MAGHREB
29/10/2015 11h:20 CET | Actualisé 30/10/2015 09h:32 CET

Tunisie - Rencontrez Mehdi, ce jeune artisan de chéchias qui ne connait pas la crise: "Le tout est de s'adapter à l'air du temps" (PORTRAIT)

Chéchias par WildTunis
Instagram/WildTunis
Chéchias par WildTunis

Avoisinant la mosquée de Sidi Ben Arous, des boutiques d'artisans de chéchias ou "Chaouachis" se succèdent à gauche et à droite.

Dans la médina de Tunis, l'étape des chaouachis est déterminante. Impossible de passer outre - deux souks sont dédiés à ce métier - Souk El Chaouachia El Kebir (le grand Souk des Chéchias) et Souk El Chouachia El Sghir (le petit Souk des Chéchias).

Face à la déferlante de couvres-chefs rouge, le HuffPost Tunisie est allé à la rencontre d'un des rares jeunes artisans de la Médina dont la boutique prolonge la mosquée de Sidi Ben Arous. Rencontre avec Mehdi, chaouachi aux yeux revolver et qui a encore toutes ses dents.

D'étudiant en informatique à chaouachi

C'est rare qu'un jeune fasse ce métier non? "Vous trouvez?"

Comme avec 'Oncle Ali', Mehdi a appris ce métier de son père. Mais contrairement au confectionneur de sefsaris, son choix n'est pas empreint de fatalité, au contraire.

Quand Mehdi explique les raisons qui l'ont poussé à choisir ce métier, il vous regarde droit dans les yeux, n'est pas avare de mots et paraît sûr de lui.

Rapidement, il raconte qu'il a terminé ses études en informatique, qu'il a également travaillé dans une banque, avant de tout laisser tomber.

"S'engager sur cette route, c'est simplement un choix à faire. Moi, j'ai choisi d'être chaouachi et je ne le regrette pas", dit-il.

D'ailleurs pour Mehdi tout relève du choix: "Quand un chaouachi décide de ne pas apprendre le métier à son enfant, et qu'il préfère l' encourager à poursuivre des études, c'est également un choix. Quand un métier se fait plus rare, il est tout à fait normal que les parents aient peur pour l'avenir de leurs enfants".

Il tente de deviner les raisons qui pousse les propriétaires de boutiques d'artisans à mettre la clé sous la porte: "la tentation pécuniaire sans doute, ou bien la stabilité procurée par la fonction publique."

Un travail noble

Quand il entend dire que les artisans de la Médina n'ont généralement pas fait d'études et que cette solution est une solution de secours, Mehdi est agacé.

"Les artisans faisaient partis de l'élite intellectuelle du pays, peu de personnes avaient accès à ce métier, c'était très difficile", dit Mehdi.

Il pointe alors du doigt la boutique en face de la sienne et ajoute: "Oncle Abderraouf a fait des études de médecine! Mais il a décidé de devenir chaouachi, alors qu'on ne vienne pas nous dire que les chaouachis sont des illettrés!"

Mehdi explique que les exigences pour devenir chaouachi ont énormément baissé et il revient sur les difficultés auxquelles étaient confronté un chaouachi pour devenir maître-artisan.

"On ne s'auto-proclamait pas maître-artisan chaouachi, c'était strict. Les artisans devaient gravir des échelons pour monter en grade, asseoir leur valeur en passant des tests devant des maîtres-artisans confirmés", raconte Mehdi.

"Je ne travaille pas avec les touristes à moins qu'ils ne soient collectionneurs de chapeaux"

Pour ce qui est des difficultés financières, aucun souci à ce niveau. Mehdi bombe le torse: "J'ai mon marché, l'enseigne est réputée. Ce sont les petits artisans qui sont confrontés aux problèmes de demande."

Certains mois, la demande qui lui est faite est plus importante que l'offre. "Et puis, on fait beaucoup d'exportations mais il ne faut pas croire que le marché local est en reste, le tout est de s'adapter à l'air du temps."

Mehdi pointe du doigt une chéchia violette à pendentif, "le modèle royal". "Quand je dis m'adapter, c'est par exemple répondre à la demande des femmes pour la chéchia, la réadapter, travailler sur l'esthétique, on propose énormément de modèles."

Il précise que ses clients, quand ils décident de porter une chéchia font le choix de l'originalité, "quand on décide de porter une chéchia, on sait que le produit est bien travaillé".

Le jeune homme tient notamment à souligner que le "bien travaillé" est important parce que la contre-façon a envahi tout ce qu'il y a de plus tunisien. "Je n'ai pas envie de vous parler des pseudo-chéchias qu'on vous vend à cinq dinars."

Il s'arrête un moment de parler comme si il n'avait plus rien à dire. Un touriste passe, s'arrête un court moment devant la boutique de chéchias d'en face et finit par s'en aller. Dans les ruelles en pavés de la Médina, les touristes se font de plus en plus rares.

Ça ne semble pas déranger Mehdi, et il conclut avec cette confiance en soi qui ne l'a pas quitté:

"Je ne travaille pas avec les touristes, ça ne m'apporte pas grand chose. Ce ne sont pas des chéchias qu'ils viennent acheter, mais des âarakeya (chapeaux de prières). Je ne travaille pas avec les touristes à moins qu'ils ne soient collectionneurs de chapeaux."

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