MAROC
26/11/2015 10h:07 CET | Actualisé 26/11/2015 18h:53 CET

Comment le Maroc gère le retour des jihadistes dans le pays

Comment le Maroc gère le retour des jihadistes dans le pays
Comment le Maroc gère le retour des jihadistes dans le pays

TERRORISME - Ils seraient environ 250 à peupler les prisons du royaume. Sur les quelque 2.000 combattants marocains ou bi-nationaux partis gonfler les rangs de Daech ou d'autres organisations dites "jihadistes" en Irak et en Syrie, certains ont choisi de revenir au Maroc.

Le phénomène n'est pas nouveau. Depuis le début de la guerre en Syrie et les premiers départs de jihadistes étrangers dans cette zone de conflit, certains combattants ont fini par rentrer dans leur pays.

Les raisons du retour sont diverses: "déçus" des conditions de vie sous le "califat" d'Al-Baghdadi, "trompés" sur le combat qu'ils mèneraient là-bas, "fatigués" ou "choqués" par ce qu'ils ont vu... Plus préoccupant, certains pourraient choisir de revenir pour créer des "cellules terroristes dormantes" dans le royaume, précise Abdullah Rami, chercheur spécialiste des courants jihadistes interrogé par le HuffPost Maroc.

Nouvelle stratégie

"Les premiers retours se sont faits dès 2012. Mais c'est surtout en 2014 que le Maroc a opéré un contrôle accru de ses frontières, et a adopté une nouvelle stratégie sécuritaire", nous explique Mohammed Masbah, chercheur au Carnegie Middle East Center et spécialiste de l'islamisme radical. "Le plan Hadar ("vigilance") a été déployé en septembre 2014, et les frontières avec l'Algérie et la Mauritanie sont davantage surveillées", ajoute-t-il.

Quatre mois plus tard, en janvier 2015, des nouveaux amendements à la loi anti-terroriste sont adoptés par la Commission de justice, de législation et des droits de l'Homme. Les peines prévues par la loi promulguée en 2003 suite aux attentats de Casablanca sont revues à la hausse, et des nouvelles clauses pour ceux qui combattent en dehors du Maroc sont ajoutées:

"Est ainsi poursuivi et jugé devant les juridictions marocaines compétentes tout Marocain ou étranger qui, hors du territoire du royaume, a commis comme auteur, co-auteur ou complice, une infraction de terrorisme qu'elle vise ou non à porter préjudice au royaume du Maroc ou à ses intérêts".

Les terroristes écopent généralement de 5 à 15 ans de prison, et entre 50.000 et 500.000 dirhams d'amende. Dans les faits, certains jihadistes sont parfois condamnés à des peines moins lourdes, comme cet ancien cameraman de Daech, surnommé Abu Hajer al-Maghribi ("le Marocain"), qui a filmé plusieurs exécutions en Syrie et a fini par rentrer au Maroc après un an passé dans le "califat". Il purge actuellement une peine de trois ans de prison.

Traiter le mal à la racine

Au lendemain des attentats de Paris, alors que la sécurité a été renforcée dans tous les lieux "à risques" du royaume et que certains auteurs présumés des attaques, comme Salah Abdeslam, continuent d'échapper aux services de sécurité européens, le Maroc a resserré sa coopération avec la France et la Belgique, deux pays où les auteurs des attentats ont vécu et se sont radicalisés.

"Le problème, c'est que l'approche adoptée par la plupart des pays, dont le Maroc, est une approche avant tout sécuritaire", explique M. Masbah, qui estime que ce n'est pas seulement avec le renforcement de la loi que l'on règlera le problème: "il faut aussi se poser la question du processus de radicalisation, et de la réhabilitation et de l'intégration de ces personnes après leur séjour en prison".

Pour le colonel Hassane Saoudi, spécialiste des questions de sécurité, "il est primordial de bien discerner les raisons pour lesquelles les jihadistes sont rentrés, et d'appliquer les peines en conséquence. On ne doit pas forcément mettre tout le monde en prison. Certains peuvent avoir eu un rôle mineur là-bas ou s'être repentis, mais cela reste très compliqué à prouver".

Autre problème: la radicalisation au sein-même des établissements pénitentiaires, qui restent "un terrain fertile" pour le terrorisme. "Certains prisonniers font allégeance à Daech depuis leur cellule", explique M. Masbah qui estime que pour éviter le pire à la sortie de prison, le mal doit d'abord être traité à la racine.

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