MAGHREB
21/10/2015 14h:19 CET | Actualisé 23/10/2015 09h:17 CET

Bayrem Kilani aka Bendir Man: "Avant, j'étais un voyou, maintenant je me suis calmé" (INTERVIEW)

Vous l'avez connu engagé avant la révolution tunisienne avec "El Système", en colère quand il s'est confronté à Bahri Jelassi dans l'émission "Klem Enness" sur Al Hiwar Ettounsi et moqueur lorsqu'avec Lotfi Abdelli, il avait parodié le "footing londonien" de Mohamed-Ali Nahdi.

Bendir Man laisse à présent la place à Bayrem Kilani. "Tetfaker" (Tu te souviens?) se veut intime, loin de la verve satirique à laquelle nous avait habitué le chanteur. Sa chanson est inspirée d'une histoire personnelle où il est question d'un ancien amour (voir la vidéo ci-dessous).

Pour Thameur Mekki, journaliste spécialiste de la scène émergente qui a également suivi de près l'évolution de Bendir Man, "Tetfaker" sonne comme une "rupture avec l’ancienne identité artistique de Bendir Man."

"C’est assez brusque, que ce soit sur le plan politique et conceptuel que sur le plan musical. Bayrem Kilani a enterré l’anti-héros à la cape mauve et a enterré avec lui son cynisme, sa transgression et son sens de la satire. Dans le nouveau morceau, la dominante romantique ne laisse de place à rien d’autre. Quant à la musique, Bendir Man a délaissé tout le travail effectué ces dernières années. Il a abandonné les arrangements inspirés de la musique de fanfare et des percussions africaines qui ont contribué à forger une nouvelle identité musicale de l’artiste au profit d’une musique blues formatée pop. Et c’est bien dommage. Requiem pour Bendir Man. Bayrem Kilani entame une nouvelle carrière", estime Thameur Mekki.

"On ne peut pas continuellement chanter sur la révolution"

"Avant, j'étais un voyou, maintenant je me suis calmé", explique Bendir Man pour justifier son changement de style musical.

"Les gens ont besoin d'amour, ils en ont marre qu'on ne chante que sur la révolution, sur la patrie. D'ailleurs, je n'ai jamais fait de chanson sur la révolution. Tout ce que j'ai chanté contre Ben Ali, je l'ai fait avant janvier 2014", a-t-il ajouté.

Néanmoins, il assure que son nouvel album comportera "quatre ou cinq chansons qui ressemblent au Bendir Man de toujours, ça fait partie de moi."

Et maintenant où va-t-on?

"Vers le mur!", répond Bendirman. Il se dit défaitiste quant à la situation politique du pays estimant qu'elle sera pire que du temps de la Troïka.

"On se dirige vers une alliance entre les destouriens et les islamistes qui pourrait se traduire en un parti politique. Déjà s'il se présentent ensembles aux municipales cela voudrait dire qu'ils vont continuer (sur cette lancée). Et vous verrez le spectacle. Vous regretterez Mustapha Ben Jaâfar ou encore Moncef Marzouki", affirme Bendirman.

Cette situation le pousse à penser que dans quelques années, "il n'y aura plus de Haythem El Mekki", chroniqueur et journaliste qui exprime souvent son opposition au pouvoir en place.

Interrogé sur l'affaire de Marwen, le jeune homme condamné à un an de prison pour pratiques homosexuelles après avoir subi un test anal, le chanteur insiste sur le degré liberticide de cette condamnation.

"Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps, tant que cela relève du privé!", a-t-il assuré, se disant "très choqué" par "le silence des démocrates au sujet du test anal".

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