MAGHREB
08/12/2015 13h:02 CET

Tunisie: Rached Ghannouchi préfére un remaniement ministériel partiel et soutient Habib Essid

Rached Ghannouchi, le chef du parti Ennahdha, a affirmé lundi préférer "un remaniement ministériel partiel sous la présidence de Habib Essid", lors de l'émission "Fil Omk" ("En profondeur") sur la Chaine Al-Jazeera .

Pour Rached Ghannouchi, un remaniement ministériel total aura un impact négatif sur le pays: "Le terrorisme déstabilise la situation, les grèves aussi et nous ne voulons pas que le changement du chef de l'équipe (gouvernementale) déstabilise encore plus la situation", affirme-t-il.

"Nous ne voyons pas de raisons au changement à ce niveau", a-t-il dit, ajoutant que cela était d'ailleurs peu probable, le président de la République ayant "exprimé son soutien à son chef du gouvernement".

Les conflits au sein de Nidaa Tounes "plus grand parti de Tunisie" selon Rached Ghannouchi, ont aussi été abordés lors de cette interview.

"Nous espérons que Nidaa Tounes arrive à des accords en interne, et cela pour le bien de la vie politique tunisienne", affirme le président d'Ennahdha.

"Nous sommes en partenariat avec un parti qui s'appelle Nidaa, et donc qui dirige Nidaa est un problème interne et ne nous concerne pas", déclare-t-il esquivant la question de l'animateur sur la préférence d'Ennahdha au profit du clan de Hafedh Caid Essebsi, fils du président de la République, au détriment du clan de Mohsen Marzouk.

Quant aux effets d'une implosion du parti Nidaa Tounes sur le parti Ennahdha, qui deviendrait majoritaire à l'Assemblée des Représentants du Peuple, Rached Ghannouchi affirme que son parti n'est pas "avide de pouvoir, ni de son accaparation."

"Nous avons essayé le pouvoir dans le cadre de la Troïka, ce qui a été une bonne expérience concernant le consensus entre islamistes et laïques", déclare-t-il, affirmant être "fier de l'expérience de la Troika, y compris de ces erreurs".

Le rapprochement entre Ennahdha et Nidaa Tounes, deux partis aux idéologies différentes, ne pose pas problème à Rached Ghannouchi:

"Les conflits idéologiques en Tunisie ont été tranchés dans la Constitution, les question identitaires ont été tranchées, les problèmes aujourd'hui en Tunisie, ne sont pas des conflits identitaire ou idéologiques, la Constitution nous a unis", concède-t-il rappelant que les problèmes aujourd'hui sont communs à tous les partis et concernent "le développement, la sécurité et la justice sociale."

Ennahdha parti islamiste ou moderniste qui croit en la laïcité?

"Le parti Ennahdha est-il plus proche d'un parti islamiste ou plutôt d'un parti moderniste qui croit en la laïcité et qui fait avec?" interroge l'animateur.

"Tout cela à la fois, Ennahdha est un parti islamiste moderniste et nationaliste tunisien", affirme Rached Ghannouchi.

La compatibilité entre Islam et démocratie est possible selon lui: "L'Islam et la démocratie ne sont pas incompatibles sauf que la démocratie est l'application moderne de la 'choura'", déclare-t-il.

Pour lui, "l'État n'a pas à imposer sa doctrine au peuple" affirmant que "la religion ne s'impose pas."

"En matière de création des lois, nous ne voyons pas d'autre sources que le Parlement. Le Parlement fait les lois, et le Parlement est en fonction de la société qu'il représente. Si la société (...) a une certaine idéologie, cela se traduira dans les lois", affirme Rached Ghannouchi

Pour le président d'Ennahdha, il n'y a pas une laïcité "mais plusieurs laïcités", et cela s'explique par l'Histoire: "Les révolutions des chrétiens étaient menées pour libérer l'État de l'emprise de la religion, nous aujourd'hui nous voulons libérer la religion de l'emprise de l'État. Ce sont les États qui asservissent la religion et nous voulons libérer la religion de cet asservissement", conclut-il.

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