MAROC
18/11/2015 05h:15 CET | Actualisé 18/11/2015 05h:57 CET

Assaut à Saint-Denis: une femme se fait exploser et trois interpellations

ASSAULT - Des policiers d'élite français menaient mercredi matin un spectaculaire assaut dans la ville de Saint-Denis, au nord de Paris, contre un appartement où serait retranché le commanditaire présumé des attentats de Paris, le jihadiste belge d'origine marocaine Abdelhamid Abaaoud.

Deux forcenés sont morts, dont une femme qui s'est fait exploser - une première en France -, alors qu'au moins un suspect était encore retranché dans un immeuble du centre piétonnier de Saint-Denis, selon des sources policières.

L'opération terroriste a débuté vers 04H30 (03H30 GMT) en plein coeur de cette ville populaire de la périphérie nord de la capitale, à moins d'un kilomètre du Stade de France, visé par l'un des attentats meurtriers du 13 décembre qui ont fait 129 morts et 352 blessés, et ont été revendiqués par l'Etat islamique (EI) depuis la Syrie.

Trois hommes ont été interpellés, et au moins trois policiers blessés dans l'opération de Saint-Denis, qui a pour cible l'organisateur présumé des attentats les plus meurtriers de l'histoire de France, le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud.

Cet homme de 28 ans, ancien petit délinquant originaire du Maroc ayant grandi à Bruxelles, était parti combattre en Syrie courant 2013 au côté des jihadistes de l'EI, dont il l'est devenu l'un des visages de la propagande sous le nom d'"Abou Omar al-Baljiki".

Des soldats devant la basilique

Pendant plus de trois heures, des explosions et rafales d'armes automatiques ont retenti à intervalles réguliers dans le centre historique et piétonnier de Saint-Denis, à deux pas de la basilique des rois de France, dans une ville à forte population immigrée. L'armée a été déployée et les habitants ont reçu l'ordre de rester confinés chez eux, alors que des hélicoptères survolaient la ville.

En cinq jours d'enquête, les policiers sont donc parvenus à remonter la piste des sept kamikazes - dont l'opération suicide était là aussi une dramatique première en France - et établir le scénario des attaques, "des actes de guerre planifiés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France avec des complicités françaises", selon le président François Hollande.

Trois équipes coordonnées composées de neuf hommes au total et non huit, comme envisagé jusqu'à présent: trois kamikazes aux abords du Stade de France, trois autres dans la salle de spectacles du Bataclan et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants.

Quatre d'entre eux ont été identifiés et sont Français, dont au moins trois ont combattu en Syrie dans les rangs des jihadistes. Un kamikaze du Stade de France reste à identifier: l'homme est passé par la Grèce cet automne et on a retrouvé près de son cadavre un passeport syrien à l'authenticité douteuse - l'identité correspond à un soldat de Bachar al-Assad tué il y a plusieurs mois.

L'un des membres du commando, Salah Abdeslam, 26 ans, dont le frère Brahim Abdeslam s'est fait exploser, est toujours en fuite et activement recherché, notamment en Belgique.

Deux complices présumés ont arrêtés samedi dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles, plaque tournante du jihadisme en Europe. Inculpés par la justice belge pour "attentat terroriste", les deux hommes, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans, sont soupçonnés d'avoir exfiltré Salah Abdeslam en Belgique après les tueries.

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Nouveaux bombardements

Après le traumatisme, les autorités françaises ont organisé en quelques jours la riposte, qu'elles ont promis "impitoyable", contre l'EI.

Mardi soir, des bombardements français ont à nouveau frappé Raqa, fief syrien de l'organisation jihadistes, pour le troisième jour consécutif. On ignorait le bilan de ces bombardements.

Le porte-avions Charles de Gaulle devait appareiller mercredi depuis son port d'attache de Toulon (sud) pour la Méditerranée orientale, au large de la Syrie et du Liban.

A l'international, et toujours pour organiser sa riposte militaire, la France veut bâtir une coalition unique avec les Etats-Unis et la Russie pour "détruire" l'EI, qui contrôle de vastes territoires en Irak et en Syrie.

Le président Hollande rencontrera ses homologues américain Barack Obama (à Washington le 24 novembre) et russe Vladimir Poutine (à Moscou le 26). Le président russe, qui s'est déjà entretenu au téléphone mardi avec M. Hollande, a ordonné à sa marine de "coopérer" avec la France dans ses opérations en Syrie.

Le président américain Barack Obama a salué mercredi le rôle de la Russie dans les pourparlers visant à mettre fin au conflit en Syrie. La Russie a été "un partenaire constructif (...) en essayant de créer une transition politique" en Syrie, a estimé M. Obama.

Paris a réclamé mardi l'assistance militaire des pays de l'Union européenne (UE), qui a fait part de son soutien "unanime".

Sur le plan intérieur, le gouvernement français présentera mercredi ses premières mesures d'exception, décidées après ce carnage sans précédent: le Conseil des ministres examinera le projet de loi sur la prolongation de l'état d'urgence pour trois mois, qui sera examiné jeudi par l'Assemblée nationale et vendredi par le Sénat.

Mardi soir, les Bleus ont rejoué contre l'Angleterre. A Londres, les spectateurs anglais ont entonné une émouvante "Marseillaise", chantée à tue-tête dans un stade aux couleurs françaises.

Galerie photo Sit-in de solidarité avec la France à Casablanca Voyez les images