MAGHREB
23/09/2015 10h:59 CET | Actualisé 23/09/2015 11h:06 CET

Réfugiés en Hongrie: les cinq décisions qui placent Viktor Orban en marge de ses collègues européens

En Hongrie, Viktor Orban multiplie les décisions contre les réfugiés.
AFP
En Hongrie, Viktor Orban multiplie les décisions contre les réfugiés.

INTERNATIONAL - Officiellement, il fait toujours partie de la famille des conservateurs européens. Ce mercredi 23 septembre avant un conseil européen consacré à la crise des réfugiés, Viktor Orban devrait participer à une réunion du PPE (le parti populaire européen) aux côtés d'Angela Merkel, Mariano Rajoy et Nicolas Sarkozy. Pourtant, le Premier ministre hongrois dérange, y compris dans son propre camp. En cause, les provocations que ce dirigeant ultra-nationaliste ne cesse de lancer.

Lundi 21 septembre, alors qu'il présentait une loi durcissant les dispositions prise à l'encontre des migrants, il a une nouvelle fois tenu un discours qui a fait bondir plusieurs responsables européens. "Ils nous submergent. Ils ne frappent pas à notre porte, ils l'enfoncent sur nous. Nos frontières sont en danger. Notre mode de vie bâti sur le respect de la loi. La Hongrie et toute l'Europe sont en danger", a lancé Viktor Orban qui a rejeté ce mercredi "l'impérialisme moral" que l'Allemagne tente d'imposer.

En mai, avant que la crise n'atteigne son sommet de l'été, le dirigeant populiste avait adressé 8 millions de questionnaires à ses concitoyens pour solliciter leur avis sur le traitement à réserver aux migrants. Il y associait sans détour immigration et menace terroriste. "Etes-vous d’accord avec le fait que les migrants menacent l’existence et l’emploi des Hongrois?", demandait notamment Viktor Orban, lançant de fait une campagne anti-migrants. Celle-ci s'est poursuivi durant l'été avec des décisions qui touchent directement les personnes qui tentent de passer par son pays.

1- Des frontières barricadés avec murs et barbelés

Fermer hermétiquement les 175km de frontières qui séparent la Hongrie (donc l'espace Schengen) de la Serbie pour ne plus laisser un seul réfugié pénétrer sur son sol. Telle est l'ambition de Viktor Orban qui a donc décidé d'ériger à la hâte une clôture avec barbelés. A terme, un mur de 4 mètres de haut sera construit. Débutés en juillet, les travaux se sont accélérés en septembre avec la décision du gouvernement de réquisitionner des prisonniers pour participer à la construction qui n'allait pas assez vite à son goût. Le ministre de la Défense a fait les frais de ces retards puisqu'il a été poussé à la démission.

Et tant pis sur plusieurs chancelleries ont fait part de leur désapprobation. Laurent Fabius a ainsi déclaré que, se faisant, la Hongrie ne respecte pas les valeurs de l'Europe". Ces critiques semblent avoir, au contraire, encouragé Viktor Orban puisque le Premier ministre a entrepris la construction dans les prochains jours d'un deuxième mur à la frontière entre la Hongrie et la Roumanie; un troisième à la frontière croate pourrait suivre. A chaque fois, toute personne qui tente de le franchir risque désormais plusieurs années de prison.

2- Des camps de réfugiés aux conditions de vie "inhumaines"

C'est une des conséquences de la décision de fermer ses frontières: "Si la frontière est fermée grâce à cette clôture, on n'aura pas besoin de camps de réfugiés d'une grande capacité", explique Janos Lazar, chef de cabinet de Viktor Orban pour justifier la décision de fermer les quatre plus grands camps permanents qui étaient ouverts depuis plusieurs années en zone urbaine. Pour le gouvernement, ils ont vocation à être remplacés par des camps de tentes installés près des frontières avec la Serbie ou la Croatie.

L'un de ces camps provisoires a été pointé du doigt pour les conditions "inhumaines" dans lesquelles vivent les réfugiés. Sur une vidéo filmée clandestinement par une bénévole autrichienne, on peut notamment voir 150 migrants rassemblés entre des clôtures à l'intérieur d'une grande salle et se bousculant pour tenter d'attraper des sandwiches enveloppés dans du plastique que leur lancent des policiers hongrois portant des casques et des masques hygiéniques. "C'est comme un Guantanamo en Europe", ont dénoncé plusieurs organisations humanitaires.

3- "L'entourloupe" des trains à destination de l'Autriche

Porte d'entrée de l'espace Schengen pour des dizaines de milliers de réfugiés, la Hongrie n'est pas la destination finale pour eux. Ils envisagent tous de quitter le pays de Viktor Orban pour gagner l'Autriche puis l'Allemagne. Seulement, face à l'afflux de réfugiés dans la gare de Budapest, le gouvernement a décidé de suspendre le trafic puis d'évacuer les lieux. En plein chaos, quelque 500 migrants ont tenté mardi matin de monter à bord d'un train pour Vienne. C'est alors que les autorités ont pris la décision d'évacuer la gare de Keleti, la principale gare de Budapest, puis de la fermer pendant deux jours.

A sa réouverture, un train avec 200 réfugiés à bord est parti en direction de la frontière autrichienne mais ils ont été débarqués pour être placés dans un centre de rétention à quelques kilomètres de l'Autriche. Selon un bénévole travaillant à l'accueil des migrants à la gare de Keleti, le départ de trains est destiné à piéger les migrants. "Je pense que c'est une entourloupe du gouvernement, de la police et de la compagnie ferroviaire", estime Marton Bisztrai. "Ils veulent juste dégager les gens d'ici et les envoyer dans des camps. C'est très cynique", ajoute-t-il.

4- Les pleins pouvoirs à l'armée

Lundi 21 septembre, le Parlement hongrois a adopté une nouvelle réglementation vis-à-vis des migrants et réfugiés qui accorde des pouvoirs élargis au force de l'ordre. "Si nécessaire", l'armée et la police ont désormais le droit de tirer "avec des armes non-létales" sur les réfugiés qui se massent à sa frontière. "Les militaires pourront faire usage d'armes coercitives destinées à causer des dommages physiques, mais d'une façon non mortelle", souligne la loi. Elle est entrée en vigueur dans les zones où "l'état de crise" a été décrété, à savoir 6 départements limitrophes de la Serbie, la Croatie, la Slovénie et l'Autriche où des affrontements parfois violents ont déjà opposé police et migrants.

Cette nouvelle disposition complète une première loi anti-migrants adoptée une semaine plus tôt qui accordait aussi des prérogatives importantes aux policiers. Ils sont en effet autorisés à perquisitionnés des bâtiments privés, y compris des domiciles s'ils pensent que des réfugiés y sont hébergés. De quoi provoquer la colère de l'ONG Comité d'Helsinki pour qui "les réfugiés ne doivent pas être traités comme des ennemis d'autant qu'ils ont eux-même déjà subi des exactions de la police et des armées dans leurs pays".

5- Le refus des quotas

C'est la dernière marginalisation de la Hongrie. Mardi 22 septembre, le ministre de l'Intérieur hongrois s'est joint à ses collègues roumain, tchèque et slovaque pour refuser l'instauration de quotas obligatoires d'accueil des réfugiés dans leur pays. Cela concerne les 120.000 réfugiés que la Commission européenne a proposé aux pays membres de relocaliser. "Tant que nous ne pouvons pas protéger les frontières extérieures de l'Europe, cela n'a pas de sens de discuter du nombre de personnes que nous pouvons accueillir", estime Viktor Orban selon qui, "les quotas vont à rebours de l'intérêt vital des nations".

En contrepartie de ce refus, la Hongrie a été exclue totalement du programme. Cela signifie que les réfugiés relocalisés ne pourront pas venir de Hongrie mais seulement d'Italie et de Grèce. "Ces divisions sapent la crédibilité de l'Union européenne", a dénoncé Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne.

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