour restreindre la liberté de la presse et de l’information”, rappellent les signataires.

Il est à noter que la Fédération internationale des droits de l'Homme dans un rapport intitulé "Droits humains garantis: de la constitution à la législation" s'alarmait du fait que les magistrats aient encore recours au code pénal dans les délits relatifs à la presse. Un code pénal "liberticide" dont certains articles prévoient des peines privatives de liberté contre les journalistes, en contradiction avec les articles 31 et 32 de la Constitution relatifs à la liberté d'expression, d'information et au droit d'accès à l'information ainsi qu'au décret-loi 115, selon le rapport.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.