MAROC
04/10/2015 05h:25 CET | Actualisé 04/10/2015 07h:27 CET

Ces personnalités étrangères qui ont choisi le Maroc comme dernière demeure

HISTOIRE - Écrivains, intellectuels, dictateur, grand couturier... Venus des quatre coins du monde, ils ont été enterrés au Maroc. Retour sur six personnalités étrangères qui ont choisi le royaume comme dernière demeure.

Lyautey le voyageur

lyautey tombe

Le maréchal Lyautey, premier résident général du protectorat français au Maroc, n'est pas mort dans le pays dans lequel il a laissé sa trace entre 1912 et 1925. C'est dans sa maison de Thorey, en France, que l'ancien résident, qui y avait d'ailleurs reçu le sultan Moulay Youssef, décède en 1934 à l'âge de 79 ans. Son corps est alors déposé dans une église de Nancy.

Mais un an après, sa dépouille part pour Rabat, où un mausolée est construit pour le maréchal dans les jardins de la résidence générale. Sur une épitaphe, traduite en arabe, on pouvait lire: "Ici repose Hubert Lyautey (...), profondément respectueux des traditions ancestrales et de la religion gardées et pratiquées par les habitants du Maghreb auprès desquels il a voulu reposer, en cette terre qu'il a tant aimée".

Son corps sera finalement rapatrié en France et enterré aux Invalides en 1961, sur les instructions du général de Gaulle, qui craignait que sa tombe ne soit profanée après la fin du protectorat et la déclaration d'indépendance du Maroc.

Romuald Landau le passionné

romuald landau

Ecrivain britannique d'origine polonaise, Romuald Landau s'était épris du Maroc. Décédé en 1974, il est enterré au cimetière chrétien de Marrakech. Cet amoureux du royaume, qui avait décidé de finir ses jours dans la ville ocre, avait quitté sa terre natale pendant la première guerre mondiale pour rejoindre l'Angleterre.

C'est après la seconde guerre mondiale que le spécialiste de la culture arabe et islamique s'installe au Maroc. Dans les années 50-60, il rédige plusieurs ouvrages pour célébrer la beauté du royaume, une biographie de Mohammed V, une autre de Hassan II et une "histoire du Maroc au XXe siècle".

Landau n'était pas qu'écrivain, mais aussi sculpteur et professeur d'études islamiques. Après un passage aux Etats-Unis, il s'est finalement réinstallé à Marrakech où il est mort à l'âge de 75 ans.

Jean Genet le déraciné

jean genet tombe

C'est dans un vieil hôtel du treizième arrondissement de Paris que l'écrivain et poète français Jean Genet meurt en 1986, à l'âge de 75 ans, après une mauvaise chute et miné par un cancer de la gorge. Pourtant, ce n'est pas dans le pays qui l'a vu naître qu'il sera enterré.

L'auteur du roman Notre-Dame-des-Fleurs, connu pour sa vie mouvementée, son homosexualité assumée et sa plume acerbe, a été enterré loin du bitume parisien. L'écrivain, qui avait toujours cultivé une sorte d'aversion pour la culture bourgeoise occidentale, vouait une passion particulière aux pays du sud de la Méditerranée, ayant voyagé de la Syrie au Yémen, en passant par le Liban, la Jordanie, l'Algérie, la Tunisie et enfin, le Maroc.

C'est dans une tombe du cimetière espagnol de Larache dans le nord du pays, face à la mer, que son corps repose aujourd'hui. Une ville où Genet avait fait construire une maison pour son ami Mohamed el-Katrani et sa femme. "Il aimait cette ville parce qu’elle était dans une sorte d’abandon, une nostalgie de l’époque espagnole, une ville qui n’intéressait pas les touristes ni les autorités de Rabat. Une ville à part, avec un aspect désuet, presque hors du temps", confiera l'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, vingt ans après sa disparition.

Joseph Mobutu l'exilé

mobutu tombe

Mort en 1997 d'un cancer en exil au Maroc, l'ex-dictateur Joseph-Désiré Mobutu, qui présida l'ancienne République démocratique du Congo en 1965 avant de régner en chef autocratique sur la République du Zaïre qu'il créa, a été enterré à Rabat.

Dans le cimetière chrétien de la capitale, à côté des colons et soldats français morts pendant les deux guerres, repose l'ancien homme fort congolais mort à 66 ans. Son corps se trouve dans un caveau en marbre noir et blanc sur lequel figurent les initiales "MSS" pour Mobutu Sese Seko, "Mobutu le guerrier".

Depuis sa mort, la tombe est entretenue par une partie de sa famille qui vit au Maroc. Mais son corps pourrait être rapatrié au Congo. En 2007 déjà, l'Assemblée congolaise s'était en effet prononcée en faveur du retour de sa dépouille au pays. Une promesse réitérée en 2013 par l'actuel président congolais, Joseph Kabila.

Yves Saint Laurent l'amoureux

yves saint laurent memorial

Difficile d'évoquer Yves Saint Laurent sans parler de ses liens étroits avec le Maroc, et particulièrement avec Marrakech. Le grand couturier français, né à Oran en Algérie, a vécu quarante ans entre Paris et la ville ocre après l'avoir découverte en 1967. Elle sera une source inépuisée d'inspiration pour ses créations.

Le couturier, mort en 2008 dans la capitale française, a été incinéré et ses cendres ont été dispersées dans le Jardin Majorelle, dont il avait fait l'acquisition en 1980 avec la villa Oasis.

"J'ai pensé depuis longtemps que les cimetières à Paris ou ailleurs étaient tristes et désertés. Ici passent 650.000 visiteurs par an. Le nom d'Yves Saint Laurent est tellement attaché au Maroc et au jardin Majorelle que cela allait de soi que nous choisissions ce lieu pour que les gens qui passeront ici aient un pensée pour lui", avait alors expliqué son compagnon Pierre Bergé.

Un mémorial, composé d'une colonne romaine, repose désormais dans le jardin en hommage à celui qui marqua l'histoire de la haute couture.

Mohamed Arkoun le dévoué

mohamed arkoun

Intellectuel algérien, philosophe et militant du dialogue inter-religieux, Mohamed Arkoun a marqué l'islamologie contemporaine. Auteur de nombreux ouvrages sur l'islam, la pensée arabe ou l'histoire des musulmans de France, Arkoun, qui a été professeur à la Sorbonne à Paris et a donné de nombreux cours et conférences sur tous les continents, n'a pas été inhumé dans son pays natal.

Originaire de Taourirt, en Kabylie, l'islamologue a en effet été enterré à Casablanca après sa mort survenue à Paris en 2010, à l'âge de 82 ans. Une décision qui suit ses dernières volontés et celles de sa deuxième femme, d'origine marocaine.

"Une foule nombreuse avait accompagné le défunt à sa dernière demeure, notamment son épouse, Mme Soraya El Yaakoubi, sa fille, Sylvie, ainsi que plusieurs personnalités du monde de la pensée, de la culture, de la politique, de la presse, en plus de ses amis et proches", rapportait l'agence de presse MAP. C'est d'ailleurs Mohammed VI lui-même qui a pris en charge ses funérailles.