ALGÉRIE
01/10/2015 09h:50 CET | Actualisé 01/10/2015 14h:09 CET

"Eyes full of Empty" de Jérémie Guez, un roman noir s'inscrivant des deux côtés de la méditerranée

Unnamed Press

Idir passe son 24ième anniversaire en cellule, avec son codétenu Tarik. Celui-ci va l’aider à tenir en prison et deviendra l’un de ses plus proches amis une fois sorti.

Dix ans après ce séjour carcéral, Idir, orphelin de mère, n’essaie plus de s’entendre avec son père médecin, un kabyle fier qui a tant essayé de protéger son fils des galères qui piègent les jeunes des cités. Depuis la prison, Idir fait des petits boulots pour payer ses factures, mais il ne fait ni dans l’électricité, ni dans la plomberie.

Il secoue, dérouille et fout la frousse à des individus qu’il ne connait pas, pour le compte d’hommes d’affaires aisés qui ne veulent pas se salir les phalanges. Son prochain job arrive, mais cette commission est un peu différente des précédentes. Pas de poing cette fois, on lui demande de retrouver un homme disparu.

Et celui qui lui demande de jouer les détectives, Oscar, le frère de la victime, est l’homme qui l’avait fait envoyer en prison. Piqué de curiosité, Idir ne peut s’empêcher de s’engager. Il va se retrouver sur un chemin tout autre de celui vers lequel il pensait se diriger : venger un mort et faire payer une ancienne dette.

Eyes Full of Empty, la version traduite du troisième polar de Jérémie Guez Du vide plein les yeux (2013), sortira en Novembre et marquera les débuts de l’auteur dans le monde du roman noir anglophone. Depuis Paris la nuit, le premier roman de Guez, et Balancé dans les cordes, son deuxième, on retrouve dans les romans de cet auteur la même cartographie, Paris et sa banlieue, ainsi qu’une trame similaire. Les personnages principaux sont jeunes et blessés. Tous sont convaincus de l’inéluctabilité de leur destinée, tous ont la certitude que leur futur ressemblera à leur présent, violent et sombre, pris dans l’engrenage d’un environnement domestique et social incontrôlable.

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Les femmes se remarquent par leur absence, et quand leur ombre se dessine, elles apparaissent silencieuses, désespérées, ou inapprochables. L’enfermement est également une constante dans les romans de Guez, qu’il soit la prison, la banlieue, un milieu social, ou l’impossibilité d’échapper à des situations pourtant choisies et non prédestinées.

Et à travers les pages, tout en arrière-plan, l’Algérie et le Maghreb se devinent. Guez s’y réfère obliquement dans ce roman, ainsi que dans ses deux premiers.

Ce n’est pas la première fois qu’un auteur français construit son polar sur un héros DZ et ce faisant, qu’il participe à l’histoire du noir algérien. Roger Vilatimo, aka Youcef Khader, a été l’un des auteurs de polars algériens les plus prolifiques des années 70s. Ses séries noires marquent la littérature algérienne et la naissance du polar chez nous avec Mourad Saber, son héro polyglotte des Aurès, expert en arts martiaux, espion pour la SM qui, dans La Vengeance passe par Gaza, part en Palestine pour enquêter et fendre le crane à toute une équipe de saboteurs et assassins israéliens.

Récemment, on retrouve aussi chez Antonin Varenne dans Le Mur, le Kabyle et le Marin (2011) l’Algérie, la torture, et la violence crue des bagarres à coups de poings, avec en parallèle le monde de la boxe, comme dans les romans de Guez. Le roman de Varenne est cependant beaucoup plus développé et complexe que ceux de Guez. Jérémie Guez fait dans les polars après tout et le charme d’un tel genre sont bien ses caricatures, ses personnages machos et attachants, ses enquêtes en mode vengeances et règlements de comptes.

De notre côté, les auteurs algériens aussi ont fait voyager leurs héros de séries noires vers et à travers Paris, pour des enquêtes sur fond d’actions fulgurantes et d’énigmes en argot. Ombre 67 d’Ahmed Gasmia, paru en 2007, nous fait suivre Karim et sa course contre la mort pour retrouver son cousin Rachid, kidnappé par une secte armée inspirée des Assassins du 11ième siècle, et dont le quartier général se situe en banlieue parisienne. En 1991, l’auteur algérien Mohamed Benayat, avait inversé les visas dans Fredy la Rafale, un roman noir terriblement tragique mais plein d’humour aussi, qui met en scène Fredy, un jeune français 50% justicier, 50% bandit, et 100% alcoolique, engagé par une activiste FLN à Paris en 1961, pour l’aider à enquêter et à venger un meurtre.

Le roman de Guez est une nouvelle addition aux séries noires inspirée de DZ, de ses enfants ou ressortissants, et il rejoindra les traductions anglaises des romans policiers d’Amara Lakhous Clash of Civilizations Over an Elevator in Piazza Vittorio et Dispute over an Italian Piglet, ainsi que de l’incontournable quadrilogie du commissaire Llob de Yasmina Khadra (Morituri, Double Blank, Autumn of the Phantoms and Dead Man’s Share).

Les séries noires de Guez s’inscrivent des deux côtés de la méditerranée, en langue française et maintenant en langue anglaise. La parution d’Eyes Full of Empty va continuer la trajectoire de ce jeune auteur pour le propulser, lui et ses lecteurs, dans la sphère du noir anglophone.

"Eyes Full of Empty" de Jérémie Guez, est traduit vers l’anglais par Edward Gauvin et paraitra le 10 Novembre 2015 aux éditions Unnamed Press.

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