MAGHREB
06/11/2015 10h:50 CET

L'OMCT appelle les autorités tunisiennes à accélérer les procédures judiciaires liées aux affaires de torture

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Facebook/Ghazi Mrabet
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La lenteur des procédures judiciaires contribue à la persistance de la torture en Tunisie, a déploré vendredi l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), appelant les autorités tunisiennes à traduire leur volonté politique en mesures concrètes.

Malgré la révolution de 2011, la torture et les mauvais traitements persistent dans les postes de police, au sein de la garde nationale

(gendarmerie) et dans les prisons, et les tortionnaires bénéficient toujours de l'impunité, a dénoncé lors d'une conférence de presse Mokhtar Trifi, dirigeant de l'OMCT, un collectif d'ONG.

"A ce jour, aucun agent accusé de torture n'a été condamné par la justice (...) et les prisons sont quasiment des zones où la loi n'est pas appliquée", a ajouté cet ancien président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme (LTDH).

Intervenant à son tour, Hend Khechine a indiqué que le programme dont elle a la charge, créé en 2013 par l'OMCT et intitulé "Sanad", était saisi de 118 cas de torture présumés au total.

Ce programme, qui compte deux centres dans le Kef (nord-ouest) et à Sidi Bouzid (centre-ouest), a permis de constater "que la phase d'instruction, très longue, peut durer jusqu'à trois ans", a-t-elle déploré.

S'appuyant sur les conclusions d'un rapport, Mme Khechine a souligné que la plupart des victimes étaient des hommes de 15 à 29 ans, issus de milieux pauvres et au chômage. Dans 37% des cas, ces victimes présumées ont affirmé avoir été torturées pour leur extorquer des aveux durant la garde-à-vue, a-t-elle ajouté.

D'après la même source, près de neuf bénéficiaires du programme sur 10 souffrent dès lors de problèmes de santé (89%) et/ou de séquelles psychologiques (86%).

Face à ce constat, les autorités doivent renforcer le mécanisme de plainte dans les prisons, exiger un examen médical avant et après les garde-à-vue et faciliter les inspections des lieux de détentions, ont fait valoir les responsables de l'OMCT.

"Vouloir à tout prix arracher des aveux ne résout presque jamais les problèmes (...). La crédibilité de l'Etat, le sérieux des procédures et la confiance des citoyens tunisiens dans les institutions sont le fondement et la garantie de la démocratie", a noté le vice président de l'OMCT, Dick Marty.

L'an dernier, le rapporteur des Nations unies sur la torture, Juan Mendez, avait affirmé que la pratique de la torture, largement répandue sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, persistait en Tunisie malgré la volonté affichée.

En octobre, Human Rights Watch a réclamé une enquête "minutieuse et impartiale" sur la mort "dans des circonstances suspectes" de deux hommes arrêtés par les forces de l'ordre.

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