MAGHREB
16/11/2015 08h:00 CET

Tunisie: Des lycéennes de 17 ans font un reportage sur l'hermaphrodisme (VIDÉO)

Elles s'appellent Sofia Chehidi, Hee Eun Choi et Molk Smati, elles ont 17 ans et étudient au Lycée International de Tunis. Dans le cadre des Travaux Pratiques Encadrés (TPE), elles ont décidé de s'aventurer sur un terrain épineux: l'hermaphrodisme, un phénomène biologique dans lequel l'individu est morphologiquement mâle et femelle.

Contactée par le HuffPost Tunisie, Molk Smati explique que le désir de combiner sciences et société a été déterminant.

"Nous voulions choisir un "sujet de terrain". On aurait pu choisir de se confiner dans les laboratoires, la tête dans les livres. Mais non! L'intérêt du TPE pour nous a été de sortir de notre zone de confort, d'aller vers les gens, de les provoquer", raconte-t-elle.

Une caméra empruntée au papa, un logiciel de montage basique, des baskets pour passer la journée à Tunis, les trois jeunes filles ont alterné les visites chez le sexologue et le psychologue pour comprendre les tenants et aboutissants de l'hermaphrodisme.

"On voulait vraiment faire un petit reportage, techniquement ce n'est pas très abouti, mais on en est fières. On n'oubliera pas ce moment de notre vie où avec une caméra, on a osé aborder les gens pour parler d'hermaphrodisme!", dit Molk Smati.

Et ça donne quoi sur le terrain?

Les jeunes lycéennes ont effectué un sondage en abordant des passants au centre-ville de Tunis pour savoir si ceux-ci connaissaient l'hermaphrodisme. Les réponses des passants ont été par la suite réparties selon leur tranche d'âge: si 66% personnes connaissent l'hermaphrodisme, ce sont les 15-30 ans qui connaissent le plus cette maladie. De plus, 40% des personnes interrogées se sont dites indifférentes à ce phénomène biologique. D'un autre côté, 34% des passants préfèreraient garder l'hermaphrodisme secret "pour le bien de la personne", tandis que 17% ont avoué qu'ils auraient honte si un membre de leur famille était atteint d'hermaphrodisme.

Les lycéennes ont par ailleurs remarqué que "la connaissance et l'acceptation de l'hermaphrodisme est facilitée par l'éducation."

Elles ont également interrogé certaines personnes dont une des responsables de la restauration scolaire qui a expliqué (dans la vidéo ci-dessus) que le plus important, c'était de savoir vers quel sexe penche l'enfant avant d'effectuer une quelconque opération. La responsable s'arrête un moment de parler puis chuchote: "les gens sont entrain de nous entendre", soulignant ainsi inconsciemment le caractère tabou du sujet dans la société.

Les Travaux Pratiques Encadrés, enseignement obligatoire dans les classes de première (équivalent de la 3ème année dans le système étatique tunisien) sont définis par le ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la recherche français, comme visant "à diversifier les modes d'appropriation des contenus des programmes en prenant appui sur une démarche interdisciplinaire. Ils visent également à développer chez les élèves les capacités d'autonomie et d'initiative dans la recherche et l'exploitation de documents, en vue de la réalisation d'une production qui fait l'objet d'une synthèse écrite et orale."

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.