ALGÉRIE
07/10/2015 02h:44 CET | Actualisé 07/10/2015 18h:31 CET

Hachemi Siagh : La finance islamique est un meilleur recours pour collecter les "fonds gris" en Algérie (VIDÉO)

Hachemi Siagh, expert financier international estime que la démarche des autorités incitant les détenteurs de capitaux "informels" à déposer leur argent dans les banques contre le paiement d’une taxe de 7% est "un mauvais signal" à l’international et qu’il aurait été préférable d’explorer les opportunités qu’offre la finance islamique.

La finance islamique constitue un "gisement" non négligeable pour l’Algérie qu’il faut aller chercher, a souligné Hachemi Siagh sur Radio M. Le recours à la finance islamique via le recours au Sukuk était une option plus intéressante que la politique mené en direction des fonds gris dans le cadre de ce qui est appelé l’opération de mise en conformité fiscale volontaire (MCFV).

"Pour que les banques restent indemnes de ce risque de réputation", Hachemi Siagh, le recours au Sukuk, qui permettent de financer des projets est "beaucoup plus sain que de voir (l’argent) aller dans les coffres des banques". Au lieu que l’argent soit simplement déposé dans les banques pour se mettre en conformité, il faut qu’il aille financer des projets sous une forme aussi corrélée à la finance islamique. Selon lui, au moins un tiers de l’informel en Algérie est susceptible d’aller vers la finance islamique.

Changer le cadre légal et fiscal

En l’absence de cadre législatif et légal qui statue sur le caractère islamique des organismes financiers, les épargnants algériens vont réagir de la même manière que les organismes du secteur public en considérant que c’est encore de la finance conventionnelle "maquillée" ?

A cette question, Hachemi Siagh souligne qu’"il y a deux choses qu’il faut faire : des amendements dans le cadre légal et des amendements dans le cadre fiscal. Car, les transactions islamiques ce sont des opérations commerciales de vente et d’achat, ce n’est pas à proprement parler du financement".

M.Siagh explique: "Si vous vous présentez à une banque islamique et demandez un prêt, elle ne va pas vous le donner, mais elle va vous proposer une opération de murabaha : c'est-à-dire qu’elle va acheter le produit que vous voulez et vous le revend concomitamment". Mais dans ce cas, la TVA s’applique pour l’achat et la vente, l’opération est doublement taxée. Il faudra reconnaitre que les opérations de banques islamiques sont assimilées à des opérations financières.

Un développement exponentiel

En à peine une quarantaine d’années d’existence, la finance islamique - lancée au milieu des années 1970 avec la création de la Banque islamique de Dubaï après une expérience non réussie en Egypte dans les années 1950 - connaît un développement exponentiel.

Aujourd’hui il existe 500 institutions financières islamiques et d’assurance takaful à travers le monde. En 2014, lors de la 10e édition du Forum mondial sur la finance alternative tenu à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis, la finance islamique pesait 1.800 milliards de dollars.

En Afrique, les actifs de cette finance alternative s’élèvent 78 milliards de dollars, soit 5% du total des actifs de cette à l’échelle mondiale. "Un grain de sable par rapport à la finance conventionnelle mais cela donne une idée sur la croissance de cette finance alternative », fait observer Hachemi Siagh, expert financier international.

Pourquoi, alors, l’Algérie est-elle restée en marge du développement de la finance islamique ? A cette question, Hachemi Siagh répond qu’il n’y a pas que notre pays qui est restée en marge, puisque même des pays du Golfe, à l’instar du Sultanat d’Oman, ont émis des réticences, certains pour des raisons politiques, tandis que d’autres y ont été réticents pour des raisons techniques.

Hachemi Siagh souligne néanmoins qu’en Algérie, l’absence de cadre réglementaire a freiné le développement de cette finance alternative. "Pour accueillir la finance islamique, il faudrait qu’il y ait un cadre réglementaire. Les banques islamiques en tant que telles ne sont pas des banques, les normes s’appliquant aux banques conventionnelles ne le sont pas en ce qui concerne les banques islamiques", tient-il à préciser. Les banques islamiques ne sont que des simples fonds, souligne-t-il.

Les Sukuk, l’instrument le plus attractif pour collecter l’épargne

Le sukuk, équivalent islamique du financement obligataire pour les entreprises, reste l’instrument le plus attractif pour collecter l’épargne, selon Hachemi Siagh qui souligne que cet instrument sans taux d’intérêt est à mi-chemin entre une action et une obligation.

En 2010, la masse de sukuk émise dans le monde ne dépassait pas 10 milliards de dollars. En 2013, elle est passée à 400 voire 500 milliards de dollars. Une étude souligne qu’en 2017, les sukuk atteindront 900 milliards de dollars.

"C’est une explosion exponentielle, parce qu’en plus d’un bon rendement le sukuk n’est pas corrélé avec le marché (hausse et baisse des taux d’intérêts)", observe Hachemi Siagh.

Pour cet expert, le meilleur moyen de financer les projets étatiques c’est le sukuk qui exige, toutefois, un ancrage juridique. En 2012, l’Arabie Saoudite a émis pour la première fois un sukuk pour financer l’agrandissement de l’aéroport de Djeddah. Lancé à 8 milliards de dollars, le sukuk a été souscrit à 23 milliards de dollars.

Le premier pays qui a mis en place ce système de réglementation de la finance islamique a été le Bahreïn. Malgré les contraintes de la loi, deux opérateurs islamiques font du bon business, il s’agit en l’occurrence des banques Al Baraka et Al Salam.

Elles utilisent le leasing (sans taux d’intérêt) et Al Musharaka en prenant des participations directes. Aujourd’hui, une banque conventionnelle ne peut pas prendre des participations pendant longtemps dans une entreprise car cela est interdit par la Banque centrale.

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