MAROC
30/10/2015 09h:30 CET

Benkirane: "El Yazami devrait retirer ses propos et s'excuser", à propos de l'égalité de l'héritage

MÉDIAS - Benkirane se dévoile. Invité du journaliste Youssef Belhayssi lors d’une émission spéciale en direct de la résidence de la primature sur Médi1TV le 30 octobre au soir, le chef du gouvernement et secrétaire général du PJD est revenu sur divers sujets d'actualité: égalité dans l’héritage, liberté d’expression au sein de son parti, venue d’El Arifi au Maroc et son influence sur les médias… Les points forts d’une interview longue d’une heure et demie.

Benkirane, un phénomène médiatique?

"Je suis une personne un peu particulière", a avoué le politicien qui juge "ne pas être un phénomène médiatique" pour autant. A la question selon laquelle son départ constituerait un danger pour la pérennité du parti, le secrétaire général se veut rassurant. "Je n’ai pas accompli tout cela tout seul. On l’a tous fait", déclare-t-il. Pour lui, "si des circonstances provoquent [son] départ, [son] vide sera probablement rempli par d’autres personnes".

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Sera-t-il réélu à la tête du PJD?

Abdelilah Benkirane, élu à la tête du PJD en 2008 puis réélu en 2012, s’approche de la fin de son mandat. En effet, la loi interne qui régit le parti de la majorité ne permet pas un troisième mandat en tant que secrétaire général. Mais rien n’est encore joué. "Le choix revient aux membres du parti", a expliqué Benkirane. "Si nous restons en cohérence avec notre loi, une réélection n’est pas possible, mais si un changement de loi est envisagé, cela pourrait se faire." Abdelilah Benkirane a ainsi tenu à expliquer le mode de scrutin du PJD. "Personne ne présente son élection. Ce sont les autres qui présentent un membre du parti, et si les autres prennent cette initiative, le candidat ne peut pas refuser."

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Pourquoi El Arifi n’est pas venu au Maroc?

"Il n’y a aucun intérêt à ce que cette personne vienne en ce moment", a tranché le chef du gouvernement, qui a récemment déclaré être derrière l’annulation de la venue du cheikh controversé au Maroc. "Il y a des choses qui peuvent être positives, mais qui ne le sont pas dans un tel contexte", a jugé Benkirane. En effet, plusieurs pétitions ont été publiées sur les réseaux sociaux afin d’empêcher la venue de cet imam qui avait encouragé les jeunes à aller en Syrie et avait lancé une fatwa interdisant aux filles de se retrouver seules avec leur père. Pour le chef du gouvernement, "il y a des personnes qui apprécient El Arifi, mais cela ne va créer que de la fitna ("zizanie") dont on n’a pas besoin".

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Que pense Benkirane de l’égalité de l’héritage?

C’est l’un des moments les plus tendus de l’entretien. "Il s’agit de religion et non de politique", a répondu Benkirane au sujet des recommandations du CNDH sur l’égalité de l’héritage entre hommes et femmes. Pour le secrétaire général du PJD, le président du CNDH Driss El Yazami, "doit justifier son opinion avec des preuves acceptées par la communauté musulmane", car "partant d’un autre référentiel (les droits de l’Homme, ndlr), proposer l’égalité de l’héritage n’est pas possible". "Est-ce que ces gens cherchent la fitna?" s’est interrogé le chef du gouvernement qui estime que le président du CNDH "met de l’huile sur le feu". "El Yazami devrait retirer ses propos et s’excuser", a conclu Abdelilah Benkirane avant de rappeler que l’essentiel était "la stabilité du pays, son indépendance et sa quiétude".

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Benkirane a-t-il cloué le bec aux voix dissidentes au PJD?

"Si seulement ils avaient raison", a répondu Benkirane à la question selon laquelle la pluralité des opinions au sein du PJD a reculé. "Nous sommes un parti sous le feu des projecteurs et nous avons des positions officielles", a rappelé le politicien qui juge que "chacun peut avoir des opinions personnelles mais doit se plier aux décisions officielles". "Aujourd’hui, on nous juge pour les propos de nos membres ou ceux qui sont proches de nous, c’est pour ça que je les raisonne (les membres du PJD, ndlr)", explique Benkirane qui invite les membres du parti "à garder leurs positions personnelles pour eux-mêmes".

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