MAROC
16/10/2015 13h:10 CET | Actualisé 16/10/2015 13h:18 CET

Mariage des mineurs: 102.000 cas enregistrés en dix ans selon le HCP

Mariage des mineurs: Le bilan dix ans après l'adoption de la Moudawana
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Mariage des mineurs: Le bilan dix ans après l'adoption de la Moudawana

CHIFFRES - Un peu plus de dix ans après l’adoption du nouveau code de la famille en 2004, le nombre de mariages des moins de 18 ans ne semble pas avoir diminué. Plus de 102.000 unions de filles mineures ont en effet été célébrés au Maroc, entre 2004 et 2014, selon le dernier recensement réalisé par le Haut commissariat au plan (HCP). D'après les chiffres du ministère de la Justice et des libertés, ce phénomène a même connu une recrudescence ces dernières années. Le Maroc enregistrait 18.000 cas de mariages de mineurs en 2004, contre 35.000 en 2013. Cela concerne aussi bien le milieu urbain où sont contractés 43% des mariages de mineurs que le milieu rural.

Contactée par le HuffPost Maroc, Samira Bikarden, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) explique ces chiffres par la "mauvaise utilisation par les juges des articles 20 et 21 du code de la famille". Quoique interdits par la loi, les mariages de mineurs sont, en effet, soumis à des dérogations. Le juge de la famille chargé du mariage peut donc autoriser l’union du garçon et de la fille "avant l’âge de la capacité matrimoniale prévu par décision motivée précisant l’intérêt et les motifs justifiant ce mariage", stipule l’article 20 de la Moudawana. Le mariage du mineur n’est subordonné qu’à "l’approbation de son représentant légal", précise l’article 21.

"Ces dérogations qui sont censées être utilisées de manière exceptionnelle deviennent la règle", dénonce Samira Bikarden. "C’est ce qui explique l’explosion du nombre des mariages de mineurs pendant cette dernière décennie", poursuit-elle. L’article 16 du code de la famille qui porte sur la reconnaissance de mariages non-authentifiés est également utilisé comme un "moyen de contournement pour autoriser les mariages de mineurs", explique la militante associative. Elle demande donc que les articles facilitant le mariage des mineurs "soient révoqués".

La question fait également débat au sein du gouvernement. En 2014, le Parti justice et développement (PJD) au pouvoir, avait demandé à fixer l’âge légal du mariage à 16 ans afin d’"adapter la loi à la réalité culturelle et de mettre un terme aux mariages illégaux". Refus catégorique du Parti du progrès et du socialisme (PPS), également au gouvernement, qui estime que "la diminution de l’âge légal du mariage portera atteinte aux acquis du Maroc dans le domaine des droits de l’homme".