MAGHREB
03/12/2015 12h:50 CET | Actualisé 04/12/2015 13h:09 CET

Tunisie: Mohsen Marzouk, secrétaire général de Nida Tounes, tancé par un journaliste sur la chaine Allemande DW (VIDÉO)

Is Tunisia's democracy failing? | Conflict Zone :Tunisia is facing multifaceted challenges – from terror attacks to the radicalization of young people, corruption, human rights violations and weakened state institutions. Is Tunisia's democracy failing? Find out what Mohsen Marzouk, general secretary of the governing secular Nidaa Tounes party, has to say.محسن مرزوق يكشف لـ DW "علاقة مافيا الفساد والإرهاب" في تونسكشف السياسي التونسي محسن مرزوق خلال لقاء خاص مع DW أن مشكلة الفساد تشكل تحديا كبيرا للدولة التونسية. وقال أمين عام "نداء تونس" إن "الصلة بين المهربين والإرهابيين واضحة جدا على الحدود"، معترفا بضعف مؤسسات الدولة.في لقاء حصري مع DW تحدث أمين عام حزب "نداء تونس" محسن مرزوق، حول التحديات المختلفة التي تواجه بلاده، كالهجمات الإرهابية وتوجه الشباب للتطرف، والفساد وضعف مؤسسات الدولة. ووصف مرزوق الهجمات الإرهابية التي طالت مناطق في تونس هذا العام بأنها "حرب على تونس".وقال إن محاربة الإرهاب هي من أولويات الدولة في تونس. وأضاف السياسي التونسي:"نحن بحاجة لتعاون دولي واسع حول هذا الموضوع يشمل تبادل المعلومات والاستخبارات. العالم بحاجة لذلك، وليست تونس فقط". واعترف محسن مرزوق أن قوات الأمن التونسية غير مدربة على محاربة الإرهاب.وتم بث اللقاء مساء الأربعاء (الثاني من ديسمبر/ كانون الأول 2015) على قناة DW (الإنجليزية) ضمن برنامج "منطقة نزاع" (Conflict Zone ). وحسب مرزوق فإن التطرف الذي طال الشباب التونسي جاء نتيجة ما يعرف بالربيع العربي "خلال سنوات إعادة الديمقراطية للبلاد كانت الأمور مفتوحة للجميع وكان بإمكان كل شخص تجنيد الشباب للتطرف". [قانون الارهاب الجديد يتمتع بثقة!] نتائج إستطلاع للرأي حول أسباب إنتشار التطرف في تونس قانون الارهاب الجديد يتمتع بثقة! سألنا مشاهدينا إذا كانوا يعتقدون أن القانون الجديد الإرهاب سوف يساعد في حماية تونس. أجابت الأغلبية بنعم.وبالنسبة لمشكلة الفساد التي تواجه تونس أشار مرزوق إلى أن الفساد يشكل تحديا كبيرا للدولة، وقال إن العلاقة بين مافيا التهريب والجماعات المسلحة كانت واضحة تماما، "الصلة بين المهربين والإرهابيين واضحة جدا على الحدود وعلى المناطق الحدودية"، حسب قول مرزوق.وحول دور الدولة قال مرزوق إن الحكومة التونسية تكافح لحل هذه المشاكل. وأضاف في حديثه مع DW إن "مؤسسات الدولة ضعيفة. لأننا نحاول بناء مؤسسات جديدة". وتابع مرزوق، الحكومة التونسية "لا تؤمن بحرية أقل مقابل أمن أكثر في مكافحتها الإرهاب". مؤكداً "أن الديمقراطية والحرية هي جيش، هي سلاح في الحرب على الإرهاب".

Posté par Tunisie révolution sur mercredi 2 décembre 2015

Mohsen Marzouk, interviewé par le journaliste Tim Sebastian dans son émission "Conflict Zone" sur la chaine Allemande DW a été présenté comme "un des politiciens les plus puissants en Tunisie". L'occasion pour le journaliste de revenir avec lui sur des sujets d'actualité comme la lutte contre le terrorisme, les libertés individuelles, et la crise au sein de Nidaa Tounes.

Au fil des questions, c'est un Mohsen Marzouk mal à l'aise, en sueur, parfois gêné qui apparait à l'écran. La pertinence des questions et l'agressivité de Tim Sebastian, une "pointure" en matière d'interview, ont visiblement déstabilisé le secrétaire général de Nidaa Tounes.

La lutte contre le terrorisme et la corruption

"Nous n'avons pas perdu la guerre, nous venons à peine de la commencer". C'est en ces mots que Mohsen Marzouk débute son interview sur la chaine allemande, appelant à une coopération internationale et régionale pour mener "cette guerre" contre le terrorisme.

Pour Mohsen Marzouk, "le lien entre contrebandiers et terrorisme est clair", expliquant que "les institutions de l'État sont faibles car nous construisons d'autres institutions, et généralement dans ce cas, ces lobbies et ces mafias" se manifestent.

A la question de savoir s'il connait ces mafias, "Nous connaissons certaines d'entre elles", répond le secrétaire général de Nidaa Tounes, affirmant que "la police est entrain d'enquêter sur le sujet" et que "face à cette guerre asymétrique" celle-ci est "entrain de s'adapter".

Concernant le nombre de tunisiens rejoignant le groupe État islamique, Mohsen Marzouk affirme que "ce qui s'est passé en Tunisie durant les trois années de transition démocratique, c'est que tout était ouvert et n'importe qui pouvait venir recruter des gens", remettant la faute sur la Troika et Ennahdha qui "n'ont pas fait beaucoup de choses pour arrêter ce phénomène".

"Entre 2014 et 2015, les personnes ayant rejoint l'Etat islamique depuis la Tunisie ne sont que des dizaines" conclut-il.

Quant à la lutte contre la corruption, son inefficacité serait encore due "à la faiblesse de l'État": "Quand l'État est faible, les acteurs non étatiques comme les lobbies de la corruption, ont le temps de se développer", insiste-t-il.

"Combattre la corruption devrait être une priorité tout comme combattre le terrorisme. Je ne pense pas qu'actuellement nous faisons ce qu'il faut faire", admet M. Marzouk.

Les libertés individuelles

Face à cette lutte antiterroriste, le journaliste met en exergue les rapports d'Amnesty International, de Human Rights Watch et de certains défenseurs des droits de l'Homme en Tunisie sur la persistance d'actes de tortures depuis 2011.

-"Votre police est entrain de battre les gens, les torturer, et les violer, dans vos prisons!" affirme Tim Sebastian.

-"Pensez vous que nous pouvons avoir une nouvelle police, deux ou trois ans après la révolution?", rétorque Mohsen Marzouk.

Selon le secrétaire général de Nidaa Tounes, les actes de tortures ne sont pas des actes "systématiques", "ce sont des actes individuels... Cela ne se passe pas dans tous les postes de polices en Tunisie mais dans certains d'entre eux", affirmant que les autorités tunisiennes essayent de mettre un terme à ces abus et que la Tunisie "a connu de nombreux progrès" à ce sujet.

Pour Mohsen Marzouk, si ces pratiques continuent aujourd'hui c'est parce que les réformes sécuritaires sont en cours "et que cela prend du temps".

"S'il n y avait pas cette guerre contre le terrorisme, je suis sur que nous aurions gagné du temps et que nous serions parvenus à réformer (le secteur sécuritaire) en un laps de temps très court", assure-t-il

Concernant le harcèlement subi par les médias et par certains blogueurs, "les abus ont lieu même aux États Unis", justifie Mohsen Marzouk. "Combien avons nous de blogueurs arrêtés? Et ces personnes ont été arrêtées - deux ou trois - pas pour avoir critiqué le ministère de la Défense mais parce qu'ils faisaient l'apologie du terrorisme", affirme t-il.

Pourtant, en janvier dernier, le blogueur tunisien Yassine Ayari avait été condamné par la Justice militaire à un an de prison ferme pour avoir "porté atteinte à l'armée".

Concernant la justice transitionnelle et l'Instance Vérité et Dignité, Sihem Ben Sedrine, sa présidente, avait affirmé au New York Times le 6 novembre 2015 qu'elle avait été empêchée de mener à bien sa tâche dans ses investigations rappelant notamment le fait qu'elle n'avait pu se saisir des archives de la présidence.

"J'étais au Palais quand elle a demandé à accéder aux archives et nous lui avons dit qu'elle pouvait faire des copies et qu'elle nous transmette une demande concrète. Je ne pense pas qu'elle ait été complètement professionnelle", affirme Mohsen Marzouk, corroborant ses dires en rappelant "qu'il y a eu 4 ou 5 démissions sur 9" membres à l'Instance Vérité et Dignité.

Composée de 15 membres au départ, l'IVD a connue 4 démissions et une révocation. Pour le moment, seul un des quatre démissionnaires a été remplacé.

La crise de Nidaa Tounes

Ce qui se passe à Nidaa Tounes "ne sert pas le pays", affirme le secrétaire général du parti, indiquant "qu'en politique on ne peut pas tout contrôler".

Mohsen Marzouk a par ailleurs décliné toute responsabilité dans le clanisme s'opérant actuellement au sein du parti: "Le problème a commencé avant que je ne sois secrétaire général". Il ne s'agit pas d'un problème "entre les militants mais entre différentes 'gardes rapprochées' ", assure-t-il.

"Malheureusement ce qui se passe à Nidaa Tounes n'est pas quelque chose qui dépend seulement de la dynamique du parti mais aussi de différents lobbies et énergies autour du parti", avoue Mohsen Marzouk. "C'est plus compliqué que ce que l'on croit".

"Le problème... le débat est sur le congrès général lui même, et le secrétaire général de Nidaa Tounes n'est pas responsable de l'organisation du congrès. Je pense que nous devons avoir des élections avant le congrès, je pense que nous avons besoin de démocratie", affirme t-il.

Cela n'est selon lui pas partagé par tout le monde. "Certaines personnes au sein du parti pensent que la démocratie n'est pas actuellement une priorité", dit-il, désignant le clan du fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi.

Affaibli par le départ de Béji Caïd Essebsi, 89 ans, premier président démocratiquement élu au suffrage universel, le parti est miné depuis des mois par une "bataille de succession" qui oppose principalement son secrétaire général Mohsen Marzouk au fils du chef de l'Etat, Hafedh Caïd Essebsi.

La situation est arrivée à un point de non retour à l'occasion de la réunion du Bureau exécutif du parti Nidaa Tounes début novembre à Hammamet, où des affrontements violents, des échanges d'insultes et des accusations ont été constatés dans l'hôtel où devait se tenir le meeting.

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