MAGHREB
12/10/2015 14h:09 CET

Décès suspect de Kaïs Berhouma et accusations du juge Rahmouni... En Tunisie, les cas de torture se multiplient, selon l'OCTT

French riot police detain a British soccer fan during riots that errupted in Marseille's Old Port Sunday, June 14, 1998, on the eve of the England vs. Tunisia World Cup soccer game.  England, Tunisia, Colombia and Romania are in Group G. (AP Photo/Jerome Delay)
ASSOCIATED PRESS
French riot police detain a British soccer fan during riots that errupted in Marseille's Old Port Sunday, June 14, 1998, on the eve of the England vs. Tunisia World Cup soccer game. England, Tunisia, Colombia and Romania are in Group G. (AP Photo/Jerome Delay)

Près de cinq ans après la révolution, certaines pratiques de la police de Ben Ali semblent perdurer. Bien que désormais "républicaine" comme elle se plait à le rappeler, la police tunisienne est encore souvent accusée de recourir à la torture. Et parfois, les coups portés contre ses victimes peuvent êtres fatals.

Le mercredi 7 octobre dernier, la ville d'El Ouardia, dans la banlieue de Tunis a enterré dans une extrême tension Kais Berhouma, 36 ans victime selon sa famille de torture policière. Se rendant à son travail, il a été appréhendé pour présomption de consommation de stupéfiants.

Le 5 octobre dernier, Kais Berhouma a été appréhendé par la brigade des stupéfiants d'El Ouardia "lui brisant le cou et lui déboitant l'épaule" selon les propos de la mère de la victime à Nawaat.

"15 policiers l'ont roué de coups. Le premier qui l'a attrapé la jeté en arrière et lui a brisé le cou. Il y a beaucoup de témoins qui ont affirmé l'avoir vu mourir sur le coup", affirme la soeur de la victime dans une vidéo publiée par Nawaat.

Après ce coup fatal, le jeune homme a encore reçu de nombreux coups de pieds, selon sa soeur.

Un des témoins de la scène a d'ailleurs affirmé à Nawaat qu'après avoir été balancé à terre par le premier policier, Kaïs est mort sur le coup. "Par la suite, ils se sont ameutés autour de lui le rouant de coups, des gifles, des coups de pieds...à ce moment là, il était déjà mort".

La Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme a publié un communiqué le 6 octobre dernier condamnant ces agissements et affirmant que selon le frère de la victime, Kais Berhouma aurait été arrêté et torturé dans les locaux de la Brigade des stupéfiants de la Garde Nationale d'El Ouardia avant d'être transporté dans la soirée à l'hôpital Charles Nicolle où son décès a été constaté à 23h30. La Ligue dénonce dans son communiqué ces pratiques et a appelé le ministre de l'Intérieur a ouvrir une enquête à ce sujet.

Contacté par le "HuffPost Tunisie", le porte-parole du ministère de l'Intérieur Walid Louguini a été expéditif: "Qui vous a dit qu'il était mort sous la torture ? Vous avez des preuves irréfutables à ce sujet ?! Une enquête est en cours. C'est à la Justice de vous donner plus d'informations!".

La mort de Kais Berhouma rappelle les lourdes suspicions sur l'exercice banalisé de la violence par les forces de sécurité contre de nombreux prévenus.

A ce sujet, le juge Ahmed Rahmouni a fait état de ces pratiques afin d'arracher des aveux à des personnes arrêtés dans le cadre d'affaires terroristes dans une émission diffusée la semaine dernière sur El Hiwar Ettounsi.

Durant cette émission, il a affirmé que "les tortures opérées par certains agents du ministère de l'Intérieur sont devenues leur pain quotidien". Revenant sur le cas des présumés terroristes arrêtés à la suite des attentats du Bardo, Ahmed Rahmouni a affirmé que "la brigade anti-terroriste d'El Gorjani a porté atteinte à l'intégrité physique des accusés" et qu'il y a eu "des modifications de la vérité à travers la falsification des propos des détenus".

Un rapport du juge d'instruction de la chambre anti-terroriste du Tribunal de Première Instance de Tunis fait état des tortures subies par les accusés mais aussi de la falsification des PV de la part de la Brigade anti-terroriste d'El Gorjani, rapporte Ahmed Rahmouni.

Contacté par le "HuffPost Tunisie", le juge Ahmed Rahmouni a affirmé qu' "il y avait eu des réunions avec le ministre de l'Intérieur, de la justice et même avec l'inspection générale du ministère de l'Intérieur pour les informer de ces pratiques". Par ailleurs, M. Rahmouni a rappelé que "ceux qui ont commis des actes de tortures ont été promus au sein du ministère de l'Intérieur" ne tenant pas compte des décisions et avis de la justice ce qui porterait un coup aux juges et à leur dignité.

Il a en outre rappelé que de nombreuses pressions étaient exercées sur les juges et principalement celui de la chambre anti-terroriste (plus connu sous le nom de la chambre 13), non seulement à travers des déclarations de nombreuses associations ou syndicats des forces de l'ordre mais aussi par la connivence des médias envers ce genre de pratiques.

Walid Lougini, porte-parole du ministère de l'Intérieur à quant lui, refusé encore une fois tout commentaire à ce sujet rappelant au "HuffPost Tunisie" qu' "une enquête était ici aussi en cours".

Sofiène Selliti, porte-parole du Pôle judiciaire anti-terroriste était injoignable, était injoignable.

Selon l'Organisation Contre la Torture en Tunisie, 23 cas de tortures ont été enregistrés pour le mois de septembre 2015, soit le chiffre le plus élevé depuis la révolution.

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