MAROC
28/10/2015 16h:16 CET | Actualisé 12/12/2015 09h:26 CET

Jérôme Sahyoun, l'histoire d'un chasseur de vagues né au Maroc

Jérôme Sahyoun, l'histoire d'un chasseur de vagues
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Jérôme Sahyoun, l'histoire d'un chasseur de vagues

PORTRAIT – On l’appelle le chasseur de vagues. Jérôme Sahyoun, jeune papa de 35 ans né au Maroc qui s’est épris du surf dès l’âge de 15 ans, est un amoureux de la nature qui parcourt le monde à la recherche des plus grosses vagues de la planète. Retour sur la naissance d’une passion.

Enfant de la nature

C’est tout petit, vers l’âge de cinq ans, que Jérôme découvre la pêche au Sahara. Alors qu’il part pendant deux mois avec son père et ses deux frères dans la lagune de Naila à quelques kilomètres au sud de Tan Tan, Jérôme se met à pêcher à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Il s'initie également à la chasse, apprend à tirer à la carabine à plomb puis s'essaie au 9mm. Toute son enfance, le jeune Jérôme passe ses vacances d’été à pêcher et ses vacances d’hiver à chasser dans la montagne. Une manière de s'évader loin des bancs de l'école qu'il n'apprécie pas tellement.

École buissonnière

Né à Casablanca en 1981, Jérôme fait quasiment toute sa scolarité dans le système français. Après un passage de deux ans dans une pension en Suisse entre 1993 et 1995, il décide de rentrer au Maroc et de reprendre sa scolarité au collège Lyautey. Après avoir redoublé sa classe de 4ème, le jeune adolescent commence à faire l’école buissonnière avec son meilleur ami Adil El Arif. Direction la plage, pour surfer. A la fin de son collège, le surfeur en herbe explique à son père qu’il souhaite quitter les bancs de l’école. Monsieur Sahyoun lui propose alors d’intégrer l’entreprise familiale et de travailler en tant que scaphandrier (plongeur) dans le cadre de travaux maritimes. Ni une ni deux, Jérôme passe des stages de plongée à M'diq du coté de Tétouan à l'âge de 16 ans, et commence à travailler sur les chantiers, d’abord à Mohammedia, puis à Tan Tan.

La passion du surf

S'il a surfé pour la première fois à 12 ans, ce n’est que vers l’âge de 15 ans qu’il développe sa passion pour les vagues. En 1998, alors qu’il travaillait à Tan Tan, Jérôme réalise qu’il y a une différence entre les vagues du sud et celles qu’il avait l’habitude de voir à Casablanca. En découvrant des vagues plus puissantes et plus creuses, le jeune sportif décide d'essayer de les dompter. "Ça m’a piqué. Je n’ai pas eu un bon niveau tout de suite, je surfais tout seul, je n’avais pas d’exemple. Mais après deux ans à Tan Tan et un an à Sidi Ifni, j’ai commencé à progresser", confie-t-il au HuffPost Maroc. "Je me suis mis à surfer devant la caméra d'une amie. Je ne m’étais jamais vu surfer avant, et j’ai commencé à prendre des vagues à des niveaux de plus en plus durs. Jusqu’à ne plus trop avoir de limites", explique-t-il.

Globe surfer

jerome sahyoun

En 2006, Jérôme s’envole vers le Cap Vert. C’est la première fois qu’il quitte le Maroc depuis son expérience en Suisse. Il découvre alors des vagues totalement différentes et prend goût au voyage. De Tahiti aux Caraïbes en passant par l’Irlande, l'Indonésie et le Pays Basque, dès qu'il entend parler d’un swell (grosse houle), le surfeur fait son sac et est prêt à s’envoler aux quatre coins du monde.

Dépasser ses limites

En 2009, tout juste papa, Jérôme veut se prouver qu'il ne mettra pas sa passion de côté après la naissance de son fils. Il s’envole alors vers la France, dans le Pays Basque, où il découvre les plus grosses vagues qu’il ait vu jusqu’à présent, hautes de 8 à 10 mètres. "C’était la première fois que je voyais des montagnes et pas des vagues!", se souvient-il. "J’en ai pris deux, et c’était les plus grosses de ma vie."

Premier échec

En 2011, alors qu'il se trouvait à Ibiza avec des amis, Jérôme reçoit un appel de son coéquipier. "Il m’a annoncé qu’il y avait le plus gros swell de l’année en Irlande et que l’on ne pouvait pas rater ça. Je suis rentré au Maroc et j'ai directement repris l’avion direction l’Irlande avec mes affaires d’Ibiza dans le sac (rires)". Mais deux jours après leur arrivée, c'est la catastrophe. "Mon coéquipier, Asir Muniain, s’est retrouvé avec 4 fractures au pied, et un jet ski sur les cailloux. Ça s’est très mal passé. Cela a été vraiment notre premier échec".

"C'est pas l'homme qui prend la mer..."

Lors d'un voyage au Mexique, alors que Jérôme s'était énormément entraîné, le surfeur reçoit aussi une belle leçon d'humilité: il ne réussit à prendre que deux vagues en trois jours. "Cela a été pour moi une grosse frustration. J’ai eu des vagues, mais ce n’était pas personnellement ce que je voulais", raconte-t-il. Qu'à cela ne tienne: Jérôme a la mer dans le sang, et ne compte pas se laisser abattre. Cette année, lors d'une session à Kandui en Indonésie, Jérôme a continué à surfer du matin au soir malgré une entorse au genou. "C'est quand je suis rentré que j'ai réellement senti la douleur".

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Posté par Jérôme Sahyoun sur mercredi 12 août 2015

Et après?

"Je ne vais pas surfer toute ma vie comme je le fais maintenant. J'ai 35 ans, je me fixe encore dix ans. Si j’arrive à tous mes objectifs avant 40 ans, je me consacrerai à autre chose", confie le surfeur. "Mais le jour J, je serai dans l’eau". Même s'il arrête un jour de surfer, Jérôme ne compte pas éteindre la flamme de sa passion. Il a déjà commencé à passer le flambeau à son fils qui, à seulement six ans, surfe déjà, pêche et chasse. "Je l’éduque comme moi j’ai été éduqué", explique le surfeur, avant d'ajouter, avec malice: "J’espère juste qu’il sera meilleur que moi à l’école".

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