MAGHREB
29/10/2015 07h:04 CET

A travers les Balkans, le calvaire des migrants en déroute à la conquête de l'Europe

Migrants are seen at the temporary transit facility in Dhekelia Garrison, a British military base on the east Mediterranean island of Cyprus on Wednesday, Oct. 28, 2015. The base's authorities said 114 people whose fishing boats landed on the shore of another British base on Cyprus’ southern coast last week have been transferred to Dhekelia where they will be provided with “more suitable accommodation. ” British authorities insist the bases, which are considered sovereign territor
ASSOCIATED PRESS
Migrants are seen at the temporary transit facility in Dhekelia Garrison, a British military base on the east Mediterranean island of Cyprus on Wednesday, Oct. 28, 2015. The base's authorities said 114 people whose fishing boats landed on the shore of another British base on Cyprus’ southern coast last week have been transferred to Dhekelia where they will be provided with “more suitable accommodation. ” British authorities insist the bases, which are considered sovereign territor

Emmitouflés dans des châles, couvertures grises autour des épaules, certains portant des sandales sans même enfiler des chaussettes alors que les températures frôlent celles où l’eau gèle, ils ressemblent à une armée en déroute.

Pourtant, ces milliers de migrants démunis du Moyen-Orient, arrivent à faire tomber frontière après frontière dans leur marche effrénée vers l’Eldorado de l’Europe occidentale.

A Berkasovo, au cœur de l’ex-Yougoslavie, aujourd’hui passage frontalier ad hoc entre la Serbie et la Croatie, les policiers ne s’émeuvent plus devant le flot ininterrompu qui passe sous leurs yeux sans mot dire et sans le moindre contrôle depuis maintenant plusieurs jours.

Le visage mangé par une barbe de trois jours, Mouhamad Eljam, 33 ans, est bien malheureux. "Mon enfant âgé de quatre ans est très malade et ma femme m'a quitté", explique le Libanais. Il veut se rendre en Suède, "pour construire une nouvelle vie" pour son enfant qui est resté à Beyrouth, le temps pour lui de s'installer en Europe.

Des migrants attendent de monter dans un car pour poursuivre leur périble vers l'Autriche le 28 octobre 2015 à Sentilj au nord est de la Slovénie

"Au Liban j'avais une petite entreprise spécialisée dans le bâtiment mais je sais aussi cuisiner, façonner le bois et surtout je n’ai pas peur de travailler", assure cet homme dodu vêtu d’un survêtement bleu foncé qui tranche avec le froid hivernal.

Comme Mouhamad, une fois descendus d'autobus en territoire serbe, ces migrants, dont certains fuient les conflits de Syrie, Irak ou Afghanistan, empruntent à pied les derniers trois kilomètres les séparant de la frontière croate.

Passage à un rythme rapide

Des tentes militaires dressées sur la route goudronnée forment une sorte de tunnel qui se poursuit sur environ 500 mètres en territoire croate, ce qui permet aux réfugiés de trouver un maigre abri lorsqu'il fait mauvais.

Des barrières métalliques mobiles, hautes d'un mètre et longues d’environ deux, s’enchaînent pour former deux couloirs par lesquels les gens avancent. Pas moyen de s’assoir ni de se reposer. A Berkasovo, le passage se fait à un rythme rapide, depuis un accord récent portant sur une meilleure coordination entre les polices des deux pays voisins.

Pourtant, un village de petites tentes de camping abandonnées sur un champ boueux bordant cette route est là pour rappeler les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles, il y a encore quelque jours, les migrants patientaient sous la pluie avant de se rendre en Croatie, pays membre de l'UE, sur leur route vers la Slovénie et ensuite plus au nord, vers l'Allemagne et la Suède.

Des vêtements, des couches voire des chaussures dépareillés jonchent sur des kilomètres les champs bordant cette petite route. Des détenus serbes de droit commun, gilets vert fluorescent pour bien être distingués, ramassent les immondices au râteau et à la pelle dans des couvertures grises abandonnées par les réfugiés, avant de leur nouer les quatre coins en forme d’énorme boules et de les jeter dans la remorque d'un tracteur.

Nour, a 23 ans. Cette étudiante en architecture de Damas a pour but de rejoindre ses parents et ses deux frères, qui se trouvent déjà en Autriche.

Doudoune blanche et foulard gris sur la tête, elle pleure le drame que vit son pays et s'insurge contre "la mafia des passeurs" mise en place en Turquie.

"Ils sont dangereux et armés", explique d'un ton grave la jeune femme à la manucure soignée, assurant qu'avec ses quinze compagnons de route, eux aussi des jeunes Syriens, ils ont payé "mille dollars chacun" le passage en bateau pneumatique de Turquie en Grèce, première étape du périple à travers les Balkans vers la riche Union européenne.

A Berkasovo, côté croate, des autobus attendent pour amener les réfugiés, non loin, à Tovarnik (est) d'où, à bord de trains, ils seront acheminés à la frontière slovène. Nour l'ignore, mais ce voyage sera gratuit, aux frais de l’État croate.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.