MAROC
02/10/2015 10h:01 CET | Actualisé 02/10/2015 10h:05 CET

Les médecins en grève pour protester contre le service civil obligatoire

Aic Press

SANTÉ - La fronde se fait de plus en plus présente chez les blouses blanches. Après les étudiants et internes, c’est au tour des médecins résidents et externes de protester contre la décision du ministre de la Santé d'imposer le service civil obligatoire.

Une grève illimitée, qui concerne tous les services sauf ceux d’urgence et de réanimation, a démarré hier dans les cinq centres hospitaliers universitaires du pays (Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès et Oujda). Et les griefs des médecins à l'égard du projet du ministre de la Santé Houcine El Ouardi n’ont pas changé.

"La grève fait suite à quatre mois de mobilisation, un sit-in devant le siège du ministère de la Santé et une marche à Rabat. Nos revendications sont toujours les mêmes", indique le Dr. Oussama El Adaoui, président de l'Association des médecins internes du CHU Ibn Rochd de Casablanca, joint par le HuffPost Maroc.

Ouvrir la voie au projet de privatisation

En jeu, le service sanitaire obligatoire, une mesure que la tutelle propose d’adopter pour contraindre les médecins à travailler dans les régions lointaines et enclavées. Mais pour les blouses blanches, l’objectif du ministère est tout autre: baliser le terrain à une privatisation du secteur de la santé. "Le service obligatoire ouvre la voie au projet de privatisation déjà entamé. S’il est instauré, il n’y aura d’ici 10 ou 15 ans plus aucun médecin employé par l’État dans les CHU, qui pourront alors être facilement cédés à des capitaux privés", estime Dr. El Adaoui.

Autre revendication: respecter la dignité des médecins en revoyant à la hausse leurs salaires. "Un médecin qui a suivi un cursus de huit ans après le bac, voire 13 ans s’il est spécialisé, touche autant qu’un titulaire de master qui démarre sa carrière dans un autre secteur public, à savoir 8.000 dirhams. Les non contractuels sont payés 3.500 dirhams, alors que ce sont eux qui permettent aux CHU de fonctionner. Sans oublier qu’on fait en moyenne 6 ou 7 gardes par mois, qui ne sont ni récupérées et rémunérées".

Des conditions de travail difficiles

A cela s’ajoutent "la pénurie de professeurs dans les CHU et le refus du ministère d’Enseignement supérieur d’ouvrir de nouveaux postes pour compenser ce manque", et les "conditions de travail difficiles", selon le président de l'Association des médecins internes du CHU Ibn Rochd. "Nous manquons de matériel, sachant que le nombre de patients est trop élevé par rapport à la capacité d’accueil des CHU. Nous devons également faire face à des problèmes d’insécurité".

Trois jours avant la grève, le ministère de la Santé a pris contact avec les médecins internes et résidents, dans le but selon ces derniers de "calmer leur colère et casser le mouvement de protestation sans pour autant répondre à leurs revendications".

Une réunion qui était prévue ce vendredi entre les médecins et le ministre de l’Enseignement supérieur a, elle, été reportée à mardi. En attendant, d’autres marches sont prévues dans les prochains jours dans les cinq CHU du pays.

Pour mémoire, les étudiants en médecine et internes sont en grève depuis bientôt un mois pour protester eux aussi contre le service civil obligatoire, alors que la rentrée était prévue le 1er septembre. Plus que jamais plane la menace d'une année blanche pour les étudiants.

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