ALGÉRIE
18/10/2015 06h:10 CET | Actualisé 18/10/2015 08h:19 CET

Une brèche dans le dogme ? L'Algérie envisage un prêt auprès de la Chine pour financer des grands projets

AFP

L’Algérie envisage de contracter un prêt auprès de la Chine pour financer certains grands projets a indiqué samedi le ministre du Commerce, M. Bekhti Belaïb.

Le ministre qui a rencontré le président du Conseil chinois pour la promotion de la coopération sud-sud, M. Lu Xin Hua, a indiqué que les discussions sont actuellement en cours avec la partie chinoise".

M.Bekhti Belaïb n'a pas donné d’indication sur le montant du prêt envisagé a tenu à préciser qu’il s’agissait d’une "exception" que compte faire l'Algérie du fait des faibles taux d'intérêt "appliqués par la Chine et de la qualité des relations entre les deux pays."

Malgré ces précautions de langage du ministre, ce recours à un prêt extérieur constitue une brèche - qui pourrait s'élargir si les recettes hydrocarbures restent basses - dans le dogme du non-recours à l'endettement extérieur.

Le souvenir du contre-choc pétrolier

En 2005, dans un contexte de forte amélioration des recettes hydrocarbures - le baril est passé de 15,30 dollars en 2000 à plus de 70 dollars en 2006 - e président Abdelaziz Bouteflika a décidé que l'Algérie n'aura plus recours à l'endettement extérieur. Une politique active de remboursement anticipée a été menée.

Ce choix politique du non-recours à l'endettement extérieur avait critiqué par des experts algériens qui estiment que l'Algérie perdait non-seulement des opportunités de financements intéressant mais aussi une expertise de la part des institutions financières internationales.

Le président Bouteflika avait justifié ce choix - devenu un quasi-dogme - au nom du souvenir du contre-choc pétrolier du milieu des années 80 où, avait-il indiqué dans une déclaration le 24 février 2006, à l'occasion de la commémoration de la nationalisation des hydrocarbures, " l’économie a subi de plein fouet l'effondrement du marché pétrolier dès 1986."

Le poids de la dette extérieure, avait-il souligne, "a non seulement compromis la croissance -celle-ci a été négative sur presque toute la période 1986-1994- mais il a aussi considérablement limité la liberté de choix de l'Algérie, ce qui a conduit, à partir de 1994, au rééchelonnement de la dette extérieure...".

D'où la défense de l'option du non-recours à l'endettement extérieur couplé à la mise en œuvre d'une politique de "désendettement". Une politique fortement tributaire des recettes hydrocarbures qui, aujourd'hui, connaissent un recul drastique.

Une application "dogmatique" et "aveugle"

Des experts avaient déjà par le passé critiqué une application "dogmatique" et "aveugle" de la politique de "non-endettement extérieur" qui a coupé l’Algérie des institutions financières mondiales et notamment de la Banque Mondiale.

"Mise en œuvre sans nuances, elle a provoqué une série de dégâts collatéraux au premier rang desquels figure le tarissement presque complet de la coopération avec les institutions financières internationales. La Banque mondiale n’est pas la seule concernée. Des institutions comme la Banque Africaine de Développement (BAD) ont également vu leurs activités se tarir peu à peu et leurs représentations en Algérie réduites à leur plus simple expression" notait Yazid Taleb dans Maghreb Emergent.

La baisse drastique des recettes hydrocarbures a remis en débat le "dogme" du rejet de l'endettement extérieur. A l'image de Adel Si Bouekaz, PDG de Nomad Capital qui a relevé que des structures multilatérales du type FMI ou BAD (Banque africaine de développement) ne "demandent qu’à pouvoir s’exposer un peu plus à elle, et nous pourrions bénéficier d’une manne financière importante.".

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Pour lui, le souvenir des années 90 ne doit pas faire oublier qu'il y a de nombreux fonds d’investissements spécialisés dans les infrastructures qui "se contenteraient aisément et très allègrement de rentabilité annuelle de 3 à 4% par an, ce qui laisserait aux autorités la possibilité d’allouer les autres ressources vers des investissements qui seraient beaucoup plus rémunérateurs".

Le ministre des finances, M.Abderrhmane Benkhalfa qui tente de faire rentrer les "fonds gris" dans le circuit formel a indiqué début septembre que "l'Algérie n'a pas besoin de l'endettement extérieur, elle a besoin de l'argent des Algériens, de ses ressources internes qu'elle veut intégrer dans le circuit bancaire..."

Ce sont des ressources qui "nous mettent à l'abri d'autres décisions non souhaitées", avait-il ajouté dans une allusion claire à l'endettement extérieur qui a marqué les mémoires avec la crise du milieu des années 80 qui a débouché en 1994 à la mise en œuvre d'un plan d'ajustement structurel sous la supervision du FMI.

Deux économistes algériens Nour Meddahi et Raouf Boucekkine ont estimé pour leur part que "l’endettement externe ne doit pas être envisagé pendant plusieurs années car il se ferait à un taux élevé alors que nous prêtons nos réserves de change à de faibles taux."

LIRE AUSSI:Raouf Boucekkine et Nour Meddahi: Sur le cours terme, l'Algérie n'a aucun intérêt à recourir à l'endettement extérieur

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