MAROC
08/10/2015 13h:22 CET

Nuits Sonores de Tanger: Un festival électro, mais pas seulement (INTERVIEW)

Nuits Sonores de Tanger: Un festival électro, mais pas seulement (INTERVIEW)
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Nuits Sonores de Tanger: Un festival électro, mais pas seulement (INTERVIEW)

ÉVÉNEMENT – C’est dans l’enceinte du somptueux palais Moulay Hafid que le festival des Nuits Sonores de Tanger est organisé du 8 au 11 octobre, pour la troisième année consécutive. Au menu: des concerts et DJ sets d’artistes marocains et d’ailleurs, mais aussi une programmation culturelle riche dans toute la ville, des conférences et des projections. Entretien avec Vincent Carry, directeur du festival.

HuffPost Maroc: Vous avez fait le pari, en 2013, d’exporter le festival des Nuits Sonores de Lyon à Tanger. Peut-on dire que le pari est réussi aujourd’hui?

Vincent Carry: Plutôt que d’exportation, je préfère parler de création d’un événement. Le festival des Nuits Sonores de Lyon a toujours beaucoup voyagé (Chine, Japon, Berlin, Zurich, Barcelone, et bientôt la Corée du Sud), c’est un challenge permanent. Mais il n’avait pas vocation à se pérenniser sur ces territoires. C’étaient des "one shot". A Tanger, c’est différent: nous avons eu un coup de foudre pour la ville. Nous sommes alors partis d’une feuille blanche pour créer un festival ici, sans qu’il n’y ait d’enjeu politique ou économique derrière, mais simplement par plaisir. Nous avons amené un certain savoir-faire dans nos valises, mais nous avons surtout énormément appris. Pour l’instant, on peut dire que c’est réussi, même si l’on pourra juger du succès des Nuits Sonores dans quelques années, quand le festival sera bien installé. J’ai hâte que l’on fête nos dix ans!

Les Nuits Sonores, c’est de la musique, mais pas que. Si vous deviez lister les principaux ingrédients du festival, quels seraient-ils?

Le premier ingrédient, c’est une exigence artistique extrême, aussi bien au niveau de la musique que de l’image, des conférences, de qu’on fait au sein de l’European Lab, du programme pour les enfants (Tanger Kids) et de tous les programmes collaboratifs comme "Extra !". C’est un festival transdisciplinaire, qui essaie d’être un espace de décryptage de notre époque, à travers le prisme de la création et de la culture. Le choix des lieux est aussi une obsession depuis le début: on aime marier des projets artistiques à des lieux qui nous semblent les plus opportuns pour que ces projets prennent une dimension extraordinaire. Enfin, le troisième ingrédient, c’est la gratuité, et d’une façon générale, l’ouverture.

Le festival est en effet entièrement gratuit. Concrètement, comment vous financez-vous?

Nous n’avons pas de billetterie, pas de recette-bar, donc pour l’instant nous n'avons pratiquement que des financements internationaux. Le premier mécène du festival, c’est nous-mêmes (l’association Arty Farty Tanger, ndlr), à hauteur de 30%. Ensuite, il y a des partenaires institutionnels (la région Rhône-Alpes en France, l’Agence du développement du nord au Maroc) et des partenaires consulaires (Consulat de France, l’Institut français, le consulat italien, le Goethe Institut de Rabat et l’American cultural center à Tanger), et enfin des marques et entreprises privées dont Renault, Bel et Coca-Cola, mais ce sont des petits partenaires. Le modèle économique est encore difficile à trouver, car nous couvrons une bonne partie du financement. Le but n’est pas de gagner de l’argent mais d’équilibrer le projet, j’espère que l’on y arrivera l’année prochaine, inchallah!

Niveau programmation, cette année, on trouve des artistes marocains, mais aussi français, canadiens, italiens, américains… Comment les choisissez-vous?

Le principe des Nuits Sonores, c’est d’être un festival très populaire. En France, il y a eu 130.000 personnes lors de la dernière édition. Mais le but de l’opération n’est pas d’empiler les têtes d’affiches. C’est aussi d’être un reflet de ce qu’est Tanger et son histoire, son côté international, cosmopolite. C’est une source d’inspiration. Nous invitons donc des artistes du monde entier pour leur faire rencontrer les artistes du pourtour méditerranéen, en particulier tangérois et marocains. Au delà de la musique électronique, il y a aussi des musiques traditionnelles réadaptées aux enjeux de l’époque. Le concert de ParaOne et Mehdi Nassouli qui aura lieu vendredi soir en est un exemple.

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui?

Le fait que le projet soit de plus en plus porté par des équipes, acteurs et associations marocaines et tangéroises. Le projet était franco-marocain au départ, il est maroco-français maintenant, et c’est très bien comme ça. Il y a aussi une vraie communauté autour des Nuits Sonores, qui mélange à la fois la jeunesse marocaine, les porteurs du projet, les acteurs culturels, des citoyens et des gens du monde entier, des partenaires qui deviennent des amis. Notre volonté, c’est de pérenniser cette expérience.

Le Forum European Lab est également très important, notamment pour l’échange d’idées et le débat sur le futur de la culture. Il faut enfin savoir qu’il y a, cette année, les représentants de 8 festivals européens qui se réunissent en séminaire. On veut que les Nuits Sonores soient l’occasion, pour les réseaux européens, de découvrir Tanger et de venir travailler dans cette ville. On souhaite en effet mettre en avant le caractère très symbolique et stratégique du positionnement de Tanger sur la carte du monde, à la fois porte d’entrée de l’Europe, porte d’entrée de l’Afrique et point de passage vers la Méditerranée.

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