MAGHREB
21/11/2015 04h:54 CET

Mali: État d'urgence après l'attaque contre le Radisson à Bamako

AFP

L'état d'urgence est entré en vigueur samedi au Mali, au lendemain de la prise d'otages dans un grand hôtel de Bamako, qui a fait au moins une vingtaine de morts, revendiquée par le groupe jihadiste de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, en coopération avec Al-Qaïda.

L'attaque qui s'est terminée par l'intervention conjointe des forces maliennes et étrangères, notamment françaises, a été menée une semaine après les attentats qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris, revendiqués par le groupe Etat islamique (EI).

Dans un discours à la Nation diffusé par la télévision publique dans la nuit de vendredi à samedi, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a fait état d'un bilan de 21 morts et sept blessés. "Le terrorisme ne passera pas", a-t-il assuré.

Une source militaire malienne avait fait état auparavant d'au moins 27 morts parmi les quelque 170 résidents et employés de l'hôtel Radisson Blu présents au moment de l'attaque et d'"au moins trois terroristes tués ou qui se sont fait exploser".

Le gouvernement malien a instauré l'état d'urgence pour 10 jours à compter de vendredi minuit, lors d'un Conseil des ministres extraordinaire présidé jusque tard dans la nuit par le chef de l'Etat, rentré précipitamment d'un sommet de pays du Sahel au Tchad en raison de l'attaque.

"L'état d'urgence institué permettra de renforcer les moyens juridiques des autorités administratives et compétentes pour rechercher et mettre à la disposition des autorités judiciaires des terroristes qui seraient en cavale et d'éventuels complices", selon le communiqué officiel.

Un deuil national de trois jours a également été décrété à partir de lundi.

Des Russes, trois Chinois, un Américain, et un haut fonctionnaire belge en mission à Bamako figurent parmi les victimes, ont annoncé leurs pays respectifs.

Les forces spéciales françaises venues de Ouagadougou, au Burkina Faso voisin, ont participé aux opérations "en assistance des forces maliennes", a expliqué vendredi soir le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

'Attaque terroriste odieuse'

La France, qui intervient militairement au Mali depuis janvier 2013, avait également envoyé une quarantaine de membres du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).

Sont également intervenus des membres de la Mission de l'ONU, la Minusma, et des forces américaines.

L'attaque a été revendiquée par le groupe de Mokhtar Belmokhtar, Al-Mourabitoune, précisant qu'il s'agissait d'une opération conjointe avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dans un communiqué lu au téléphone au site mauritanien Al-Akhbar et à la chaîne de télévision panarabe Al-Jazeera.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a condamné vendredi cette "attaque terroriste odieuse", soulignant qu'elle se produisait "à un moment où des progrès importants sont constatés dans le processus de paix" entre le gouvernement et l'ex-rébellion à dominante touareg du Nord, signataires d'un accord de paix en mai-juin.

La Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), ainsi que les groupes armés pro-gouvernementaux ont également condamné la tuerie.

L'attaque du Radisson Blu, prisé de la clientèle internationale, a débuté vendredi autour de 07H00 GMT . Les assaillants sont entrés dans l'enceinte de l'hôtel au même moment qu'une voiture munie d'une plaque diplomatique.

Ils "parlaient anglais entre eux", a affirmé à l'AFP le célèbre chanteur guinéen Sékouba Bambino Diabaté, évacué sain et sauf par des forces de sécurité, comme des dizaines de résidents terrés dans leur chambre, estimant qu'ils "ont pris en otage ceux qui étaient à la réception et au restaurant".

Des étrangers d'au moins 15 nationalités faisaient partie des clients de l'hôtel, dont vingt Indiens et 15 Français - parmi lesquels 12 membres d'équipage d'Air France - qui en sont tous sortis vivants.

Cette attaque rappelle la prise d'otages du 7 août dans un hôtel à Sévaré (centre), qui avait fait 13 morts.

Le 7 mars, le premier attentat anti-occidental meurtrier à Bamako, visant un bar-restaurant, avait coûté la vie à cinq personnes, dont un Français et un Belge. Il avait déjà été revendiqué par Al-Mourabitoune.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ils en ont été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères. Les attaques jihadistes se sont étendues depuis le début de l'année vers le centre, puis le sud du pays.

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