MAGHREB
07/11/2015 05h:01 CET

A la veille de législatives historiques en Birmanie, les inquiétudes se sont multipliées

Supporters of Myanmar opposition leader Aung San Suu Kyi's National League for Democracy party place posters of her and her father Aung San at an event to celebrate the final day of campaigning in Yangon, Myanmar, Thursday, Nov. 5, 2015. On Sunday Myanmar will hold what is being viewed as the country's best chance for a free and credible election in a quarter of a century. (AP Photo/Mark Baker)
ASSOCIATED PRESS
Supporters of Myanmar opposition leader Aung San Suu Kyi's National League for Democracy party place posters of her and her father Aung San at an event to celebrate the final day of campaigning in Yangon, Myanmar, Thursday, Nov. 5, 2015. On Sunday Myanmar will hold what is being viewed as the country's best chance for a free and credible election in a quarter of a century. (AP Photo/Mark Baker)

A la veille de législatives historiques en Birmanie, qui pourraient permettre à l'opposante Aung San Suu Kyi de parvenir au pouvoir, les inquiétudes se sont multipliées samedi, le vote anticipé des militaires restant notamment inaccessible aux observateurs.

"Le processus aurait été plus transparent si nous avions été autorisés à envoyer des observateurs" dans les casernes où se déroule le vote anticipé, a déclaré à l'AFP Alexander Graf Lambsdorff, le chef de la mission des observateurs européens.

Les soldats de la puissante armée birmane, qui sont entre 400.000 et 500.000 selon les évaluations, sont en effet une composante non négligeable d'un corps électoral de plus de 30 millions d'électeurs.

Le 20 octobre, le chef de la mission d'observateurs européens s'était félicité de s'être vu promettre par le puissant chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing, l'accès au vote dans les casernes, y voyant un signe de bonne volonté des héritiers de la junte autodissoute en 2011.

Mais aucun engagement écrit n'a ensuite suivi, une déception pour les observateurs, alors que l'accès aux casernes était un de leurs principaux motifs d'inquiétude.

Ces derniers jours, les inquiétudes se multiplient quant à la réaction du pouvoir, tenu par d'anciens généraux convertis aux réformes depuis 2011, face à la possible victoire du parti de l'opposante Aung San Suu Kyi.

Le président Thein Sein, ex-général et dernier Premier ministre de la junte, met en garde contre la tentation d'imiter les révolutions populaires du "printemps arabe".

Mais il a affirmé dans une allocution télévisée vendredi soir que "le gouvernement et l'armée respecteront le résultat du vote".

Phil Robertson, représentant de l'ONG Human Rights Watch dépêché à Rangoun pour les élections, se dit inquiet que le président Thein Sein puisse ne pas être suivi par les tenants d'une ligne plus dure parmi les héritiers de la junte.

"Le président dit qu'il acceptera les résultats, c'est bien... Mais ça ne veut pas dire que les gens derrière lui, y compris l'armée birmane -qui est le vrai détenteur du pouvoir en coulisses ici- le suivront", explique-t-il dans une interview à l'AFP.

La Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi dit craindre de possibles fraudes, notamment lors du vote anticipé.

Le vote anticipé à l'étranger s'est également révélé chaotique.

Astrologues

En l'absence de tout sondage, certains tentaient samedi de lire dans les astres les pronostics de ce scrutin historique.

Depuis plusieurs semaines, les Birmans partagent sur les réseaux sociaux des photos d'offrandes de nourriture placées devant le portrait d'Aung San Suu Kyi, une pratique courante dans les temples bouddhistes.

Dans ce pays très superstitieux, les astrologues ont souvent été amenés à jouer les conseillers politiques, notamment à l'époque de la junte autodissoute en 2011.

De la date de la déclaration de l'indépendance de l'ex-colonie britannique en 1948 à la décision soudaine des généraux de déplacer la capitale de Rangoun à Naypyidaw au début des années 2000, la numérologie et l'astrologie ont eu un rôle non négligeable.

Même la date des élections, fixées un 8 novembre, a suscité de larges spéculations au sein de la population, se demandant si la date était de bonne augure.

Pour San Zar Ni Bo, un des plus célèbres astrologues de Birmanie, le 8 novembre est favorable à la victoire d'une femme.

"La carte du tarot portant le numéro huit montre une belle femme fermant la bouche d'un lion", affirme l'astrologue, qui s'est distingué dans le passé par ses prédictions favorables à Aung San Suu Kyi. Le lion étant le symbole de l'USDP, le parti au pouvoir.

Dans une petite rue commerçante de Rangoun, Hnin Ohn Mar Yee, astrologue de 45 ans, a elle aussi son opinion pour dimanche.

"Cette carte montre que le gagnant sera celui que les gens choisissent comme président... Qui les gens choisiront-ils? La LND bien sûr", assure-t-elle.

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