MAGHREB
08/10/2015 08h:53 CET | Actualisé 08/10/2015 09h:03 CET

Tunisie: Rached Ghannouchi se prononce contre la dépénalisation de l'homosexualité et félicite Béji Caïd Essebsi (AUDIO)

Rached Ghannouchi sur le plateau de France 24
France 24
Rached Ghannouchi sur le plateau de France 24

Rached Ghannouchi s'est prononcé jeudi contre la dépénalisation de l'homosexualité, en se disant opposé à l'abrogation de l'article 230 du Code pénal.

Dans une interview accordée à France 24, le leader du parti islamiste Ennahdha a félicité le Président tunisien Béji Caïd Essebsi pour sa position sur le sujet, exprimée sur une chaîne de télévision égyptienne.

Béji Caïd Essebsi avait alors clairement désavoué le ministre de la Justice Mohamed Salah Ben Aissa en se disant catégoriquement contre l'abrogation de l'article 230 et en affirmant que cela ne se produira pas. "Les propos du ministre de la Justice n'engagent que sa personne", avait-il dit.

Dans un livre d'entretiens avec un journaliste français, à la question: "Donc l’homosexualité ne peut pas être un délit ou un crime puni par la loi?", Rached Ghannouchi avait répondu:

"Si quelqu’un a cette pratique dans sa vie privée, nous ne le criminalisons pas. Car la loi ne poursuit pas les gens dans leur vie privée. Ce qui se passe dans votre maison ne regarde personne, c’est votre choix et personne n’a le droit d’y entrer et de vous interdire ceci ou cela. Si vous ne vous conformez pas aux enseignements de l’islam, c’est Dieu qui vous punira, pas votre voisin".

"La loi interdit toute relation hors mariage"

"Pensez-vous que je défende l'homosexualité?", s'est défendu cette fois le leader islamiste sur France 24. "Je suis contre l'abrogation de la loi, je suis avec le respect des libertés individuelles, ce qu'ils font derrière leur porte... L'Islam dit qu'il ne faut pas espionner".

Mais Rached Ghannouchi n'a pas uniquement défendu le maintien de l'article criminalisant les pratiques homosexuelles, un article qui autorise par ailleurs les forces de l'ordre et la justice tunisiennes à s'introduire dans la vie privée des individus. Il a également assuré que la loi tunisienne "encourage le mariage et interdit toute relation hors mariage".

Le ministre de la Justice tunisien Mohamed Salah Ben Aïssa avait appelé le 28 septembre à l'abrogation de l'article 230 du code pénal qui criminalise les pratiques homosexuelles.

"Pour moi le problème c'est l'article 230. (...) Après l'adoption de la nouvelle Constitution, il n'est plus admis de violer les libertés individuelles, la vie privée et les choix personnels même sexuels...", avait-il déclaré.

Ces déclarations font suite à une affaire largement relayée par les médias et les réseaux sociaux concernant un jeune homme condamné à un an de prison ferme pour "pratiques homosexuelles", après avoir subi un examen anal.

De nombreuses organisations de la société civile et quelques partis ou personnalités politiques ont dénoncé et condamné de telles pratiques. Pour la première fois, l'Association tunisienne des femmes démocrates et la Ligue tunisienne des droits de l'Homme se sont publiquement et officiellement prononcées en faveur de l'abrogation de l'article 230 du Code pénal. L'ATFD a également appelé à mettre un terme à toutes les formes de discriminations basées sur l'orientation sexuelle.

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