ALGÉRIE
26/11/2015 01h:11 CET | Actualisé 26/11/2015 01h:41 CET

Le procès du général Hassan s'ouvre aujourd'hui à Oran : l'ombre de Toufik plane

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Une affaire sortie du labyrinthe sinueux du "système" politique algérien.

Le procès du général Abdelkader Ait-Ouarabi, alias Hassan, ancien chef de lutte antiterroriste au sein du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) s’ouvre ce jeudi devant le tribunal militaire d’Oran. Il est, selon les informations de ses avocats, poursuivi pour "destruction de documents et infraction aux consignes militaires".

Cela constitue un resserrement des chefs d’inculpation à l’encontre du général Hassan qui faisait face initialement, selon les médias, à des chefs d’accusations de constitution de "bande armée", de fausses déclarations sur le "stock d’armes en sa possession, détention et rétention d’armes de guerre, rétention d’informations et mensonge et insubordination."

Limogé début 2014, le général Hassan dirigeait une unité d'élite des services secrets, le Scorat (Service de coordination opérationnelle et de renseignement antiterroriste). C’est cette unité, mise depuis sous la tutelle de l’état-major, qui a mené l’assaut contre les terroristes au complexe gazier de Tiguentourine (In Amenas) en janvier 2013

Le général Hassan sera jugé par tribunal composé d’un juge civil et deux assesseurs militaires ayant au moins le grade de général. Le code de justice militaire stipule les officiers poursuivis doivent être jugés par des militaires ayant au moins le même grade qu’eux.

Le précédent du général Beloucif

Le procès du général Hassan n’est pas un "précédent" dans l’histoire de l’institution militaire. Le général Mostefa Beloucif, qui a été secrétaire général du ministère de la défense nationale et chef d’Etat-Major a été jugé et condamné par le tribunal militaire de Blida en février 1993.

Un procès précédé, lui aussi, de la divulgation, sans précédent dans les annales de la presse, du fameux "rapport des généraux". Condamné à 20 ans de prison, le général Mostefa Beloucif a été libéré sous la présidence du général Liamine Zeroual.

L’arrestation du général Hassan s’est faite dans un contexte différent mais des articles de presse prenant sa défense la mettent sous le compte des règlements de compte au sein du régime voire de la lutte des clans.

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De manière non-officielle et selon les récits publiés dans la presse, les ennuis du général Hassan seraient dus à l’envoi d’une équipe à la frontière algéro-malienne pour contrer une infiltration d’un groupe de terroristes avec un arsenal d’armement.

L’équipe a été arrêtée à son retour à un point de contrôle de l’armée. Le général Hassan se verrait ainsi reprocher d’avoir omis d’aviser le Commandement militaire de l’opération. Cela renvoie au chef d’accusation "infraction aux consignes militaires" que les avocats comptent contester en mettant en exergue le caractère particulier de l’action des services de renseignements.

D’où leur forte insistance à vouloir faire témoigner le général Mohamed Médiene, dit Toufik, ancien chef du DRS et supérieur hiérarchique direct du général Hassan. Les déclarations de l’ancien patron du DRS sur l’opération en question et, peut-être sur les procédures en vigueur pour les opérations secrètes, pourraient être d’un grand secours au général Hassan.

Viendra, viendra pas?

Le général Toufik n’a pas été entendu durant l’instruction de l’affaire mais, affirme l’un de ses avocats, Me Mokrane Aït Larbi, cela n’enlève rien à la faculté de la défense à le citer comme témoin.

En réaction à un article publié par El Watan indiquant que la demande de citation du général Toufik risquait d’être sans effet car elle n’a pas été introduite durant l’instruction, Me Aït Larbi a estimé qu’il s’agissait d’une interprétation "erronée."

"L’article 131 du code de justice militaire ne souffre d’aucune ambiguïté : «L’inculpé ou son défenseur indique au procureur militaire de la République, huit jours au moins avant l’audience, le nom et l’adresse des témoins qu’il estime nécessaire de faire entendre" a-t-il indiqué.

Me Mokrane Aït Larbi a indiqué qu’il avait la possibilité de demander au juge d’instruction de convoquer le général Toufik mais il a choisi pour l’intérêt de son client de le citer « directement pour témoigner à l’audience. »

L’avocat a rappelé que selon la loi, «le tribunal ne peut fonder son jugement que sur des preuves qui sont apportées au cours des débats et contradictoirement discutées devant lui».

La question du témoignage du général Toufik, «admis à la retraite » le 13 septembre dernier après un quart de siècle à la tête des services de renseignements de l'armée algérienne sera tranchée par le tribunal. Il devra également décider si le procès sera public et donc ouvert à la presse ou non. Deux aspects qui risquent d’être déterminants dans une affaire sortie du labyrinthe particulièrement sinueux du "système" politique algérien.

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