MAROC
16/10/2015 13h:35 CET

Don d'organes: "L'offre n'est pas du tout à la hauteur des besoins"

Don d'organes: "L'offre n'est pas du tout à la hauteur des besoins"
Gotama2.0/Flickr
Don d'organes: "L'offre n'est pas du tout à la hauteur des besoins"

SANTÉ - 17.000. C'est le nombre estimé de patients sous dialyse au Maroc, qui attendent potentiellement la transplantation d'un rein, selon l'association REINS qui lutte contre les maladies rénales. Un chiffre bien supérieur au nombre de patients greffés, qui s'élève à 400... depuis 1986.

En 2014, 46 personnes ont été greffées d'un rein au Maroc (10 venaient d'un donneur décédé, et 36 d'un donneur vivant), et cinq d'un foie. À titre de comparaison, en France, plus de 3.200 greffes de reins ont été opérées la même année, pour plus de 20.300 personnes qui ont eu besoin d'une greffe, et 1.280 foies ont été transplantés.

"L'offre n'est pas du tout à la hauteur des besoins", estime le docteur Amal Bourquia, néphrologue et présidente de l'association REINS, qui vient de lancer une campagne nationale de sensibilisation à l'occasion de la journée mondiale du don d'organes, célébrée chaque année le 17 octobre.

"Malgré nos efforts entrepris depuis 2009 pour pousser les gens à s'inscrire comme donneurs, on recense moins de 1.000 inscriptions", déplore-t-elle, rappelant que la procédure est pourtant simple. "Il suffit de se présenter au Tribunal de première instance de sa région avec sa CIN et de signer un papier", explique la spécialiste.

Pour le don d'organes de son vivant, la procédure est un peu plus compliquée: seuls les parents, cousins, oncles et tantes, frères et soeurs ou époux (depuis au moins un an) peuvent donner un de leurs organes, après que le tribunal compétent s'est assuré qu'il n'y a aucune pression familiale et que le consentement est vraiment libre.

Manque d'informations

Pourtant, la démarche peine à convaincre auprès de la population marocaine. Pourquoi? "Il y a d'abord un manque terrible d'informations à ce sujet", souligne le docteur, qui ajoute que cela peut "générer des craintes". "Beaucoup ne connaissent pas bien la loi ou la position de l'islam en la matière, et croient que c'est interdit par la religion", indique-t-elle.

En avril dernier, le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, avait ainsi annoncé que devant "le peu d'engouement pour le don d'organes", qui vient d'une "interprétation erronée" de la religion musulmane, quelque 50.000 imams seraient formés et sensibilisés pour "inciter les gens à sauver des vies".

Mais ce n'est pas la seule raison. Pour Amal Bourquia, la procédure d'inscription en tant que donneur n'est pas forcément évidente: "se déplacer au tribunal n'est pas aisé pour tout le monde", explique-t-elle. "Il y a aussi un manque de confiance dans les structures médicales qui manquent souvent de moyens, et certains ont peur que l'organe soit l'objet de trafics", ajoute-t-elle.

"Le don d’organes est un acte de générosité que l’islam encourage et que la loi encadre de façon bien précise", indique la présidente associative. "Il est important de montrer au potentiel donneur les résultats positifs qu'un don peut avoir après sa mort", ajoute-t-elle, "puisqu'il peut sauver des vies!".

Que dit la loi?

Toute personne majeure jouissant de ses pleines capacités peut, de son vivant, et selon les formes et conditions prévues, faire connaître sa volonté d'autoriser ou d'interdire des prélèvements d'organes, ou de certains d'entre eux seulement, sur sa personne, après son décès. La loi exige néanmoins la gratuité de l'acte, l'anonymat et le consentement. Pour ce faire, ce dernier doit, de son vivant, s'inscrire sur le registre des acceptations auprès du président du tribunal de première instance de sa région. Une carte de donneur lui est remise afin de faciliter la tâche à sa famille et aux médecins.

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