MAROC
21/10/2015 04h:15 CET | Actualisé 21/10/2015 08h:04 CET

Pourquoi il ne fait toujours pas bon être une femme au Maroc en 10 points

Pourquoi la femme n'est toujours pas l'égale de l'homme au Maroc
Amnesty
Pourquoi la femme n'est toujours pas l'égale de l'homme au Maroc

PARITÉ - Être une femme libérée au Maroc, ce n'est pas si facile... Pauvreté, âge, handicap et exclusion sociale. Voici les quatre paramètres qui favorisent le non-respect des droits des femmes, selon le Conseil national des droits de l’Homme. Dans son dernier rapport "L’égalité et la parité au Maroc, préserver et rendre effectifs les finalités et objectifs constitutionnels", le CNDH épingle "une évaporation progressive des promesses constitutionnelles", marquées notamment par le retard de l’arrivée de l’Autorité pour la parité et la lutte contre les formes de discriminations (APALD) et du Conseil consultatif de la famille et de l’enfance (CCEF). Tour d’horizon de ce qui fâche en 10 points.

1. Les mariages des mineures a presque doublé en dix ans

Le pourcentage des mariages des mineurs est passé de 7% en 2004 à 12% en 2013, annonce le CNDH, précisant que "la part des filles dans le totale des demandes de ce type de mariage représente près de 99,4%".

2. Des restrictions sur la tutelle légale des enfants par leur mère

Le CNDH épingle "des conditions très restrictives" empêchant les mères d'obtenir la tutelle de leurs enfants après le divorce. Une situation qui contredit l’article 199 du Code de la famille qui stipule que "la mère aisée a l’obligation de subvenir aux besoins de la famille en cas d’incapacité matérielle partielle ou totale du père".

3. Le Code de la nationalité est toujours inégalitaire

Malgré sa révision en 2007, le Code de la nationalité reste inégalitaire lorsqu’il s’agit de la transmission de la nationalité à son conjoint. S’il est possible pour un homme épousant une femme de nationalité étrangère de lui transmettre la nationalité, l’inverse n’est toujours pas possible.

4. Une hiérarchie des victimes du viol persiste

Mariées, non mariées, vierges ou non vierges. La justice introduit "une hiérarchie entre les victimes du viol" selon le CNDH, qui relève que le viol au sein de l’institution du mariage n’est toujours pas reconnu.

5. L’aide juridique en retard sur les affaires civiles

"Plus de la moitié des femmes ayant droit à une pension alimentaire ne la recevaient pas régulièrement, avec environ un quart qui ont déclaré ne pas la recevoir du tout", selon l’enquête de satisfaction du ministère de la Justice et des libertés. Le CNDH, de son côté, déplore que "l’aide juridique se concentre sur les affaires pénales et n’offre pratiquement pas de services dans les affaires civiles", ce qui empêche souvent ces femmes de jouir de leurs droits.

6. Les violences fondées sur le genre (VFG) sont toujours monnaie courante

6,2 millions de femmes marocains ont subi des violences, annonce le CNDH. Un chiffre qu’il explique notamment par l’acceptation sociale des VFG et par la raretés de plaintes suite à ces crimes. Le cadre juridique reste aussi critiquable à ce sujet. L’institution relève notamment l’absence de législation spécifique couvrant la violence domestique.

7. L’accès à la santé reste insuffisant

La part des accouchements assistés par un personnel de santé qualifié n’ont pas dépassé les 64% en 2004. Un chiffre alarmant, en deçà de la moyenne des taux enregistrés par des pays au niveau de développement équivalent, (74%). Le taux de mortalité maternelle est aussi l’un des plus élevés au niveau de la région MENA, précise le CNDH.

8. Les femmes, premières victimes de l’analphabétisme

55% des femmes en milieu rural sont analphabètes contre 31% des hommes. Un fossé qui illustre la difficulté d’accès à l’éducation des femmes dans les campagnes. Le CNDH précise que 72% des filles sont scolarisées dans les milieux précaires contre 86% des garçons.

9. L’accès limité au travail empêche les femmes d’assurer leur indépendance

Le taux d’activité des hommes est près de 3 fois supérieur à celui des femmes en milieu urbain, et 4 fois supérieur en milieu rural, précise le CNDH. Aussi, le taux d’emploi des femmes a chuté de 25% en 2000 à 22,6% en 2014.

10. Les femmes ne sont pas assez représentées au niveau des postes de responsabilité

Si la "féminisation" de l’administration marocaine a atteint 38,6% en 2012, contre 34,4% en 2004, elles demeurent néanmoins sous représentées dans les postes de responsabilité, le plus souvent réservés aux hommes. Dans ce sens, le CNDH préconise "des mécanismes institutionnels contraignants" qui devraient passer par une révision des orientations fondant les politiques publiques dans leur globalité.

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