MAROC
18/11/2015 10h:41 CET | Actualisé 18/11/2015 10h:43 CET

De nombreuses voix critiquent le modèle de gestion déléguée des services publics

L'augmentation des factures d'eau et d'électricité a provoqué une vague de protestations au Nord du pays.
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L'augmentation des factures d'eau et d'électricité a provoqué une vague de protestations au Nord du pays.

GESTION DÉLÉGUÉE - Les manifestations des habitants de Tanger contre Amendis ont mis en lumière les limites de la gestion déléguée des services d’assainissement et de distribution d’eau potable et d’électricité.

Alors qu’une quatrième "marche des bougies" a été organisée le 7 novembre dernier dans la ville du détroit, de plus en plus de voix s’élèvent pour épingler ce modèle, du moins montrer du doigt ses limites.

Benkirane reconnait l'existence de failles

Dernier en date: le Chef du gouvernement en personne, qui, au cours de son grand oral mensuel à la Chambre des représentants mardi 17 novembre, a reconnu l'existence de failles au sein du dispositif. Abdelilah Benkirane a tout de même précisé que la résiliation des contrats liant les villes avec les sociétés délégataires n'était pas à l'ordre du jour.

Et pour cause, dans le cas d'Amendis à titre d'exemple, la facture serait bien trop salée en cas de rupture de contrat : environ 2 milliards de dirhams pour indemniser la société, selon les déclarations du Chef du gouvernement.

La question soulevée aussi à Casablanca

Que ce soit à Tétouan, Rabat ou Casablanca, la gestion déléguée de la distribution de l’eau et de l’électricité n’a jamais été autant critiquée.

Dans la métropole économique, le nouveau comité du Conseil de la ville, en charge du suivi de la gestion déléguée de la distribution de l’eau, de l’électricité, de l’assainissement et de l’éclairage public, veut réviser le contrat de délégation liant la Ville à la Lydec (filiale marocaine de Suez Environnement), selon l’Economiste.

Et le quotidien de rappeler que "les 4 délégataires du service de la distribution de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement (Casablanca, Rabat, Tanger et Tétouan) n’ont pratiquement jamais fait l’objet d’une révision quinquennale à l’exception de l'avenant au contrat de gestion déléguée en mai 2009, conclu entre Lydec et l’autorité délégante".

Un rapport sévère à l’égard de la gestion déléguée

Dans un rapport publié en octobre 2014, la Cour des comptes fustigeait la gestion déléguée des services locaux. "L’insuffisance des moyens humains en qualité et en effectif constitue un handicap majeur à la gestion déléguée (…) depuis la préparation des contrats jusqu’à leur suivi et le contrôle", selon l'établissement présidé par Driss Jettou.

Il soulignait également le manque de personnel qualifié et la défaillance des techniques appliquées par les collectivités délégantes, découragées face aux moyens beaucoup plus conséquents des entreprises délégataires.

Et de poursuivre : "Le système de recrutement, de rémunération et de gestion des carrières ne permet pas de mobiliser les compétences requises pour constituer les interfaces nécessaires avec les sociétés délégataires". Des carences renforcées par des dispositifs de formation peu convaincants au sein des collectivités territoriales.

Une privatisation en vigueur depuis 18 ans

Le Grand Casablanca a été la première région concernée par la privatisation de la gestion de l’eau et l’électricité à l’issue de l’obtention d’un contrat de plus de trente ans délivré en 1997 par Driss Basri, alors ministre de l’Intérieur. D’autres villes adoptent peu à peu le même modèle : la concession Rabat-Salé est placée en 1998 à la charge de la société Redal, filiale de Véolia Environnement. Tanger et Tétouan sont attribuées en 2000 à Amendis, autre filiale de Véolia Environnement.

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