MAROC
20/10/2015 08h:38 CET | Actualisé 20/10/2015 08h:39 CET

Des réserves de graines d'un "frigo mondial" en Syrie abritées au Maroc à cause de la guerre

Des réserves de graines d'un "frigo mondial" en Syrie abritées au Maroc à cause de la guerre
Svalbard Global Seed Vault
Des réserves de graines d'un "frigo mondial" en Syrie abritées au Maroc à cause de la guerre

AGRICULTURE - Des variétés de graines préservées à l’origine dans une "banque mondiale" de semences à Alep ont été envoyées au Maroc et au Liban afin de préserver les différentes espèces menacées de destruction par la guerre en Syrie.

Les semences avaient d’abord été temporairement envoyées pour leur sauvegarde dans "l’arche de Noé végétale" de la planète, le Svalbard Global Seed Vault. Cet immense bunker frigorifique situé sur une île norvégienne vise à conserver, dans un lieu sécurisé, des graines de toutes les cultures vivrières de la terre afin de garantir la diversité génétique.

svalbard global seed vault

Renvoyées au Maroc et au Liban pour être plantées et cultivées dans des terres plus proches du climat syrien, "les semences seront utilisées par le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA) pour répondre aux demandes des éleveurs, chercheurs et agriculteurs du monde entier afin qu'ils puissent développer et tester de nouvelles souches pour faire face aux changements climatiques et aux nouvelles maladies", explique l’ICARDA dans un communiqué.

38.000 échantillons envoyés

71 boîtes contenant différentes variétés de blé, d'orge, de lentilles et de pois chiches (29.233 échantillons de semences) ont été envoyées au Maroc et 57 boîtes contenant des fourrages, féveroles, pois et parents sauvages de céréales et de légumineuses (8.840 échantillons) ont été envoyées au Liban. "Il s’agit de la première récupération, mais d’autres devraient avoir lieu dans les années à venir", indique le communiqué.

Les graines stockées à la banque génétique d’ICARDA à Alep, région située au coeur des combats, étaient menacées de destruction à cause du conflit "qui rend de plus en plus difficile la régénération locale et la distribution aux partenaires dans le monde", poursuit le communiqué.

Même si l’entrepôt frigorifique de semences d’Alep est encore opérationnel aujourd'hui, le personnel qui travaille pour ICARDA ne peut pas utiliser les terres environnantes pour reconstituer les stocks de semences, "soit un aspect extrêmement important du travail d’un organisme qui distribue en temps normal environ 25.000 échantillons chaque année à ses partenaires", indique le Centre.

"Nous sommes ravis d'être en mesure de récupérer ces graines, de sorte qu'ICARDA puisse continuer à fournir des ressources génétiques de grande valeur à nos partenaires", a indiqué Dr Mahmoud Solh, directeur général d’ICARDA, "en particulier dans le contexte de programmes nationaux qui visent à préserver la diversité des cultures afin de nourrir les générations futures".

Des espèces très anciennes

Parmi les graines qui se trouvent dans la banque génétique d’ICARDA, 65% correspondent à des races primitives, mais aussi à des "parents" de céréales, légumineuses et fourrages recueillis dans des régions comme le "croissant fertile" au Moyen-Orient, les hauts plateaux abyssins en Ethiopie et la vallée du Nil en Egypte, où les premières pratiques de domestication des cultures par des humains ont été enregistrées, précise le communiqué. "Ces variétés anciennes ont naturellement développé des gènes robustes pendant leur survie durant des milliers d'années. Leur adaptation et évolution est une ressource précieuse pour renforcer la résilience climatique des cultures".