MAGHREB
18/11/2015 11h:40 CET | Actualisé 18/11/2015 12h:08 CET

Tunisie: Le ministère de la Justice veut appliquer la loi antiterroriste aux journalistes, la HAICA et la SNJT dénoncent

facebook/ministère justice

Le ministère de la Justice a affirmé dans un communiqué qu'il allait "poursuivre pénalement" toutes les personnes ayant contribué à la diffusion des images portant atteinte à la dignité du jeune berger égorgé vendredi par des jihadistes et ce sur la base de l'article 31 de la loi organique relative à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent.

Ce communiqué - qui fait écho au reportage diffusé par la Télévision nationale dans son journal de 13 heures et où la tête décapitée du jeune berger apparaissait - a été fustigé par le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (S.N.J.T.) mais aussi par la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA).

Pour le Syndicat des journalistes, qui s'est réuni mardi, ce communiqué est "une déclaration de guerre du gouvernement Habib Essid, contre la liberté de la presse, et les libertés publiques et privées."

Le Syndicat a par ailleurs affirmé que le décret-loi n°2011-115 du 2 novembre 2011 relatif à la liberté de la presse, l'imprimerie et l'édition est le seul habilité à la poursuite des journalistes dans l'exercice de leurs fonctions considérant que la poursuite des journalistes sur une autre base que le décret-loi 115 s'inscrit dans un cadre de "retour sous la tutelle" et à "la répression" des médias tunisiens.

Le communiqué du SNJT rappelle que seules les organisations professionnelles et à leur tête la HAICA sont habilitées à déterminer si une erreur professionnelle a eu lieu et à sanctionner les fautifs en conséquence.

Hichem Snoussi, membre de la HAICA, a affirmé à la radio Shems FM que celle-ci refusait qu'une procédure pénale soit lancée par le ministère de la Justice contre ces journalistes, rappelant que les erreurs professionnelles sont de l'apanage de la Haute Autorité.

"Suite au limogeage du rédacteur en chef du journal de 13 h, nous ne voyons aucune utilité aux poursuites engagées par le ministère de la Justice", a t-il affirmé à la radio.

"Tout indique que le gouvernement a adopté une nouvelle approche dans sa relation avec la presse" a ajouté M. Snoussi, s'interrogeant, "est ce réellement la diffusion de l'image du martyr qui est à l'origine de cette décision? Ou est-ce que c'est le fait d'avoir critiqué dans le reportage le travail de la police et de l'armée et d'avoir montré les réactions de la familles du martyr?".

Dans un autre communiqué publié mercredi, le ministère de la Justice rejette fermement les allégations du SNJT et de la HAICA en estimant que les poursuites engagées et la recherche de la vérité s'inscrivent dans ses prérogatives.

Le ministère a par ailleurs ajouté que la diffusion de ces images a atteint négativement les "spectateurs d'une manière générale mais également les parties directement impliquées dans la lutte contre le terrorisme" avant de conclure que "la qualification juridique des faits et le choix des textes applicables restent en fin de compte des attributions propres à la Justice".

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