MAROC
29/09/2015 03h:11 CET

Droits des Marocaines: Les inégalités persistent

Droits des Marocaines: Les inégalités persistent
Droits des Marocaines: Les inégalités persistent

SOCIÉTÉ – L’égalité hommes-femmes, ce n’est pas pour maintenant. Alors que l’ONU s’apprête à examiner le nouveau rapport du gouvernement marocain sur la mise en œuvre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) publie son rapport parallèle, établi avec 32 autres ONG marocaines.

Le document, adressé en juillet dernier au Comité de l’ONU chargé de ces questions et qui doit se réunir mercredi à Genève, s’attaque à différents droits fondamentaux des femmes encore bafoués au Maroc, comme le droit au travail, à la sécurité sociale, à un niveau de vie suffisant, à la santé, à l'éducation ou à la protection familiale.

Pour chacune des dispositions spécifiques du Pacte, l’ADFM dresse le bilan de ce qui a été fait entre 2006 et 2012 et de ce qui reste à faire en la matière, rappelant au passage les différentes conventions internationales ratifiées par le Maroc afin de garantir l’application des droits des femmes.

"Des lenteurs inexplicables"

"Malgré ces avancées, la situation de la femme n’a pas enregistré des améliorations significatives", note le rapport, qui rappelle que le Maroc fait toujours partie des pays les plus inégalitaires en matière de genre.

Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le royaume était en effet classé 133ème sur 142 pays en 2014, alors qu’il occupait le 135ème rang en terme de participation économique de la femme.

"De nombreux chantiers de réformes sont ouverts, mais leur exécution est marquée par des lenteurs inexplicables", déplore également le collectif d’associations, qui estime que le gouvernement actuel "n’affiche aucune volonté pour harmoniser la législation nationale avec les dispositions de la constitution de 2011 et avec la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes (CEDEF)".

Moins de travailleuses

En matière de droit du travail, par exemple, l’activité des femmes ne cesse de régresser. Le taux d’activité féminin, déjà trois fois plus bas que celui des hommes, a enregistré une baisse, passant de 27,9% en 2000 à 24,7% en 2012.

"L’inactivité n’est pas toujours voulue par les femmes, elle est la conséquence de discriminations et d’exclusions comme la privation des jeunes filles de leur droit à la scolarité", indique le rapport, qui recommande de mettre en place des stratégies d’insertion en faveur des femmes les plus exposées au chômage.

Des avancées

Concernant le droit à la protection familiale, le rapport de l’ADFM note des avancées positives, comme la mise en place d’un fonds d’entraide familiale pour les femmes divorcées, l’incrimination du harcèlement sexuel et de la violence conjugale physique, ou l’aggravation de la sanction pour les crimes de viol et d’attentat à la pudeur visant les femmes.

"Le dernier amendement en date concerne l’article 475 du Code pénal relatif au mariage des jeunes filles mineures victimes de viol", rappelle le collectif.

Néanmoins, pour les associations féministes, le projet de réforme du code pénal reste marqué par "une vision patriarcale et discriminatoire, aussi bien au niveau de sa philosophie, sa structure que de ses dispositions". Dans leur ligne de mire, entre autres: la criminalisation des relations sexuelles hors mariage ou de l’IVG, les difficultés d’accès des femmes aux procédures de divorce, ou encore l’interdiction du mariage des musulmanes à des non-musulmans.

Le milieu rural toujours touché

Dans les zones rurales du pays, les femmes sont davantage exposées au manque de soins de santé. Lors de leur accouchement par exemple, seules 55% des femmes rurales bénéficient d’une assistance contre 92,1% des femmes urbaines.

Les 2/3 des mortalités maternelles surviennent aussi en milieu rural, où plus du tiers des femmes n’a pas recours à la consultation prénatale et près de la moitié continue à accoucher à domicile.

Enfin, concernant l’éducation, les zones rurales restent toujours moins bien desservies, particulièrement pour les filles dont le taux est passé, entre 2008-2009 et 2011-2012, de 20,4% à 22,3%. En matière d’analphabétisme, les femmes demeurent les plus touchées par ce fléau, avec un taux de 47,6% en 2012 contre 25,3% pour les hommes.

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