MAROC
16/10/2015 07h:18 CET | Actualisé 16/10/2015 07h:21 CET

Attentats de Casablanca: Cinq "terroristes" déchus de la nationalité française dénoncent une "chasse aux sorcières"

Attentats de Casablanca: Les cinq Français déchus de leur nationalité veulent faire appel
Attentats de Casablanca: Les cinq Français déchus de leur nationalité veulent faire appel

ATTENTATS - Ils se disent "rangés" et "réinsérés" mais la France voit en eux des "terroristes": cinq hommes, ayant purgé six à huit ans de prison pour leurs liens avec les auteurs des attentats de Casablanca (Maroc) en 2003, dénoncent "une chasse aux sorcières" après leur déchéance de nationalité.

Fouad Charouali, Rachid Aït El Hadj, Bachir Ghoumid, Redouane Aberbri et Attila Turk. Français de naissance ou naturalisés à trois ans, ces amis d'enfance originaires de quartiers populaires dans la banlieue ouest de Paris, s'apprêtent à contester la sanction qui les frappe devant le Conseil d'État, plus haute juridiction administrative en France.

Leurs avocats, Jean-Pierre Spitzer et William Bourdon, les ont réunis jeudi pour une conférence de presse, au cours de laquelle ils ont brossé le portrait de "pères de famille" travailleurs, "parfaitement rangés et réinsérés". Des agents de voyages, électricien, technicien de maintenance, vendeur, dont l'un a créé son entreprise.

Barbe en collier et chemise à carreaux, l'un d'entre eux dit s'exprimer pour tous: "On est des enfants de la France, bien intégrés, on nous colle l'étiquette de (terroriste) pour faire passer dans l'opinion qu'on est des pestiférés, mais on se battra".

Les déchéances de nationalité française, officielles depuis le 7 octobre, ont été demandées par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. "Une double peine", selon les avocats, et le début d'une "mort civile, sociale et professionnelle, suivie d'une destruction de la famille" en cas d'expulsion.

Derrière les décrets, les avocats dénoncent aussi "une opération politique" et "démagogique", à l'approche des élections régionales en décembre. "La diabolisation qu'on veut organiser auprès de l'opinion passe par une manipulation de l'opinion", a fustigé Me Bourdon.

Ces hommes de 38 à 41 ans, quatre Franco-Marocains et un Franco-Turc, ont été condamnés en 2007 à des peines de six à huit ans de prison pour leur "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste". Ils ont été libérés en 2008 et 2009.

Ils étaient notamment jugés pour leurs liens plus ou moins directs avec le Groupe islamique combattant marocain, responsable des attentats de Casablanca (Maroc) du 16 mai 2003: 45 personnes avaient été tuées, dont trois Français, et une centaine blessées dans plusieurs attaques.

"Ils se tiennent à carreau"

Aujourd'hui, ils estiment avoir été condamnés "injustement" et nient leur appartenance à l'organisation et leur participation aux opérations. Lors des perquisitions: "pas d'armes, pas de recettes d'explosif, pas d'argent", a asséné Me Bourdon.

Pour les avocats, leur condamnation repose sur les aveux de deux protagonistes du dossier qui les ont "dénoncés".

Pour fonder leur recours, les avocats vont notamment soulever une violation de la loi, estimant que la loi française à l'époque des faits prévoyait un délai de dix ans - expiré - pour retirer la nationalité.

"Ils ont certainement croisé de mauvaises personnes, mais cette décision arrive huit ans après", a relevé Me Spitzer.

Pourquoi eux et pourquoi maintenant? La décision du ministère ne tient "pas au hasard", assure pourtant une source proche du dossier: les services spécialisés "ont déterminé avec précision leur degré de dangerosité et leurs liens éventuels avec des dossiers judiciaires à caractère terroriste en cours".

L'un d'eux, Rachid Aït El Haj, apparaît dans l'enquête sur Sid Ahmed Ghlam, un étudiant algérien radicalisé arrêté en avril et soupçonné d'avoir voulu attaquer une église près de Paris, mais rien, à ce stade, ne le met en cause, selon une autre source proche du dossier.

"Il n'y a aucun élément qui puisse justifier que depuis leur liberté, ils auraient pu avoir des proximités coupables (...) Ils se tiennent à carreau", a indiqué Me Bourdon.

La mesure de déchéance fait partie de l'arsenal déployé par le gouvernement pour lutter contre le terrorisme. D'autres déchéances de nationalité pourraient suivre, selon une source policière.

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