MAGHREB
04/11/2015 10h:27 CET

Tunisie: Entre terrorisme et pauvreté, le documentaire "Ahom Ahom" veut attirer l'attention sur les "oubliés" de Kasserine

"Ahom Ahom", film documentaire de plus de sept minutes réalisé par Ezer Mnasri et Abdessalem Harchi, braque les projecteurs sur le calvaire des habitants vivant à proximité des monts Saloum, Sammama et Châambi, des zones qui sont confrontées à la menace terroriste.

Pour Ezer Mnasri, le choix de cette région a été "stratégique".

"La pauvreté revêt une toute autre dimension à Kasserine, ces gens vivent à deux pas des terroristes, mais ils sont marginalisés, oubliés, isolés. Beaucoup d'entre eux pourraient déserter pour rejoindre les intégristes", explique le réalisateur.

L'indifférence de l'Etat, qui ne met à disposition de ces zones qu'une présence militaire reste pour lui "un grand point d'interrogation".

Deux habitants racontent que le "terrorisme, on n'en a jamais vu". Contrairement à une autre femme qui confie qu'elle a peur de se faire tuer chaque nuit.

Face aux multiples attaques attribuées à des groupes jihadistes dans cette région, l'accès à la montagne a été interdit par les autorités. Nouveau coup dur pour les habitants, "c'était notre ressource de vie principale".

"De Bourguiba à Ben Ali, nous avons toujours été marginalisés"

Les gros plans, la fixation de la caméra sur les visages des intervenants touchent. A cela s'ajoute une musique de fond, qui se veut dramatique.

Les arrière-plans témoignent de la précarité de la vie. Aucune infrastructure n'est mise à disposition des villageois, "nous vivons sous le degré zéro, les actes les plus anodins sont un véritable calvaire pour nous."

Les prises de paroles s'enchainent, tous témoignent de la difficulté "pas de travail, pas de transports, pas d'eau".

Un homme prend la parole et dit: "De l'ère de Bourguiba à celle de Ben Ali, nous avons toujours été marginalisés. On pensait que ça allait changer après la révolution mais rien de tout ça".

Cette mise en avant des habitants de la région, Ezer Mnasri explique qu'elle est voulue, "il faut qu'on leur donne l'occasion de parler, c'est pour cette raison que j'ai choisi le format documentaire".

Le réalisateur explique que "Ahom Ahom" aurait pu s'appeller "Attirer l'attention", son souhait serait que les sept minutes du film ancré dans le quotidien des pauvres de la région puissent changer les choses.

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