MAGHREB
06/10/2015 12h:39 CET

À la Médina de Tunis, rencontre avec 'Oncle Ali', un des derniers artisans de sefseri (VIDÉO)

'Oncle Ali', artisan de sefséri
Huffington Post
'Oncle Ali', artisan de sefséri

Entre les jeunes avachis sur les banquettes du café El Enba et lui, il n'y a qu'une seule marche, qui pourtant sépare deux générations aux modes de vie différents.

La pièce dans laquelle travaille Ali, ou plutôt 'Oncle Ali', est allumée au néon. L’atmosphère y est particulière et le lieu de travail paraît étouffant, c'est certainement dû à l'exiguïté de l'endroit. Pourtant la base en bois disposée à l'entrée, qui accueille ceux qui s’invitent chez 'Oncle Ali', attise la curiosité.

Qu’est-ce qu'il fait? On le voit monter et redescendre grâce à des planchettes en bois. Son travail a l'allure d'une danse.

'Oncle Ali' est artisan de sefseri, un métier de plus en plus rare. Voici son histoire.

“C’est un métier qui se transmet de père en fils”

Depuis combien de temps exercez-vous ce métier? "Longtemps”.

Il n’est pas élancé, plutôt mince, mais en faisant attention, on remarque que ses mains et ses jambes sont musclées. Le travail qu’il fait quotidiennement demande beaucoup d’efforts physiques.

Face à une machine manuelle aussi imposante que celle utilisée pour la confection du sefseri, la vision de cet homme à l’âge avancé pourrait surprendre.

Mais 'Oncle Ali' sait s’y prendre, cela fait des décennies qu’il exerce ce métier.

“Généralement, c’est un métier qui se transmet de père en fils. Enfin, ça c’était avant. Beaucoup de commerces ont dû fermer après la mort de l’artisan. Quand on n'a pas d’héritiers pour perpétuer le métier, c’est terminé”, explique-t-il.

Lui aussi a appris ce métier de son père: “Ça fait tellement longtemps, j’ai l’impression d’avoir passé ma vie à confectionner des sefseris".

Un héritage qui se perd

Le métier est en voie de disparition. 'Oncle Ali' explique qu’il n’y a plus beaucoup d’artisans à la Médina, “et je ne parle pas que de mon domaine”.

“Vous pouvez nous compter sur les doigts d’une seule main. Avant, nous étions une dizaine voire plus, maintenant les choses ont énormément changé”, dit-il.

Modernisation des habitudes, décalage entre l’offre et la demande, les occasions pour faire des sefseris sont devenues de plus en plus rares parce que les “Tunisoises n’en portent plus”.

“Celles qui passent des commandes sont souvent des femmes âgées venant de Nabeul, Sousse ou encore Bizerte. Ou bien des futures mariées! Ah, les futures mariées viennent très souvent pour en commander”, explique l'artisan.

Son métier sonne comme une musique

'Oncle Ali' est silencieux, d'ailleurs on a du mal à lui soutirer quelques mots, mais il est ravi quand on lui demande de nous expliquer son travail.

Pieds nus, il se place derrière la base en bois.

Il réfléchit un moment avant de se retourner et de lancer: "Un sefseri fait généralement 2 mètres et demi. Il me faut faire avec mes pieds 24 'manoeuvres' pour un seul centimètre. Et il faut faire attention, parce que la soie est une matière extrêmement sensible."

Puis, il se tait, pour montrer comment ça marche.

Son travail produit un son quasi-musical, un rythme continu, monotone, redondant, entre le stambéli et la musique africaine.

"C'est un travail fatigant, il faut l'avouer, mais je suis habitué. Entre nous, si je travaillais autre chose, ça me fatiguerait encore plus", raconte 'Oncle Ali'.

Malgré les difficultés financières, le vieil artisan termine ses phrases avec des "hamdoullah" (Dieu merci), en signe d'acceptation de sa condition. Il sait qu'il est destiné à finir sa vie dans cette pièce mal éclairée, entre la base en bois et la soie.

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