MAGHREB
02/12/2015 07h:19 CET | Actualisé 03/12/2015 06h:55 CET

"Dégradé", un film palestinien s'invite dans le quotidien des prisonnières de la Manouba

HuffPost Tunisie

Si le film palestinien "Dégradé" d'Arab et Tarzan Nasser se joue à huis clos dans un salon de coiffure pour dames, c'est un tout autre huis clos qui s'est déroulé à la prison des femmes de La Manouba.

Parallèlement aux projections durant les Journées Cinématographiques de Carthage, l'organisation du festival a décidé cette année, d'investir quatre prisons pour en faire des espaces de projection, dont celle des femmes à la Manouba.

Dégradé est l'histoire du vol du lion du zoo de Gaza par une famille mafieuse à qui le Hamas décide de régler son compte. C'est aussi l'histoire "d'une guerre fratricide, intra-palestinienne". Israël ne sera cité que trois fois tout au plus et on ne voit de Gaza que ses treize femmes différentes qui s'affrontent et se réconcilient aux sons des bombardements à l'extérieur.

Face à l'écran, une salle bondée de prisonnières. Les agents pénitenciers sont partout, la directrice de la prison, quant à elle, tourne sans cesse pour s'assurer du bon déroulement de la projection.

Les femmes sont nombreuses, différentes... Attentives quand l'un des personnages parle de son quotidien sexuel avec son mari, beaucoup moins quand ce sont les guerres entre différentes factions palestiniennes qui sont évoquées.

Mais les rires se rejoignent quand deux personnages du film se bagarrent et que l'une d'entre elles, crie "pute" en arabe. Certaines se cachent le visage quand une autre fait un bras d'honneur.

Et pour la scène finale, si une des prisonnières regrette l'aspect tragique, l'émotion est au rendez-vous.

"J'espérais quelque chose de plus jovial pour nous. Les personnages sont drôles mais le film est triste", se confie-t-elle.

Une autre ajoute qu'elle n'a "absolument rien compris au film, sauf la scène finale. C'est peut-être la langue."

Les interventions des prisonnières sont timides et peu nombreuses.

Une prisonnière assez âgée monopolise la parole pour expliquer que le film montre à quel point les femmes souffrent à cause des hommes, et que malgré tout elles restent fortes. Au fond, quelqu'un scande "Vive la femme!", s'en suit une salve d'applaudissement.

Une autre établit un parallèle entre la situation des femmes recluses dans le salon de coiffure et les violences armées qui se jouent à l'extérieur avec la situation de la Tunisie: "On a senti qu'avec la situation actuelle du pays, on allait finir par vivre comme elles." Elle se tait avant d'expliquer que malgré les différences entre ces femmes, elles ont fini par s'unir face au terrorisme. "Et vous voyez la femme avec le foulard (un des personnages du film) n'est pas forcément une terroriste."

Les agents pénitenciers sont toujours derrière elles pour contrôler ce qu'elles disent aux journalistes. À la question de savoir si elles sont bien traitées en prison, deux femmes viennent à l'assaut, la prisonnière se raidit et répond timidement: "Il faut avoir un bon comportement, mais ici, on nous traite bien." Affirmation rapidement reprise par l'un des agents de la prison: "Oui, oui, un bon traitement."

En réaction au caractère inédit de la projection de ce film, une prisonnière explique qu' "Il faut encourager ce type d'initiative. Certaines prisonnières sont condamnées à vie, et il faut leur permettre d'avoir accès à la culture."

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