ALGÉRIE
18/10/2015 06h:20 CET | Actualisé 18/10/2015 16h:09 CET

Raouf Boucekkine et Nour Meddahi: Sur le court terme, l'Algérie n'a aucun intérêt à recourir à l'endettement extérieur

Archives

Dans une longue contribution publiée dans le journal électronique spécialisée, Maghreb Emergent, proposant un plan de sortie de crise pour l’économie algérienne, les professeurs Raouf Boucekkine et Nour Meddahi estiment que l'endettement extérieur doit être envisagé comme un instrument parmi d’autres. Mais ils estiment que dans la situation actuelle "le pays n’a aucun intérêt à le faire". Nous publions l'extrait consacré à cet aspect.

Lire le texte intégral ici.

Pour combler le déficit budgétaire de l’année en cours, le gouvernement a fait appel au FRR qui s’amenuise à une vitesse vertigineuse et devrait s’épuiser en mai 2017 si le rythme du déficit était maintenu. Une autre façon de financer le déficit est d’emprunter de l’argent à l’international ou localement.

Endettement extérieur versus endettement local

Le pays est clairement encore traumatisé par la dette extérieure des années quatre-vingts. Nous pensons qu’il est nécessaire de dépasser ces traumatismes et d’envisager l’endettement extérieur comme un instrument parmi d’autres. Mais comme dans tous les domaines, il convient de ne le faire qu’à bon escient.

La situation actuelle fait que le pays n’a aucun intérêt à le faire. En effet, l’Algérie prête une très grande partie de ses réserves de change à des taux très bas (au maximum 2%) aux grandes économies du monde (Etats-Unis, Europe, Grande Bretagne et Japon) alors qu’un emprunt international nous couterait beaucoup plus cher, au minimum 5%.

En effet, le premier indicateur que les préteurs examineront est le déficit budgétaire qui est en très mauvaise posture depuis plusieurs années et dans un état critique cette année.

Rappelons d’ailleurs que la Tunisie a fait en début d’année un emprunt sur 10 ans à un taux de 5,75%. Ce taux est souvent élevé pour des petites économies en mauvaise posture car les marchés financiers estiment que le risque de défaut (non remboursement du prêt) est élevé et réclament une grande rémunération en compensation du risque encouru.

A éviter dans le court terme

L’endettement externe ne doit donc pas être envisagé dans le court terme car il se ferait à un taux élevé alors que nous prêtons nos réserves de change à de faibles taux. Il est plus logique que le gouvernement emprunte au niveau national en émettant des bons du Trésor, surtout que l’épargne privée est élevée.

En effet, même si le taux d’intérêt sera plus élevé que sur le plan international, les prêts seront libellés en dinar et non pas en monnaie étrangère, ce qui veut dire qu’il n’y aura pas de risque de change.

Le risque de change comporte le risque d’inflation et le risque de développement de l’économie. Nous pensons que l’Etat devrait rendre plus attractif les bons du Trésor en laissant les gains d’inflation aux préteurs.

Autrement dit, nous appelons à l’émission de bons du Trésor dont le taux équivaut à l’inflation plus une petite rémunération.8 Ces bons sont dits TIPS (Treasury Inflation Protected Securities) et se sont beaucoup développés depuis une dizaine d’années aux Etat-Unis et au Royaume Uni. Pour financer l’endettement interne, nous recommandons donc de créer des bons du Trésor protégés de l’inflation dit TIPS.

LIRE AUSSI:Une brèche dans le dogme ? L'Algérie envisage un prêt auprès de la Chine pour financer des grands projets

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.