MAGHREB
10/12/2015 13h:21 CET

Tunisie: L'étudiant condamné pour homosexualité fixé sur son sort le 17 décembre

page Facebook/ Mawjoudin

Le sort de l'étudiant tunisien, condamné à un an de prison pour homosexualité sera fixé le 17 décembre. Le verdict lors de son procès en appel fixé aujourd'hui a été reporté, a indiqué son avocate Fadoua Braham au HuffPost Tunisie.

Lors de la deuxième audience de son procès en appel, le jeune homme a demandé un non-lieu au tribunal de Sousse (centre-est), selon Me Fadwa Braham.

"Il a dit au juge qu'il allait être diplômé cette année, qu'il allait chercher du travail et que ce serait très difficile avec un casier judiciaire", a-t-elle ajouté.

Le juge a indiqué qu'il rendrait son verdict le 17 décembre.

Interpellé en septembre pour être interrogé dans le cadre d'une affaire d'homicide, le jeune homme avait nié toute implication dans le décès mais reconnu avoir eu des relations sexuelles avec la victime. La police avait alors, selon son avocate, rédigé un autre procès-verbal et l'avait obligé à se soumettre à un examen anal.

L'étudiant avait ensuite été condamné à un an de prison pour homosexualité. Il a fait appel et a été remis en liberté provisoire début novembre en échange du paiement d'une caution de 500 dinars (230 euros).

L'article 230 du code pénal tunisien punit la sodomie et le lesbianisme de trois ans d'emprisonnement.

Sa condamnation a été dénoncée par des ONG réclamant une révision du code pénal en se fondant sur la nouvelle Constitution qui fait de l'Etat tunisien le "garant de la protection de la vie privée des citoyens".

L'association "Shams"pour la dépénalisation de l'homosexualité a notamment réclamé la libération "immédiate" de toutes les personnes "détenues pour leur homosexualité" et lancé une campagne sur internet contre les "tests de la honte", jugeant "scandaleux" le recours à un examen anal.

Il s'agit d'une pratique "cruelle", "inhumaine" et "dégradante", contraire aux lois internationales et pouvant être assimilée à un acte de "torture", a également estimé Human Rights Watch (HRW), en appelant à l'annulation de la condamnation de l'étudiant.

Le report de l'audience est considéré par son avocate comme une pratique courante: "Rien d'anormal dans ce report, les juges le font fréquemment", a déclaré Fadoua Braham.

Procès symbolique

"Au moment où on reçoit le prix Nobel de la paix, en ce jour symbolique où nous fêtons les droits humains, se joue le destin de Marwen, jeté en prison pour ses orientations sexuelles", fustige Ali Bousselmi, de l'association "Mawjoudin", qui lutte pour l’égalité et les droits des personnes LGBT, dans une déclaration au HuffPost Tunisie.

L'association Mawjoudin a lancé une campagne de sensibilisation sur la nécessité d'abroger l'article 230 du code pénal à travers une série de photos où des artistes, des intellectuels, des blogueurs tels que Selma Baccar, Anissa Daoud, Khamaies Khayatia, Raouf Ben Amor, etc. brandissent un pancarte où il est écrit: "L'article 230, jusqu'à quand?".

mawjoudin

D'autres ont posté leur photo avec la pancarte "Je suis Marwen"

je suis marwen

L'association Shams avait quant à elle tenté d'organiser une manifestation devant l'Assemblée au Bardo, pour s'indigner des propos tenus par un député d'Ennahdha et en soutien à Marwen, cette journée internationale des droits humains coïncidant avec son procès en appel.

Ce rassemblement a finalement été annulé car l'association n'aurait pas réussi à obtenir l'autorisation des autorités, prtextant l'état d'urgence.

"On comprend tout à fait qu'on nous refuse l'autorisation de manifester mais ce qui est surprenant c'est la manière de le dire, très péjorative", a déploré au HuffPost Tunisie, Ahmed Ben Amor, vice-président de "Shams", affirmant que le représentant des forces de l'ordre qui avait reçu les membres de l'association au moment du dépôt de la demande avait tenu des propos homophobes.

Le ministère de l'Intérieur n'était pas joignable jeudi après-midi.

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