MAGHREB
13/11/2015 12h:17 CET | Actualisé 08/05/2016 16h:02 CET

Tunisie: Le harcèlement sexuel dans la rue, un fléau dénoncé par la société civile

Mawjoudin/ page officielle

À l’occasion de la journée "Un jour, un combat", qui se tient de chaque année, autour des droits sexuels et reproductifs, le thème abordé cette année était "le harcèlement sexuel dans la rue."

La conférence a été organisée par l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) avec d’autres associations de défense des droits humains comme "Chouf", "Mawjoudin", etc.

Le harcèlement sexuel est puni par l’article 226 du code pénal: "Est considéré comme harcèlement sexuel toute persistance dans la gêne d'autrui par la répétition d'actes ou de paroles ou de gestes susceptibles de porter atteinte à sa dignité ou d'affecter sa pudeur, et ce, dans le but de l'amener à se soumettre à ses propres désirs sexuels ou aux désirs sexuels d'autrui, ou en exerçant sur lui des pressions de nature à affaiblir sa volonté de résister à ses désirs".

Une loi "défaillante", a déclaré Senda Ben Jebara, de l’association "Chouf" au HuffPost Tunisie, "la loi exige la répétition, or cet élément n’est pas forcément présent dans le cas d’un harcèlement dans la rue, ce qui favorise l'impunité".

"Nous œuvrons avec les autres associations pour changer la loi et pousser l’Etat à prendre ce fléau au sérieux. Il y a eu à un moment une campagne menée par le ministère du Transport pour contrer ses agressions en procédant à des contrôles dans les transports en commun. Mais on n’en entend plus parler, on a jamais su s’il y avait eu des personnes interpellées", déplore la représentante de "Chouf".

Le lot quotidien de nombreuses femmes... et d'hommes

Un homme s’approche de vous pour vous coller, profitant du fait que le bus ou le métro soit bondé, vous dénude de son regard pour le moins vicieux, certains ne se gênent pas pour se masturber à ce moment-là... Cette scène a pu être vécue par une majorité de femmes.

C’est le lot quotidien de celles et ceux qui prennent les transports en commun... et pas seulement.

"Pour y échapper, il faut bien choisir son emplacement. Il faut faire en sorte que personne ne vienne derrière vous. Mais quand le bus est plein à craquer, difficile de pouvoir faire un choix. On espère seulement qu’on va y échapper. Parfois, il y a des hommes spectateurs d'une tentative d'agression, qui tentent de s’interposer pour vous protéger en vous laissant leur place assise ou en gueulant contre l’agresseur", raconte Nawrez Ben Aissia, habituée des transports en commun au HuffPost Tunisie.

Pas seulement confiné dans les transports en commun, le harcèlement sexuel envahit tous les lieux publics. Dans la rue, devant tout le monde, dans une impunité totale.

Par des paroles ou des actes vulgaires, agressifs, votre corps est chosifié.

"Le degré de harcèlement diffère du lieu où l'on est. Les vêtements qu'on porte en allant à La Marsa (banlieue nord de Tunis), réputée plus libérale, ne sont pas les mêmes que ceux qu'on met pour aller au centre ville, où on est plus exposées à de telles agressions", explique Mariem Maiza, une jeune mère, sans emploi, qui utilise fréquemment les transports en commun, au Huffpost Tunisie. "J’essaye de ne pas céder à la pression, qui pourrait faire culpabiliser les femmes au lieu de punir l’agresseur", regrette-t-elle.

Rania, l'amie de Mariem nuance: "J’ai failli être violée dans un endroit réputé huppé. On n’est pas à l'abri, nulle part!".

Contrairement aux idées reçues, le harcèlement sexuel ne touche pas que les femmes. Des hommes en sont également victimes. Anis, 19 ans, militant pour les droits des homosexuels raconte: "J’allais suivre un cours particulier chez mon prof, la rue était presque déserte. Un homme n'a pas arrêté de me suivre, en arrêtant sa voiture à chaque coin de ruelle et en m’appelant pour que je le rejoigne dans sa voiture, j’ai eu très peur… Par la suite, j'ai appris que cette rue était un terrain de chasse pour ce genre de pervers".

Des victimes silencieuses

Le harcèlement sexuel dans la rue est un phénomène mondial. "Il n’est pas l’apanage des sociétés comme les nôtres même si je pense qu’on est plus exposés dans une société où règne le machisme, la violence contre les femmes et où ces dernières n’osent pas porter plainte", dit la représentante de l'association Chouf.

En commençant par sensibiliser les femmes à la nécessité de porter plainte et à ne pas avoir honte lorsqu'elles subissent ce genre d’agressions, l'objectif de ces associations est de combattre l’impunité et "ceci passe par l’encrage de la culture du respect de l’intégrité morale et physique de la personne, homme ou femme" explique Senda Ben Jebara.

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