MAGHREB
26/11/2015 12h:47 CET | Actualisé 26/11/2015 14h:13 CET

Attentat de Tunis: Le débat autour de la restriction des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme refait surface

A woman waves the Tunisian flag as policemen stand guard at the National Bardo Museum two days after gunmen attacked the museum and killed scores of people in Tunis, Tunisia, Friday, March 20, 2015.  The Islamic State group issued a statement Thursday claiming responsibility for the deadly attack on Tunisia's national museum that killed scores of people, mostly tourists. (AP Photo/Christophe Ena)
ASSOCIATED PRESS
A woman waves the Tunisian flag as policemen stand guard at the National Bardo Museum two days after gunmen attacked the museum and killed scores of people in Tunis, Tunisia, Friday, March 20, 2015. The Islamic State group issued a statement Thursday claiming responsibility for the deadly attack on Tunisia's national museum that killed scores of people, mostly tourists. (AP Photo/Christophe Ena)

La liberté ou le terrorisme? Liberté rime-t-elle avec insécurité? Le débat sur l'équation entre la liberté et la sécurité refait surface à chaque attaque terroriste, encore plus avec l'instauration du couvre-feu.

Dans un communiqué publié le 25 novembre, plusieurs associations de la société civile tels que le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et le Centre de Tunis pour la liberté de la Presse ont mis en garde contre l'instrumentalisation du terrorisme pour bafouer les droits humains et notamment la liberté de la presse. Ils s'insurgent contre un discours de "marchandage" entre les libertés et la sécurité.

"Pas de neutralité avec le terrorisme" prônent certains sur les plateaux télé. "Halte au retour des vieux réflexes de la dictature qui sous prétexte de lutte contre le terrorisme ont réprimé les libertés", répondent d'autres.

Dans un sondage réalisé par Sigma conseil, 78% des Tunisiens se disent prêts à sacrifier un peu de liberté pour de la sécurité. Un sondage qui a fait couler beaucoup d'encre quant à sa rigueur. Et le débat continue.

"C'est un faux débat", a assuré de son côté Issam Dardouri, président de l'organisation Sécurité et Citoyenneté au HuffPost Tunisie. "Les libertés sont consacrées dans la Constitution. Personne n'a le droit ni l’intention d'y porter atteinte dans un état de droit où chacun respecte les lois".

"Sans sécurité, il n'y a pas de liberté. Mais si on entend par le mot liberté, celle des terroristes, celle de circuler, de prôner le jihad, de semer le chaos, c'est totalement différent. Ces terroristes ont raison d'avoir peur pour leurs libertés", a-t-il nuancé.

Le président de l'organisation Sécurité et Citoyenneté évoque "l'anarchie" et "le laisser-faire" qui selon lui découlent de la "liberté conquise" pour les extrémistes. "Bénéficiant d'une couverture médiatique, ces individus comme ceux de Ansar Chariâa se sont organisés, ont recruté, propagé leurs discours haineux au vu et au su de tous, de l'Etat, en toute impunité sous la bannière de la liberté d'expression", déplore-t-il.

Alarmiste, Issam Dardouri souhaite le prolongement du couvre-feu "s'il est motivé par des raisons sécuritaires": "Les Tunisiens comprennent la situation. Personne n'a envie de sortir le soir alors que le risque qu'il y ait des terroristes kamikazes coure toujours".

Vieux réflexes et risques de dérives liberticides

Pour autant, les risques de dérives sécuritaires existent toujours et les abus des forces de l'ordre restent souvent impunis.

Le jour de l'attentat, plusieurs journalistes ont été agressés par les forces de l'ordre, rapporte Reporter Sans Frontières dans un communiqué publié mercredi. "La lutte contre le terrorisme ne justifie pas les agressions contre les journalistes", a dénoncé l'ONG.

“Le nombre d’attaques contre les journalistes lors de la couverture de manifestations est en perpétuelle hausse en Tunisie, a déclaré Virginie Dangles rédactrice en chef de RSF. Mettre fin à l’impunité des agressions contre les professionnels des médias ne pourra se réaliser qu’à condition que la justice condamne les agresseurs à des peines exemplaires. Aujourd’hui les excuses du ministères de l’Intérieur ne suffisent plus”.

"On agite la peur sécuritaire à longueur de temps alors que la sécurité n'est qu'une seule dimension de la lutte contre le terrorisme. D'ailleurs si on a la volonté de combattre réellement ce fléau, la lutte devrait être globale, multidisciplinaire. On devrait s'atteler sur nos problèmes économiques, sociaux, culturels et religieux. Sans ça, ce n'est qu'un leurre", a déclaré Ali Zeddini, membre du conseil exécutif de la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH) au HuffPost Tunisie.

Y a t-il des raisons concrètes d'avoir peur d'une dérive liberticide? "Oui, car les forces de sécurité ont tendance à adopter leurs vieux réflexes de la dictature notamment lorsqu'ils sont pris pour cible. Les réflexes du mépris pour les libertés. Ils ne sont pas encore imprégnés par la culture démocratique. Des formations en la matière seront utiles", a-t-il estimé.

Le représentant de la LTDH affirme par ailleurs que le maintien du couvre-feu n'est ni nécessaire, ni souhaitable: "L'attentat a eu lieu alors que le niveau d'alerte sécuritaire était des plus élevés. La mort n'effraie pas les terroristes. Quelles mesures sécuritaires peuvent faire face à des personnes qui sont prêtes à se faire exploser au nom de la religion? Ce n'est surement pas une solution à terme", assure-t-il.

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