ALGÉRIE
28/10/2015 04h:27 CET | Actualisé 28/10/2015 05h:28 CET

Les pierres du sculpteur Nizar Ali Badr racontent la grande tristesse syrienne

réfugies syrien

Une famille de dix personnes qui a fait la valise du départ dans la précipitation pour entamer un long périple sur un parcours inconnu et une destination improbable. La Syrie est, c'est une certitude, est un pays plongé dans la guerre et le sculpteur syrien Nizar Ali Badr en fait le récit. En pierres.

Badr a choisi de sculpter ses œuvres avec les pierres du mont Saphon, connu sous le nom de djebel Al Agraa qui se trouve à une cinquantaine de km de Lattaquié. Il a avec cette famille de pierres "une relation humaine morale" car, dit-il " ne ressent le malheur des pauvres que celui qui fait partie de leur terre".

Badr explique au Huffington Post Arabi, qu'il a incarné les populations syriennes déplacées dans 10 personnages. "Mon imagination est sans limites. Je transforme ces pierres en des récits tissés par mon imagination mêlés à l'amertume de la réalité".

Ce travail, Badr le considère comme le plus proche de ce qu'il ressent: "c'est le cri des pauvres dans un temps où toutes les personnes sont devenues de simples chiffres qui attendent la mort".

Les pierres sont, pour le sculpteur syrien, des mots à travers lesquels ils racontent des histoires et des récits. "Cela commande d'aimer ces pierres, de comprendre leur alphabet... de continuer ensuite et de persister".

Les travaux de Nizar Ali Badr - près de 2000 œuvres - réalisés ces dernières années représentent ce qui se passe en Syrie, cela va des responsables corrompus aux hommes de religion et tout ce qui a mené le pays aujourd'hui vers "l'ignorance".

tristesse syrienneLa grande tristesse syrienne

Ces œuvres ne sont pas destinées à la vente, Nizar Ali Badr a décidé de les garder comme un message aux prochaines générations d'autant qu'il ne termine pas un travail sans que ses "larmes eurent lavé ses pierres de tristesse et de douleur à cause des destructions et du chaos qui règnent dans le pays".

Le sculpteur a veillé à ce que les pierres soient du mont Saphon précisément. "Ces pierres savent crier et leur voix sont plus fortes que les balles".


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L'arène du combat de taureaux

Les conditions de vie dans toutes les villes syriennes sont devenus difficiles mais cela n'est pas une raison suffisante de quitter le pays du point de vue du sculpteur. Et encore moins quitter sa ville de Lattaquié. La Syrie, pour lui, est la plus "pure des terres". Badr se décrit volontiers comme un "homme de pierre qui ne s'intéresse qu'à l'amour de la Syrie et œuvrer à le marquer dans la pierre".

Le sculpteur préfère ne pas parler de religion et de politique. Ce qui se passe en Syrie ressemble, selon lui, "à une arène de combat de taureaux. Le monde regarde et applaudit. Tous le monde participe à la danse sur le corps des pauvres".

Son travail de sculpteur n'est pas sorti d'une chambre dans sa maison. Pour la simple raison qu'il n'a pu trouver un emploi pour "lequel il aurait du verser une commission" précise-t-il. "La corruption, c'est comme le ver dans la pomme. C'est pour cela que je n'ai pu trouver un emploi. J'aide ma famille par des travaux libres".

Article publié par le HuffPost Arabi traduit vers le français par la rédaction du HuffPost Algérie

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