MAGHREB
22/10/2015 11h:25 CET

À la rencontre de Jamel Ben Saidane aka Wild Tunis, amoureux de la Médina et de la chéchia

Jalel Ben Saidane
Facebook/ Mohamed Khaled Nciri
Jalel Ben Saidane

Souk des Turcs, Souk des Femmes, Souk des "Hrayréya" (artisans de soie)... Jamel Ben Saidane, "Wild Tunis" sur les réseaux sociaux, connaît les ruelles de la Médina par coeur.

Mais comment tu fais? "J'ai passé ma vie à me promener ici."

En plus de connaître le plan de la Médina, il oeuvre pour la faire connaître. On pourrait penser qu'il est diplômé en Histoire. "Absolument pas! J'ai fait des études d'informatique appliquée à la gestion."

Les "Bonjour Jamel, comment vas-tu mon fils?" fusent très souvent tout au long de notre visite de la Médina. Jamel est connu là-bas. Il connaît 'Oncle Ali' l'artisan de sefséri. En fait, Jamel connait pratiquement tous les 'oncles' qui travaillent depuis des décennies dans leurs minuscules boutiques.

"J'ai toujours vécu à la Médina, je suis passionné d'Histoire et je suis curieux. Le reste vient progressivement. Je posais des questions aux artisans pour savoir comment ils faisaient telle ou telle chose.", dit-il.

En grandissant, l'accès à l'information est plus facile. "Je lisais des livres, et puis internet m'a appris énormément de choses mais le plus important c'est le contact avec les personnes."

On s'arrête un moment devant Souk "El Trok" (souk des turcs) crée par Youssef Dey, qui a fait voyager de Turquie des artisans afin qu'ils confectionnent en Tunisie, l'habit turc. C'est là que Jamel évoque l'association Carthagina.

"J'ai toujours essayé de partager ma passion de la Médina avec les gens"

L'association Carthagina oeuvre pour la promotion et la mise en oeuvre du patrimoine matériel tunisien. Pour les membres de l'association et Jamel notamment, le mot d'ordre est le partage. Il nous confie qu'il a toujours essayé de partager sa passion de la Médina avec les gens.

"Pour commencer, je tiens à préciser qu'on oeuvre pour la promotion de la Médina avec les moyens du bord. On peut proposer des activités basiques qui consistent à faire visiter la Médina aux touristes, à sortir des parcours traditionnels pour se rediriger vers des lieux plus atypiques", raconte-t-il, avant d'ajouter, "Enfin pas que des touristes! De nombreux Tunisiens eux-mêmes, sont des touristes chez eux!"

L'usage des réseaux sociaux est également important à Carthagina: Facebook, Twitter, Tumblr, Foursquare, Instagram, tout y passe.

Nouveau plan d'action de l'association: le Médinapédia, qui consisterait à écrire des articles complets et illustrés sur les monuments du patrimoine et faire des mises à jours pour ceux qui existent déjà. L'idéal serait de les traduire en plusieurs langues.

"Le visuel compte beaucoup dans ce type d'initiatives, Instagram est un peu comme notre meilleur ami. Avant je ne trouvais, que quelques photos avec le hashtag #medina, maintenant des comptes comme Instagramers Tunisia recense une énorme base de données de photos", raconte Jamel Ben Saidane, connu sous le nom de Wild Tunis sur Instagram.

Il utilise énormément cette interface pour partager sa passion. Son compte dénombre plus de 4500 followers et il sonne comme une véritable ode aux pavés de la Médina, à ses chats et à ses portes.

Jamel Ben Saidane ou l'amour de la chéchia

Quand il a l'occasion de la mettre, Jamel ne sort jamais sans sa chéchia, il explique que c'est "une façon de faire revivre ce produit national confectionné par les Tunisiens pour les Tunisiens".

Opter pour la chéchia est pour Jamel, un choix symbolique mais aussi matériel: "En hiver, j'apprécie la chaleur que m'apporte la chéchia. Si on la compare à une casquette, elle est nettement mieux. Elle va avec tout et ça donne un look tunisien!"

Toute une vision se cache derrière le choix de la chéchia, "faire revivre le traditionnel, et par traditionnel, je ne demande pas que les femmes remettent le sefséri. Mais si on pouvait remettre au goût du jour certaines de nos expressions, certains de nos plats..."

"Les habitants de la Médina ignorent énormément de choses sur leur lieu d'habitation"

On s'enfonce dans les ruelles sombres de la Médina, avant de s'arrêter un instant devant une ruelle en rénovation, Jamel soupire: "Cela fait pratiquement un an qu'elle est dans cet état. L'État n'est pas conscient de l'importance du pavé et du mur dans la Médina".

Cependant, pour lui la responsabilité est commune: "L'État a sa part de responsabilité, c'est évident! Dans le cadre de la modernisation, l'État bourguibien a détruit beaucoup de patrimoine. Mais il faut être conscient, que même les habitants de la Médina ignorent énormément de choses sur ce lieu". Outre l'État, c'est le désintérêt porté par les riverains que déplore Jamel: "Quand une habitation datant de cent ans tombe en ruine et que cela ne procure pas énormément de peine... C'est triste."

La visite de la Médina se termine au café El Enba, café populaire mythique. Souvenez-vous! Là où on avait rencontré 'Oncle Ali'.

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