MAGHREB
23/09/2015 11h:24 CET | Actualisé 24/09/2015 08h:45 CET

Tunisie: L'affaire du jeune homme condamné pour "pratiques homosexuelles" révèle "le manque de courage qui ronge nos progressistes" (INTERVIEW)

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Mardi 22 septembre, un an de prison ferme a été requis contre un jeune homme de 22 ans, en vertu de l’article 230 du code pénal qui criminalise les rapports homosexuels. "C'est une sentence dure mais prévisible", avait affirmé son avocate au HuffPost Tunisie.

L’affaire a soulevé l’indignation des défenseurs tunisiens des droits humains, notamment les associations de défense des droits des homosexuels.

Pour Badr Baabou de l’association"Damj", oeuvrant pour la consécration des droits des minorités sexuelles, cette sentence "s’apparente à de l’inquisition".

HuffPost Tunisie: Quelles sont vos réactions suite au verdict? Vous attendiez-vous à une telle condamnation?

Badr Baabou: Nous sommes évidemment indignés et choqués face aux méthodes employées ainsi que la condamnation en soi.

Le parquet a ordonné de soumettre le jeune homme à un test anal, faisant fi de l’article 23 de la constitution qui garantit le respect de la dignité de la personne, son intégrité physique et interdit la torture physique et morale, ainsi que l’article 24 sur la protection de la vie privée. C'est une pratique humiliante et dégradante qui s’apparente à de la torture tant elle cause des dégâts physiques et moraux.

Il est à noter que le jeune n’a pas donné son consentement pour subir le test. Il a été forcé, harcelé pour le faire. Une autre transgression flagrante de la loi qui prévoit le consentement du suspect pour ce genre de test.

Quant à la condamnation à un an de prison ferme, elle est malheureusement prévisible et courante dans les affaires liées à l’homosexualité. Plusieurs cas similaires nous sont parvenus. La peine s’élève à 3 ans de prison, même en cas de "récidive". Le pire c’est que les gens sont arrêtés dans la rue. Les policiers les arrêtent non pas en flagrant délit mais juste pour un délit de faciès. Quand ils constatent qu’une personne est "un peu maniérée", ils procèdent à l’arrestation. De quelle constitution, de quelles libertés individuelles parlons-nous si elles restent lettre morte? C’est inhumain et illégal.

Quelles sont vos actions à venir?

Une réunion est prévue lundi entre les composantes de la société civile qui œuvrent en la matière pour coordonner nos actions. Il faut faire pression sur les autres associations nationales telle que la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) ainsi que les élus pour les sensibiliser sur la nécessité de mettre fin à cette honte.

Malheureusement, même ceux qu’on nomme les progressistes sont dans le déni lorsqu’il s’agit de la cause LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuel(le)s et Transgenres).

Comment expliquez-vous "ce déni"?

Il y a ceux qui n’y croient pas tout simplement. Il y en a d’autres qui y croient mais qui pensent que ce n'est toujours pas le moment d’en parler, qu’il faut calmer le jeu, y aller en douceur. Toutefois, à force d’attendre le bon moment, on n’en parle jamais et les persécutions contre les homosexuels se poursuivent dans l’indifférence totale.

Il y a aussi des hommes et des femmes politiques qui, pour des raisons purement électoralistes et populistes préfèrent se taire en pensant qu’ils vont être discrédités auprès de l’opinion publique en parlant de l’homosexualité. Le manque de courage ronge "nos progressistes".

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