MAGHREB
22/09/2015 12h:28 CET | Actualisé 22/09/2015 12h:35 CET

Tunisie - Mohamed, vendeur d'ovins: "Les tunisiens n'achètent plus de moutons"

A man carries a sheep on his shoulders a few days before the religious holiday, Aïd el-Kebir in Rabat on December 5, 2008. About five million sheep will be sacrificed in Morocco this year to mark Abraham's sacrifice. AFP PHOTO / ABDELHAK SENNA (Photo credit should read ABDELHAK SENNA/AFP/Getty Images)
ABDELHAK SENNA via Getty Images
A man carries a sheep on his shoulders a few days before the religious holiday, Aïd el-Kebir in Rabat on December 5, 2008. About five million sheep will be sacrificed in Morocco this year to mark Abraham's sacrifice. AFP PHOTO / ABDELHAK SENNA (Photo credit should read ABDELHAK SENNA/AFP/Getty Images)

En cette veille de l’Aïd El Kebir, le HuffPost Tunisie est allé à la rencontre de Mohamed Annabi, vendeur de moutons depuis 10 ans.

À l’Aouina, paisible quartier résidentiel de la Banlieue de Tunis, entre l’ancienne église et un prestigieux salon de thé, de nombreux vendeurs de moutons se sont installés dans deux terrains vagues devenus pour l’occasion des enclos à moutons géants.

Mohamed Annabi a 36 ans et vient de Mateur (dans le nord ouest du pays). Il exerce ce métier depuis une décennie maintenant.

"Cela fait 10 ans que j’ai commencé à élever et vendre des moutons. Je me suis lancé dans le métier pour aider mon père qui commençait à prendre de l’âge", affirme t-il.

En 10 ans, les prix ont augmenté d’une façon "hallucinante" car la demande a énormément baissé: "Il y a 10 ans, un mouton coutait entre 150 et 200 dinars, aujourd’hui nous le vendons à partir de 400 dinars et cela peut monter à 750, voire 800 dinars", affirme Mohamed.

Selon lui, cette hausse du prix du mouton s’explique par une baisse considérable de la demande: "Au milieu des années 2000, nous vendions plus de 300 moutons dans les jours précédant l’Aïd. Maintenant - à savoir deux jours avant l’Aïd - je n’en ai vendu que 40. La plupart à des Libyens car les Tunisiens n'achètent plus de moutons. A moins qu'il ne s'agisse d'une famille nombreuse qui cotise. Sinon ils préfèrent l'acheter au kilo."

Le choix de cet espace de fortune à proximité de nombreux immeubles résidentiels à l’Aouina n’est pas fortuit. La présence massive de familles libyennes y est pour beaucoup!

"Mon beau frère est gardien d’immeuble ici. Il m’a dit qu’un terrain vague ferait office d’enclos pour le bétail qui sera vendu pour l’Aïd. Ce qui m’a vraiment motivé pour venir ici, et non pas à la Manouba comme les années précédentes, c’est le nombre important de Libyens qui habitent les environs", raconte Mohamed au HuffPost Tunisie.

Sur les deux terrains vagues qui se font face, 14 éleveurs ont pris possession des lieux, veillant nuit et jour sur leurs ovins. Chaque jour, un camion vient les ravitailler en foin. Pour l’eau, une canalisation de fortune a été installée par un des éleveurs. De celle-ci, tous les moutons s’abreuvent à tour de rôle:

"Je l’ai fabriqué moi-même de mes propres mains. Nous avions pensé au foin mais pas à l’eau. Alors on a du se débrouiller. Sur celle-ci, une vingtaine de moutons peuvent s’abreuver en même temps. L’eau nous est gracieusement offerte par l’immeuble d’en face à travers un long tuyau d’arrosage", affirme Sadok, un autre vendeur de moutons venu de Fernana, petite ville à proximité de Tabarka.

Face à l’affluence des acheteurs, l’accès des riverains à leurs immeubles est devenu problématique engendrant parfois des incidents. Mohamed, nous en donne un aperçu: "Vendredi dernier, un des habitants qui nous a menacé depuis plusieurs jours est venu avec un camion percutant la barrière qui servait d’enclos et à écrasé un mouton. Nous l’avons rattrapé et livré à la police."

Si tout n’est pas toujours rose, Mohamed termine sur une note d’optimisme: "Peu importe ce que les riverains pensent de nous. L’essentiel pour moi est de voir le bonheur dans les yeux des enfants qui viennent acheter un mouton avec leurs parents. Rien n’est aussi beau que le bonheur sur le visage d’un enfant."

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