ALGÉRIE
17/10/2015 09h:34 CET | Actualisé 20/10/2015 12h:32 CET

Constantine 2015: aux origines du Maalouf, les Aswat du Hidjaz et la Nouba andalouse

HuffPost Algérie

Retracer la genèse du Maalouf constantinois, du Hidjaz de la péninsule arabique à la nouba de l’Andalousie musulmane, telle est la visée de l’exposition originale et interactive, intitulée des "Aswat - premières mélodies arabes - à la Nouba", qui se déroule durant cet octobre à la maison de la Culture Malek Haddad de Constantine, capitale de la culture arabe 2015.

Une manière fort originale d’illustrer le cheminement de la musique arabe et son embranchement, ayant abouti au fil des siècles et des civilisations à la création et la formation du Maalouf de Constantine, au Maghreb.

Organisée par le département du patrimoine immatériel et des arts vivants de cette manifestation culturelle, cette exposition, accompagnée de plusieurs conférences, tables rondes et concerts sur le Maalouf, relate comment la musique arabe a abouti du Hidjaz à la Nouba andalouse, engendrant par la suite les styles musicaux maghrébins et l’envol de la chanson constantinoise au début du 19e et 20e siècles.

Halte nostalgique

Mais avant de se lancer dans cette exploration temporelle, les visiteurs pourront, non sans nostalgie, renouer avec les "Icônes" de la musique arabe, ces artistes nés au début du 20e siècle qui ont peut-être bercé leur jeunesse.

Oum Kalthoum, Tahar Fergani, Wadih Al-Safi, Warda El Djazaïra ou Faïrouz s'offrent à l'entrée de cette exposition aux visiteurs, amenés à rendre hommage à ces artistes arabes.

A l'aide d'un appareil sonore, les visiteurs apprécieront quelques fameux morceaux et sauront plus à propos des parcours typiques et glorieux de ces musiciens.

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La poésie comme essence

Les "Icônes" remerciées, place maintenant à l'exploration.

Le Hidjaz, types de chants de vers littéraires improvisés, et son évolution des siècles "jahilis" (pré-islamiques) aux conquêtes musulmanes, permirent la pratique de la poésie arabe, qui devient un art majeur et connut son âge d'or grâce à ce type de chants.

Bilatéralement, la poésie arabe a offert à la musique un cadre favorable à son épanouissement, permettant ainsi l'éparpillement de nombreux types de chants, variantes du Hidjaz, tel le houda, chant des chameliers nomades rythmé au balancement du dromadaire, le sanad ou nasb,

Plusieurs autres genres musicaux sont apparus au fil des siècles, toujours favorisés par la poésie. Ces chants étaient pratiqués dans des soirées festives, se caractérisant par des mélodies formées de vers improvisées. Le Sanad, Nasb ou Ahzadj sont apparus par la suite.

Au 3e siècle jahili, le Hidjaz a connu un semblant de métamorphose grâce aux dynasties yéménites pré-islamiques, dont les deux tribus rivales des Lakhmides et Ghassanides, qui se passionnaient pour la musique.

Cette période est surtout marquée par la formation des qaynat, esclaves-musiciennes. Ces dernières ont joué un rôle déterminant dans l'épanouissement de la musique arabes, grâce à leur maîtrise des instruments et l'art vocal.

La naissance de la "Grande tradition"

Au début des conquêtes islamiques en 633, l'épanouissement de la musique arabe connut cependant un coup de frein, la priorité étant désormais accordée à la propagande de l'islam.

Les musiciens établis dans la péninsule arabe étaient pour la plupart des grecs, perses ou des byzantins.

La renaissance de la musique, influencée désormais par de nouveaux styles non arabes, a eu lieu sous le règne du troisième calife de l'Islam Othman ibn Affan de 644 à 656.

De nouvelles notions musicales et poétiques émergent durant cette période. Les musiciens des régions conquises s'aventurent peu à peu dans des thématiques urbaines. Un raffinement des modes et du Hidjaz est parallèlement initié, sous le terme de la "Grande tradition musicale".

Les Aswat signifient désormais les mélodies et les Naghamat se réfèrent à partir de cette ère aux échelles modales musicales. Quant à la notion du Tarab, elle signifie l'émotion suscitée par la mélodie.

Une innovation toutefois confrontée à une poésie toujours bédouine, qui impose ses modèles, sa métrique arabe, ses règles de rimes et ses structures particulières de textes. Cet affrontement entre les conservateurs et les innovateurs a donné naissance aux "chants soignés" (الغناء المتقن), équilibrant entre les divergences des deux notions .

Plus qu'un art, une science

L'exposition des "Aswat à la Nouba" franchit un autre cap, arrivée à l'âge du classicisme.

Sous le règne des omeyyades (661 à 750) la musique arabe continue son épanouissement pour toucher une aristocratie de plus en plus imprégnée.

Le calife Yazid 1e introduit même des musiciens et chanteurs à la cour, donnant naissance au concept du "Sitara", l'usage d'un rideau séparant les artistes des souverains.

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Durant la période omeyyades, Damas devient ainsi une "pépinère des talents", notamment avec la création des écoles de musiques où étaient formées les qainats, les talentueuses esclaves-musiciennes.

Sous le règne de la dynastie des abbassides (750 à 1258), dont la capitale était Bagdad, l'art devient même une science, notamment avec la naissance des Al-Mawssili père et fils.

Ibrahim Al-Mawssili (742-804), considéré comme le créateur du premier conservatoire du monde arabo-musulman, dispensait un enseignement complet de chant, diction, poésie et jeu de luth.

Son fils, Ishal Al-Mawssili (767-850) a par la suite fondé une autre école, dont le luth était un instrument de base. Il a aussi établi une nomenclature serrée des genres déterminée par la tablature du luth, pour fixer un système de maqâms, modes musicaux arabes.

Une réplique ... pâle

Après la conquête de Cordoue en 711, la musique développée en Andalousie n'était "qu'une pâle réplique de celle pratiquée dans la péninsule arabe, toujours attachée au Hidjaz et aux qainats.

Le calife des Omeyyades d'Andalousie Abderrahmane II (822-852) a perpétué la préférence affirmée pour la musique de l'école orientale en y accueillant d'autres musiciens de Bagdad, dont Ziryab, qui fonde à Cordoue une école de musique claquée sur les préceptes orientaux, introduisant naturellement les premières notions de la nouba.

Après la Reconquista et l'effondrement de Cordoue en 1236, les musiciens et chanteurs de la nouba affluent au Maghreb. Des influences ibériques et berbères se manifestaient désormais dans leur musique.

Le Maghreb a effectivement été une source de transmission de la musique, notamment à Qayrawan, capitale de la dynastie des Aghlabides, qui réservait tout un quartier aux arts et où se jouait une musique déjà aussi élaborée que celle pratiquée à Bagdad.

La "San'a" algéroise et le maalouf constantinois

La nouba d'Andalousie marque aussi Alger et ses écoles. Au 18e siècle, les Maalems de la casbah (القصبجية المعاليم), se produisaient dans les cafés, pratiquant la "San'a" (الصنعة), leur science musicale.

Parmi les maalems, Cheikh Hadj Ben Braham, chef d'orchestre du dernier Dey d'Alger, Cheikh Abderrahmane Mnemèche ou Mohamed Benali Sfindja.

Le maalouf, "aboutissement d'influences de civilisations qui ont marqué 3000 ans d'histoire du Maghreb, phénicienne, gréco-romaine, perse, byzantine, berbère et arabo-andalouse", fleurissait déjà à Constantine, où sont parvenus les inspirantes mouwwashahat et z'djal, poèmes andalous.

L'origine exacte de cet art est toutefois difficile à dater.

Les voix de Cheikh Sid-Ahmed Bestandji (1975-1946), de Tahar Benkartoussa (1881-1946), Cheikh Ali Khodja (1896-1971) avaient par la suite élevé le Maalouf au firmament de l'art musical.

Sous la domination coloniale, le Maalouf, qui a failli s'éteindre, se pratiquait dans les bouyout (maisons) et f'nadeq (hôtels) des quartiers populaires.

Le Maalouf de Constantine poursuivait alors son raffinement et son évolution, grâce à Kadour Darsouni, Abdelmoumen Tobbal, Mohamed Tahar Fergani et autres Maîtres.

Parallèlement au cheminement de la musique arabe jusqu'au Maghreb, l'exposition des "Aswat à la Nouba" revisite également l'évolution de l'instrument de l'Oud, de l'Arabie aux écoles nord-africaines marocaine, tunisienne, de Tlemcen, Alger et Constantine.

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