MAROC
21/10/2015 07h:09 CET

Ahmed Boutaleb: le maire d'origine marocaine de Rotterdam veut aider les migrants

Rotterdam: Le maire d'origine marocaine de la ville vient en aide aux réfugiés
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Rotterdam: Le maire d'origine marocaine de la ville vient en aide aux réfugiés

PORTRAIT - Ahmed Aboutaleb a 15 ans lorsqu'il quitte le Maroc pour les Pays-Bas. Quarante ans plus tard, alors que la crise des migrants divise l'Europe, le premier immigré musulman devenu maire d'une ville néerlandaise souhaite offrir aide et espoir aux demandeurs d'asile.

S'identifiant facilement aux migrants qui débarquent dans un pays inconnu, il porte un regard compatissant sur ces milliers d'hommes, de femmes et d'enfants au coeur de la pire crise migratoire qu'ait connue l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. "Je n'ai pas de recette, je n'ai que mes propres expériences et ma politique dans ma ville", assure Aboutaleb, en fonction depuis 2009, dans un entretien à l'AFP.

Figure connue du paysage politique néerlandais, Ahmed Aboutaleb s'est distingué sur la scène internationale après l'attaque menée en janvier contre l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, s'adressant alors avec sa verve habituelle aux musulmans qui ne souhaitent pas "vivre avec la liberté": "Si ce lieu ne vous convient pas (...), foutez le camp!"

A 54 ans, le politique néerlandais défend avec passion la liberté de croyance - "si quelqu'un veut prier 24 heures par jour, qu'y a-t-il de mal à cela?" -, mais rejette fermement l'usage de la violence pour imposer une opinion ou menacer la démocratie. "En tant que maire, j'aime les gens qui ont des idées radicales", explique-t-il: "C'est grâce à des idées radicales sur la manière de diriger nos civilisations et nos sociétés que nous avons quitté l'Âge de Pierre".

"Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit, nous parlons ici d'un groupe de gens qui en menacent d'autres, pas seulement parce qu'ils ont des idées radicales, mais aussi parce qu'il pensent détenir une vérité justifiant leurs buts, politiques ou sociaux, par l'usage de la violence".

Le travailliste Ahmed Aboutaleb a joué l'apaisement à Rotterdam, premier port d'Europe et ville du célèbre populiste Pim Fortuyn, un critique de l'islam assassiné en 2002 par un homme qui entendait ainsi défendre les immigrés musulmans et les demandeurs d'asile notamment.

Mais alors que les Pays-Bas s'apprêtent à accueillir en 2015 un total de 60.000 demandeurs d'asile, avec désormais 3.000 nouvelles demandes par semaine, des tensions surgissent dans le pays comme ailleurs en Europe. Non loin des Pays-Bas, en Allemagne, Henriette Reker a été élue dimanche maire de Cologne après avoir été gravement blessée au couteau la veille par un homme opposé à l'arrivée des réfugiés.

Aboutaleb a lui-même subi l'ire de ses citoyens la semaine dernière lorsqu'il est venu expliquer aux riverains l'installation dans leur quartier d'un centre pour demandeurs d'asile: le maire a été copieusement insulté et des pierres jetées. Fils d'un imam sunnite, Ahmed Aboutaleb regrette ce qu'il estime être une profonde méconnaissance de l'islam. "Jihadiste n'est pas le mot qu'il faut utiliser", assure-t-il.

"Je suis un jihadiste car je fais chaque jour ce qu'il faut pour ma ville". "Il y a 68 définitions du jihad. Si vous enlevez un morceau de verre de la chaussée (...) pour éviter que les vélos soient abîmés, vous êtes un jihadiste", sourit-il. Les dirigeants, les analystes et tous ceux occupant des fonctions influentes "doivent expliquer aux gens de quoi on parle", soutient Ahmed Aboutaleb, selon lequel parents et éducateurs ont aussi un rôle à jouer.

Ce natif de Beni Sidel, au Maroc, est une des personnalités montantes au sein du parti travailliste néerlandais et certains l'imaginent volontiers en candidat potentiel au prochain poste de Premier ministre.